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Oldies : Joe de Larry Brown...

3 Août 2021 , Rédigé par kader rawat

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  12

9 Février 2021 , Rédigé par Kader Rawat

IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  12

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

Antonio quitta le pavillon pour se diriger vers une cabane qui se trouvait à la lisière des bois. Il connaissait si bien la région que malgré l’obscurité totale, il n’éprouvait aucune peine de s’avancer dans le sentier boueux. Une faible lumière de la fenêtre de la cabane où il devait se rendre lui retenait l’attention et lui indiquait la direction vers laquelle il devait se diriger. Le chien qui pour habitude le suivait partout, courait devant lui en aboyant des fois pour marquer sa présence.

Antonio retourna joindre Charles peu après. Il emmenait avec lui un bol de maïs bouilli, des patates et de la viande. Charles avait si faim qu’il en mangeait autant qu’il en voulait ; il ne cessait de remercier Antonio de l’attention qu’il lui témoignait. Il se souvenait ce qu’il avait lu dans les actes des apôtres sur le bon Samaritain. Charles pensait qu’on ne pouvait trouver bonté, générosité et sagesse que parmi les gens qui ont la foi en Dieu. Rien au monde ne peut les intéresser si ce n’est pas de vivre dans l’unique but d’aider son prochain sans jamais songer aux avantages de ce monde. Ils cherchent plutôt la récompense spirituelle et à la vie éternelle dans l’au-delà.

Charles était allongé tout près du feu. Il était enfoui dans le creux d’un sofa moelleux. Il était sous les regards inquisiteurs d’Antonio quand il sombra dans un profond sommeil, effet d’une journée de fatigue, d’un repas bien fringale et de l’arak qu’il avait bu.

Pendant que Charles dormait durant cette nuit lugubre, tonnerres, éclaires et pluies, se succédaient, ravageaient la terre obscure jusque dans ses entrailles en faisant des bruits fracassants. Antonio était pris d’une manifestation indicible qui lui donnait de peine ; il s’infiltrait dans un monde qui lui rappelait la partie de sa vie qui lui avait donné du bonheur ; cela se passait bien longtemps en compagnie d’une femme qui lui avait témoigné de l’intérêt, de l’estime, d’amour et qu’il perdit affreusement dans une tempête ; elle lui aurait laissé un fils qu’il confiait, dans le désespoir, dans le noir chagrin, dans ses peines à des étrangers qu’il n’avait même pas demandé le nom. Jamais après avait-il eu des nouvelles de cet être ; il savait qu’il devait se trouver quelque part dans le monde et ignorait qu’un père attendait son retour et ne finissait pas à se maudire pour l’avoir séparé de lui dans un instant où la douleur de la vie était insupportable, atroce.

En regardant Charles dormir sur le sofa, sous les reflets ardents du feu qui embrasait la cheminée, Antonio ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer que le Seigneur, qu’il n’avait cessé d’implorer dans des ferventes prières de lui rendre son fils, avait enfin exaucé ses vœux. Il se déplaçait avec transport, avec une vigueur de jeunesse que seule la joie, le bonheur, l’intérêt pouvaient provoquer. Il allait chercher une couverture épaisse dans la chambre contiguë et vint l’étaler soigneusement sur Charles qui était recroquevillée, ce qui démontrait, malgré les flammes jaunâtres, que le froid se faisait sentir.

La présence de Charles apparaissait à Antonio comme le témoignage d’un passé auquel il avait toujours essayé de se cramponner et lequel lui refoulait à l’esprit les séquences de cette vie tumultueuse qu’il avait vécue longtemps, dans une jeunesse qu’il ne cessait jamais de regretter. L’édifice construit par une longue vie, se dresse souvent si magistralement devant soi que pour la contempler, nous devrions faire des énormes efforts sans bien sûr nous empêcher de réaliser, d’imaginer combien cela nous avait été pénible de surmonter les pentes de la vie.

Rien ne pourrait paraître plus doux, plus réconfortant, plus encourageant à un homme qui commençait à entrer en âge de constater dans la plus grande réalité et avec un esprit rempli de projets, la venue d’un être qu’il avait tout le temps de sa vie attendu.

Evidemment les coups qui lui furent portés tout le long de son existence où il n’avait pu, au milieu des troubles et des turbulences, que rencontrer échecs, déceptions, peines, l’avaient endurci le cœur de sorte à lui faire trouver la paix, le sens même de la vie dans sa propre conception de vivre pour soi-même et pour personne d’autre.

Au milieu d’une famille aveuglée par les gains de richesse, par l’avidité de fortune, par la soif de gloire, par des préceptes démontrant non seulement de la barbarie, de l’impudence, de la monstruosité mais aussi de la vulgarité, de la hargne, de la témérité, Antonio, après une journée passée dans des divers labeurs, où les coups de fouet vinrent le mutiler le dos, se permettait, pour oublier la furie d’une journée, de se promener dans le bois pour se débarrasser de l’atmosphère pestiférée qui lui étouffait l’existence et profiter, dans des prés et des landes, de l’air pur, de la liberté enfin, pendant une courte durée de sérénité, de calme, où ni des voix élevées ne pouvaient venir lui harceler la cervelle, ni des spectacles atroces lui obséder la vue.

©Kader Rawat 

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  11

8 Février 2021 , Rédigé par Kader Rawat

IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  11

 

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

 

Les quelques bougies qui éclairaient les pièces étaient suffisantes pour présenter à Charles l’intérieur de l’habitation. Il fut étonné de découvrir des beaux meubles qui embellissaient la pièce.

– Changes les vêtements si tu ne veux pas attraper une maladie, dit le contremaître, il y en a plein dans le placard qui pourra te convenir. Je vais allumer du feu pour que tu puisses te réchauffer. Il fait un froid intense.

Comment devrais-je vous remercier, Monsieur, lui dit Charles, pour l’attention que vous me témoignez?

Dit donc, dit le contremaître, comment tu t’appelles déjà?

Charles, Monsieur, Charles Duvillet. Je viens du quartier de Montagne Longue.

– Tu n’es pas un bâtard, je suppose.

– Non monsieur. Je suis un pur blanc.

– Si tu es un pur blanc, cesses de m’appeler Monsieur, je me nomme Antonio.

Comme vous voulez Antonio, répondit Charles, en lâchant quelques éternuements qui annonçaient un rhume imminent.

– Ah ! Seigneur Jésus. Débarrasse-toi de tes vêtements mouillés sinon tu risques de ne pas pouvoir te lever demain matin.

Charles se dévêtit à la lueur d’une bougie placée au coin de la chambre. Il cherchait dans le placard le vêtement qui lui plaisait. Des pensées tristes émanaient de son esprit attaché au foyer maternel. Cela apportait à son visage des inquiétudes qu’il ne parvenait pas à dissiper. Il gardait l’espoir de ramener quelque source de consolation pour la nostalgie qui lui avait pris tout d’un coup de s’être séparé de ses parents. Il pensait à la fille qu’il était venu voir et se disait qu’elle ne devait pas se trouver bien loin, ce qui pourrait lui donner l’occasion de l’approcher, de lui parler, d’admirer ses grâces, d’entendre sa voix.

Charles menait un conflit contre son imagination confuse et obsédante. Il se faisait de reproche en mettant ses parents dans des tourments pour son absence de la maison ; son escapade nocturne, un caprice qu’il n’avait jamais imaginé, lui aurait entraîné dans des aventures inespérées.

La pluie tombait abondamment, fouettait contre les vitres, crépitait sur le toit avec un bruit assourdissant. Charles se sentit soulagé en imaginant que ce temps pourrait faire ses parents comprendre la raison de son absence. L’orage grondait dans la nuit noire comme de l’encre et les éclairs déchiraient le ciel avec acharnement. Le temps semblait vouloir se venger contre la nature pour quelques fautes commises dans le passé.

Le feu qu’Antonio avait allumé commençait par répandre une chaleur dans les chambres. Les bois brûlaient vivement dans la cheminée et les flammes jaunâtres dansaient dans un rythme singulier.

Antonio ne pouvait deviner l’affliction qui s’était emparée de Charles. Il s’était confiné dans ses pensées lugubres que seule la solitude pouvait faire surgir de son ampleur dans le but de lui apporter le maximum de confort. Il avait installé un sofa tout près de la cheminée pour qu’il vienne s’y asseoir. Il s’inquiétait déjà de ce qu’il allait préparer pour le repas.

Charles, pensa-t-il, devait avoir faim. Mais où est-il passé?

 Au moment où Antonio s’apprêtait à se lever pour aller chercher Charles, ce dernier apparaît devant la porte comme un spectre dans un habit qui lui avait complètement transformé par l’exagération de la taille et par la grandeur des manches et des épaulettes.

– Ah! Te voilà enfin, dit Antonio, viens t’asseoir sur ce sofa. La chaleur te ranimera le teint. Tiens. Bois quelques gorgées de l’arak. Cela va te réchauffer.

Evidemment Antonio tira de la poche de sa veste une bouteille à demi remplie qu’il tendit avec précipitation à Charles comme pour se réjouir de quelques bonnes actions.

Charles était étonné de ce geste de générosité ; dans un élan qui lui fit confondre anxiété et douceur il saisit entre ses mains la bouteille et bût deux bonnes gorgées qui lui firent faire des grimaces. Il sentait déjà les flammes lui montaient au visage.

 

©Kader Rawat    

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  10

3 Février 2021 , Rédigé par Kader Rawat

IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  10

 

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

Un après-midi il se promenait dans le bois sans but précis ; la chaleur était accablante, Charles, connaissait bien la région et décidait de faire un détour pour se diriger vers une digue à l’intersection d’une rivière, à l’arrière de la propriété d’une famille bourgeoise. Il marchait nonchalamment sur la berge couverte d’herbes sauvages que les pieds foulaient rarement. Il était silencieux comme à ses habitudes, furtif pour ne pas effrayer les gibiers ; il gardait les oreilles tendues aux moindres bruits qui pourraient attirer son attention. Avant même d’atteindre son but où il pensait pouvoir se rafraîchir par un bon bain il sentit la présence humaine aux alentours.

Les expériences qu’il avait acquises pendant de longues heures passées au fond des forêts l’aidaient à n’éprouver ni peines, ni difficultés pour deviner l’approche d’un danger ou l’existence des pièges dans les parages tant ses flairs ne pouvaient lui tromper et ses perceptions ne pouvaient lui mettre en doute.

Ce jour-là, il ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait à peu de distance d’où il se trouvait ; ses idées étaient brouillées par des manifestations incompréhensibles. Il apercevait son imagination titiller par l’instinct qui lui prévoyait quelque moment de réjouissance dont il devait s’attendre. Charles avançait vers la digue avec précaution.  Il écartait les feuilles des broussailles qui lui obstruaient la vue, pour voir le bain que prenait une belle jeune fille. Ce spectacle exerçait sur lui un effet qu’il ne pouvait décrire. Ses yeux étaient hagards et avides. Il ne parvenait pas à détacher ses yeux de la cible tant ils étaient rivés sur ce corps souple et élancé. La peau douce et blanche resplendissait dans un soleil ardent et sur laquelle des gouttes d’eau apparaissaient comme des perles.

En demeurant longtemps à admirer avec joies cette jeune fille dont la beauté lui rendait fou, Charles dégustait dans le silence et avec frayeur le meilleur moment de sa vie. Il acceptait tous les péchés pour ce spectacle qui s’offrait à ses yeux. L’effet qu’avait causé sur Charles la présence de cette charmante demoiselle était d’une telle dimension qu’il s’était senti captivé, charmé, extasié par ce que lui dévoilaient ses yeux. Son cœur  battait à une allure et à un rythme qui lui emmenait des sensations nouvelles. Il savourait ce moment de délice dans le silence. Seul le clapotement de l’eau faisait écho. Charles éprouvait déjà la frayeur que ce moment s’évanouisse à jamais, apportant à sa vie regret, tristesse et désespoir. Une envie terrible de connaître cette fille s’empoignait de lui de sorte à lui faire prendre la résolution de la suivre. Il ne se doutait pas de l’épreuve qui l’attendait dans l’avenir.

Quand il entendait dans la confusion des voix qui appelait « Mamselle Roseline, dépêcez vous le maît ne sea pas content de vot retard » il comprit que deux femmes esclaves surveillaient, attendaient et s’impatientaient quelque part dans les environs. Evidemment l’attente se prolongeait. Il était impatient de découvrir ce que la nature avait de si belle à lui montrer. Dans des mouvements naturels, par des mouvements pudiques la nymphe se retirait de l’eau. Charles découvrit ce qu’il y avait de sublime, d’extraordinaire dans ce monde. Jamais créature ne s’était apparue à ses yeux de manière à lui laisser des impressions qu’il avait peine à effacer, à oublier.

Il faisait tard. Le temps fuyait comme Charles ne l’attendait pas. Ce n’était pas convenable de s’y aventurer dans un lieu où l’on pouvait se faire attaquer par des voleurs de grands chemins. En retournant à la maison, le chemin à parcourir paraissait long et pénible. Charles avait l’imagination troublée ; ses idées s’embrouillèrent par la manière dont l’avenir se présenterait à lui. Il se laissait dominer par une torpeur qui se remarquait sur son visage. Ses parents qui lui connaissaient très bien soupçonnaient ce qui pouvait être responsable de son état.

Il dormait la nuit en se faisant persécuter par des rêves entrecoupés qui lui renvoyaient des images de la jeune fille dans des séquences qui lui faisaient pousser des cris, qui l’obsédaient au point à inquiéter ses parents, les mettre dans de doutance sur son état de santé.

Les tourments qui l’affligeaient lui donnaient un air mélancolique, maussade et même renfrogné de sorte que, ses trois sœurs, pour lui retirer de cette torpeur, lui jouaient des tours, lui taquinaient, attirant ainsi son attention sur des préoccupations pouvant lui distraire, lui égayer.

Cette attitude qu’il adoptait et qui était indépendant de sa propre volonté était due à une transformation mystérieuse qui s’effectuait en lui depuis qu’il avait vu la fille prendre son bain.

Un soir le vent soufflait dans un long gémissement plaintif et que dans le lointain le hurlement d’un chien annonce quelques mauvais présages. Charles ne pouvait dormir,  ce qui lui ramenait à l’esprit une foule d’idée. Il prit la résolution de se renseigner sur la jeune fille à qui il ne cessait de penser.

Malgré la fatigue qu’il ressentît pour la mauvaise nuit qu’il avait passée, en se réveillant de bon matin Charles était satisfait du beau temps qu’il fasse. Peu de nuage parsemait le ciel. Dans un élan que seule la quête du plaisir pouvait provoquer, de ses pieds fermes et décidés à fouler les herbes des forêts et des plaines, Charles, avant que le soleil ait parcouru la moitié de son chemin, était à peu de distance d’un grand domaine situé dans le quartier de Cap Malheureux.

Ayant marché pendant des heures sans se reposer Charles décida de s’arrêter au bord d’une source. Une eau fraîche et limpide coulait ; il but à sa soif. Il dégustait ensuite des fruits juteux qu’il trouvait dans les environs. Il  s’installait sur l’herbe sèche à l’ombre des eucalyptus et, probablement bien fatigué de cette longue  marche, s’était endormi pendant des heures et ne se réveillait que bien tard pour constater que la nuit était proche, que le temps était couvert, qu’il n’y avait pas moyen de retourner à la maison ce jour là et qu’il lui fallait trouver un abri pour se cacher contre le mauvais temps qui s’annonçait.

Charles n’eut pas le temps de décider ce qu’il fallait faire quand une pluie battante, accompagnée d’un vent qui s’était levé, vint le surprendre alors qu’il s’était mis à courir dans la direction d’un pavillon qui lui paraissait inhabité. Il se trouvait à mi-chemin quand des chiens surgissaient d’un bosquet. L’atmosphère était noire et lugubre de ce côté là ; les chiens lui aboyaient après. Il s’arrêtait et allait prendre la fuite dans la direction opposée. Il était confus sous une averse qui lui avait trempé jusqu’aux os, quand un homme, un fusil à la main, apparaît comme un fantôme et lui demandait de sa voix rauque et lointain ce qu’il cherchait dans le parage. Il ne pouvait se douter que c’était le contremaître. La grande maison s’élevait pale et grise sous la pluie qui tombait. Charles ne voulait pas répondre ; il était effrayé et hésitait ; il réalisât qu’il n’avait pas de choix ; il d’avouait qu’il avait perdu son chemin et que le mauvais temps était venu interrompre sa route. Il avait aperçu un lieu où il pouvait prendre refuge et n’avait pas hésité d’en approcher. Le contremaître l’examina avant de le croire sur parole. Les chiens n’aboyaient plus quand Charles entrait dans le pavillon

 

©Kader Rawat    

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  9

31 Décembre 2020 , Rédigé par Kader Rawat

IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  9

 

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

 

La mort qui aurait dû bien longtemps emparer de ce corps dans son immobilité, guettant sa proie durant des heures déjà, s’était écartée, et s’éloignait dans sa triste perception de n’avoir pu ramener avec elle, dans son royaume, une âme encore innocente et que le péché n’avait pas encore corrompu. C’est qu’il est parfois mystérieux de ne pouvoir jamais comprendre le phénomène de l’existence humaine!

Une brise inhabituelle s’élevait comme du surnaturel pour prévoir quelques évènements fâcheux et marquants ; elle balayait les plaines en faisant ronfler les arbres dans un bruit singulier et sinistre ; Charles - c’était le nom de ce jeune homme – poussait un long gémissement plaintif et fit des mouvements qui exprimaient douleurs et agonies ; de ses deux mains faibles encore il attrapait sa tête comme pour la retirer de son corps, tant il la sentait si lourde et douloureuse. Ses yeux restaient longtemps plongés dans un abîme où il imaginait ne pouvoir jamais en sortir ; des multiples rêves lui avaient transporté dans des royaumes inaccessibles, insondables. Ses yeux s’éblouissaient au contact inespéré de la lumière ;  il se rappelait dans le désordre et avec tristesse les calamités qui lui succombaient dessus et les évènements qui lui auraient réduit dans cette position embarrassante; une foule d’idées lui parvenait à la mémoire et lui rappelait la réalité de la situation ; il était inconscient depuis longtemps; des faits qui se reposaient sur les conséquences de son passé lui revenaient à la mémoire et déterminaient l’envergure qu’allait prendre son avenir. Alors qu’il se débatte dans les troubles que lui causait son imagination au moment où il s’apprêtait à se hisser dans des douleurs lancinantes pour trouver une place entre les racines énormes d’un banian, il constatait qu’il était martyrisé par des multiples plaies sur le corps. Il se demandait de quelle gravité pouvait être son état pendant qu’il s’allongeait là, sans pouvoir appeler au secours et sans avoir de l’espoir de trouver de l’aide. Il imaginait que la région n’était pas fréquentée. Une forêt dense et sauvage se découvrit aux alentours. Il sentait dans ses mouvements brusques qu’il s’efforçait de faire, une faiblesse ineffable qui l’envahit au point à lui faire rester pendant un bon moment dans une immobilité gênante, juste le temps de s’essouffler et de récupérer les forces qu’il avait perdues la veille dans une course folle pour s’échapper à des poursuivants qui voulaient le tuer. Il pensait à Roseline dont le visage lui apparaît si franc à la mémoire, particulièrement la veille au soir qu’on l’avait arrachée brutalement de son étreinte et quand elle lui avait appelé, dans la pénombre, avec une voix suppliante et désespérée qui faisait encore écho dans sa mémoire. Son cerveau était faible et sur le point de s’éclater. Il ressentit une forte pression qui augmentait en volume au fur et à mesure que les évènements se défilèrent en images obsédantes devant lui ; il était si faible, si abattu, si fragile.

Tout avait commencé bien avant, quand il avait débarqué dans l’île avec ses parents, pauvres encore, alors qu’il était tout petit et n’avait comme compagnon que ses trois sœurs et son frère, tous ses cadets. Ils étaient venus s’installer dans cette région de l’Ile parce qu’ils y avaient été conduits par quelques marchands sans scrupules qui les avaient vendus quelques hectares de terre à un prix exorbitant. Ils avaient puisé dans leurs économies pour faire l’acquisition de ces terrains qui s’avéraient infertiles, improductifs, ce qui, au lieu de les ouvrir les portes de l’avenir en les permettant une vie aisée, tranquille comme souhaitaient tous les colons s’établissant dans l’île, les rendit pauvres, malheureux. Ils accumulaient par-dessus le marché des dettes considérables qui les condamnaient à passer le reste de leur vie à travailler pour payer leurs dettes.

Monsieur Hector et sa femme Véronique devaient élever leurs cinq enfants encore en bas âge ; l’aîné Charles n’avait que sept ans. Ils passaient les heures de journées et même parfois des nuits à travailler assidûment pendant des années. Leurs forces ne les permettaient pas de supporter pour une longue période des efforts considérables. Ils perdirent bien vite leurs vigueurs, avant que la vieillesse ne les surprenne. Les enfants, devenus des adolescents responsables, constataient à leur stupéfaction les rudes travaux qu’effectuaient leurs parents pour leurs apporter de la nourriture, pour les soigner, pour qu’ils ne manquent de rien. Ils ne pourraient jamais se pardonner d’avoir été les causes même des martyres qu’auraient pu subir des parents qui accomplissaient leur devoir dans le tumulte de la vie. Ils étaient d’une générosité sans exemple, d’une bonté infinie et d’un dévouement aveugle et formidable.

Ils menaient une vie avec régularité. Ils étaient démunis de tout bien matériel. Ils se souciaient peu de ce que l’avenir leur réservait. Ils étaient criblés de dettes contractées pour vivre leur vie normalement. Cette famille était isolée par la distance qui séparait leur habitation aux autres. Ils ne pouvaient trouver de joies que dans les moments qui les unissaient les après-midis et les soirs pour passer ensemble des heures entières à l’ombre d’un manguier ou sous la varangue à entretenir de longues conversations qui leurs faisaient oublier les tourments de la vie et qui apportaient à leurs visages fatigués des fraîcheurs nouvelles. Ils se faisaient servir du thé bien chaud par la seule esclave qu’ils possédaient.

Monsieur Hector et sa femme passaient des journées entières dans les champs pour nourrir une famille pendant toute l’année. Charles n’était pas du tout intéressé par la terre ; il avait constaté de quelle manière ses parents s’épuisaient, se tuaient dans les durs travaux qu’ils effectuaient tout le long de leur vie sans qu’ils pussent faire des économies. A ce rythme ils ne pourraient avoir la récompense dont ils méritaient en faisant autant d’effort. Charles ne voyait que misères, peines, énergies gaspillées et souffrances. Un sentiment de haine l’empoignait ; il éprouvait un dégoût, un mépris envers ce qui faisait du tort à ses parents qu’il n’avait jamais cessé d’aimer et pour lesquels il était prêt à faire n’importe quoi pour adoucir la vie. Charles avait atteint l’âge de pouvoir se débrouiller tout seul ; il quittait la maison tôt le matin pour aller tendre des pièges aux gibiers dans le bois ; il rentrait parfois tard le soir avec des lièvres, des lapins et d’autres animaux qui réjouissaient la famille en pensant au repas fringale qui les attendait. Les rivières étaient infestées des poissons, des anguilles, des crevettes. Charles partait souvent seul malgré que son petit frère Nathan veuille l’accompagner. Il apportait des gros poissons et quantité de fruits juteux qu’il trouvait en chemin.

Ces préoccupations apportaient du plaisir à Charles : il allait pouvoir se montrer utile à la famille. Il passait son temps à chercher de quoi apporter le soir à la maison ; il savait que ses sœurs aimaient les fleurs ; il allait cueillir des jolies fleurs odorantes dans le bois ; il prolongeait souvent ses marches jusqu’au bord de l’océan, ramassant sur la plage des coquillages rares et colorés que sa petite sœur Hélène en collectionnait.

©Kader Rawat    

 

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Mémoires d’une jeune fille libérée 5

30 Décembre 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Mémoires d’une jeune fille libérée

5

A cette époque, des transformations radicales s'effectuaient dans les environnements. Les paysages changeaient d'aspect et de caractéristiques. Plusieurs bâtiments étaient en cours de construction pour abriter les familles pauvres et défavorisées qui n'avaient pas de logement salubre. Je me souviens avoir été choisie en classe pour parler des avantages et des inconvénients de situer les établissements scolaires dans des lieux agglomérés. J'abordais les élèves dans la cour de l'école pour leur poser une foule de question sur leur condition de vie dans l'enceinte de l'établissement. De cette manière, je parvenais à rassembler des renseignements précieux pour traiter et développer le sujet. J'avais laissé ce jour- là sur ceux qui m'écoutaient parler une forte impression.

Mon père m'avait toujours appris à être simple, modeste et agréable. C'était la raison pour laquelle j'avais de nombreuses amies. J'étais souvent mise au courant de leurs petits secrets, de leurs mésaventures et de leurs déceptions amoureuses.

Depuis ma prime jeunesse j'avais une opinion de ce qu’était la sexualité. Quelques amies intimes m'avaient montré des photos obscènes que leurs copains leur avaient prêtées. Pour moi c'était une curiosité que d'essayer de comprendre ces photos que je trouvais odieuses. Je n'avais jamais imaginé que des choses pareilles existaient. J'étais très souvent perturbée par ces images obscènes qui me hantaient l'imagination les soirs quand je me trouvais seule dans ma chambre. En classe j'avais une préférence pour la littérature générale. J'étais très intéressée de connaître la vie des plus grands écrivains français et étrangers. Je prenais un infini plaisir à parcourir les œuvres qui ont fait parler d'elles de par le monde. Je sélectionnais de nombreux ouvrages romantiques qui alimentaient en quelque sorte mon imagination. Je m'étais inscrite à la bibliothèque départementale de Saint-Denis. J'avais le droit d’apporter à la maison six livres de mon choix pour une durée d'un mois avec la possibilité bien entendu de les renouveler si je voulais les garder plus longtemps. Je lisais jusqu'à fort tard le soir après avoir terminé mes devoirs de classe. Au cours du troisième trimestre j'avais peut-être travaillé trop dur. Je commençais à ressentir des fatigues intenses. Mes parents étaient inquiets de mon état de santé. Ils m'emmenaient consulter un médecin. J'aurais dû garder le lit pendant plusieurs jours pour éviter de sombrer dans un état dépressif.

Je n'étais pas insensible à l'évolution de la société dans laquelle je me trouvais. Je portais mes observations sur tout ce qui se trouvait dans mon champ de vision quand je marchais dans les rues et quand je me promenais. Avec le temps je commençais à accepter que la vie eût certaines distractions dont seule la jeunesse pouvait profiter. Quelques amies que je connaissais depuis des années essayaient avec beaucoup de patience à me faire comprendre que je devais changer mon attitude envers les jeunes garçons du lycée qui cherchaient à flirter avec moi. Je ne voulais pas me jeter de mon propre gré dans la gueule du loup mais me disais aussi que cela ne ferait de mal à personne si je me faisais belle et me montrais plus consciente des attentions que me portaient les casanovas.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

 

®Kader Rawat

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Les Amants de l’île Bourbon 2

25 Décembre 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Les Amants de l’île Bourbon

 

2

 

Nous avons souvent besoin de nous exprimer pour libérer notre cœur des maux qui l'affligent et pour nous soulager. Ce que je vais raconter se rapporte particulièrement à une idylle que j'ai vécue dans le plus grand désordre et dans d'incessants tourments au fin fond des îles. Je reconnais les risques que je prends en racontant ma vie. J'ai eu des déceptions là où je croyais avoir de la gloire. Je désirais tellement vivre comme je le voulais sans jamais songer aux malheurs qui m'attendaient. J'étais aveuglé des charmants moments de la vie. N'est-il pas vrai que la joie nous fait oublier nos peines? Comment pourrais-je prévoir des malheurs quand j'étais si heureux? Les folies de la jeunesse nous poussent à commettre des bêtises. Les plus doux moments de notre vie sont ceux que nous passons avec la personne que nous aimons. Nous cherchons tous des moyens à rendre notre vie agréable? Nos meilleurs contacts sont dans la douceur de l'amitié. Nous nous engageons souvent dans des conversations qui traitent sur la vertu, sur les faiblesses de la nature humaine, sur des problèmes qui nous concernent dans notre vie sentimentale. Les pensées qui nous occupent l'esprit sont ceux qui se rapportent à notre milieu social, aux personnes qui nous sont les plus proches, aux liaisons que nous gardions dans notre société et aux sentiments que nous évoquions aux gens de notre entourage. La vie n'est qu'un jeu où nous avons autant de chance de gagner que de perdre. Nous devrions nous montrer courageux pour l'affronter avec dignité. Nous attendons toujours d'elle le meilleur moment. Nous ne pouvions pas tous vivre de la même façon. Le Seigneur l'a décidé ainsi. Il est vrai que certains sombrent dans le désordre sans pouvoir se relever tandis que d'autres luttent pour survivre. Nous avons besoin de l'aide. Nous sommes souvent victimes de nos propres actes. Nous devrions nous accrocher à l'existence. Nos efforts sont récompensés après de persistantes luttes. Notre destin y dépend beaucoup. Je me laissais entraîner dans une succession d'aventures passionnantes. Je trouvais tant de joies dans le bonheur que j'aspirais. C'était suffisant pour être heureux. J'aurais dû apprendre que la félicité est éphémère. Ne cherchons nous pas ces plaisirs qui nous comblent le cœur et nous embellissent l'existence? Le jour où je connus le bonheur j'étais prêt à tout sacrifier. Je perdais le sens de raisonnement et me dirigeais tout droit vers le désastre. J'aurais pu m'en tirer si je pouvais raisonner. Quel conseil n'avais-je pas reçu, quel avertissement ne me donnait-on pas, quelle réflexion ne me passait pas par la tête sans m'influencer? Je les avais tous écartés pour une passion. Je n'avais qu'un seul désir : Aimer.

Je débarquais à Port-Louis en Septembre de l'année 1787. Mon oncle était venu m'accueillir sur le quai et m'avait emmené à sa magnifique résidence. Mes parents me parlaient souvent de l'île de France où je naquis d'ailleurs et où je passais mon enfance. J'avais de vagues souvenirs de ce temps passé. J'étais peut-être encore enfant pour comprendre. Je me rappelle par contre des charmants moments que je passais en compagnie de mes parents. J'avais l'habitude de me rendre dans la journée chez des voisins pour jouer avec des enfants de mon âge. Je redoutais le mauvais temps qui avait souvent laissé des mauvaises impressions sur mon état d'esprit. On parlait souvent lors des conversations du naufrage de Saint-Géran. La mort tragique de Paul et de Virginie était un événement qui bouleversait nombreuses familles. Nous étions même allés voir leur tombe à la Baie du Tombeau.

Mon père était le fils d'un baron qui connut diverses infortunes et qui terminait ses jours dans le cachot pour des délits graves dont on n'en avait jamais parlé mais que je soupçonne d'avoir des liens étroits avec la politique. Engagé par une Compagnie Maritime comme conseiller technique, mon père suivait avec grand intérêts divers travaux d'aménagement entrepris par des ingénieurs venant de France. Il rencontra ma mère lors d'un banquet donné par Monsieur le Gouverneur au Château de la Ville Bague. Ils ne se quittaient plus depuis. Le mariage fut célébré en grande pompe au Château de Mon Plaisir.

Mes parents étaient allés habiter une superbe maison dans le quartier de Pamplemousses. Ils menaient une vie modeste, étaient entourés des gens de leur milieu qu'ils rencontraient souvent dans des fêtes et des réceptions qui désormais ne plaisaient guère à ma mère. Elle préférait retourner vivre à Paris. Elle s'était mariée, disait-on, pour se ranger et pour assouvir quelque peu ses désirs qui furent très mal interpréter par mon père. Elle était prête à tout sacrifier pour retourner dans sa ville natale Paris qui la manquait énormément. Mon père se plaisait par contre énormément dans l'île. Il se rendait souvent à l'île Bourbon pour surveiller et contrôler les travaux en cours. Ma mère d'habitude l'accompagnait mais détestait ces déplacements pénibles et lassants. Les maisons dans lesquelles ils devaient se loger n'étaient pas confortables. En été, elle n'arrivait guère à supporter la chaleur quand elle devait résider dans la Capitale pendant que mon père s'occupait à travailler.

Mes parents s'engageaient souvent dans de violentes disputes qui empoisonnaient déjà leur existence. La vie avait un goût amer. Oncle Henri, cousin de mon père, qui se trouvait dans l'île pour s'occuper de ses affaires habitait à peu de distance de la maison. Il intervenait souvent dans les conflits qui opposaient mes parents dans leur vie conjugale. Ma naissance n'apportait guère de changement dans la manière dont mes parents avaient choisi de vivre leur vie. J'étais peut-être venu au monde au mauvais moment.

Quand le contrat avec la Compagnie Maritime vint à son terme, mon père trouvait une raison valable pour retourner vivre en France. Je fis mon premier long voyage en mer. Mon oncle nous écrivit de longues lettres et nous parlait de la tristesse dans laquelle il se trouvait après notre départ. Il ne cessait de nous demander de retourner dans l'île. Les lettres s'entassaient dans le tiroir sans que mes parents n'en portent attention. Mon père s'était lancé dans le commerce et était très occupé dans les affaires. Il élargissait le cadre de ses relations et était souvent retenu ailleurs pour conclure des contrats d'une importance capitale. Ses affaires tournaient bien. Il faisait de bonnes relations qui lui ouvraient les meilleures portes du monde avec une grande rapidité. Il s'occupait de mon éducation avec soins. Je me montrais très sage à l'école et travaillais avec ardeur et application. Mes maîtres éprouvaient beaucoup d'estime pour moi.

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

©Kader Rawat

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  8...

24 Décembre 2020 , Rédigé par kader rawat

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IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  8

24 Décembre 2020 , Rédigé par Kader Rawat

IL ÉTAIT UNE FOIS …LA COLONIE  8

         Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnes existantes ne peut être que fortuite.

 

En rencontrant Ragounadan dans son écurie en train de traire une vache, Omar n’hésitait pas de lui parler de son projet et sa résolution de s’acheter un esclave.

– Si ce n’est que ça qui t’intrigue, mon cher Omar, lui dit Ragounadan, je connais un marchand d’esclaves qui sera ravi de te présenter sa collection, les meilleurs des esclaves que tu puisses t’en procurer de toute la région. Tu pourras avec lui faire une bien bonne affaire et j’en ai vu moi-même de mes propres yeux, des grands gaillards bien costauds, musclés, détenant une énergie de fer et pouvant te servir jusqu’à la fin de tes jours. Si tu as ton argent prêt, Omar, comment penses-tu que tu ne pourras te procurer ce dont tu as besoin? Laisse-moi t’y conduire dans quelques instants et tu verras que je ne t’ai pas raconté des baratins; tant qu’à si tu pouvais te rendre dans les quartiers sans courir le moindre risque je dois être franc avec toi pour te dire que ce n’est ni le jour ni le moment; je ne te le conseille pas. Tout à l’heure, pendant que j’allais chercher de la paille dans les champs de canne, quelques officiers que j’aie rencontrés par hasard, m’avaient conseillé de me rendre au plus vite à la maison si je ne voulais pas perdre la vie sans que j’aie même le temps de prier. Vois-tu un peu combien la situation est devenue critique. Et maintenant faible comme tu es, Vieux Omar, à quelle dimension pouvait être ton courage pour bien vouloir affronter seul, sans aucun moyen de défense, les vagues déferlantes des révoltes. Je comprends combien ta vie sédentaire t’exige à te faire protéger par un esclave et pour cela je suis bien disposé à t’en chercher un qui te serait d’un bon choix. Je pouvais même t’en recommander quelques-uns que je suis certain seraient de ton goût.

 

Dans un lointain quartier, au-delà des plaines et des forêts par un temps assombri par un gros nuage épais qui cachait le soleil, un jeune homme gisait, le corps meurtri et ensanglanté ; il se trouvait derrière une brousse et dans de longues herbes humides encore par l’averse de la nuit. Ce corps inerte, blotti, dont la position démontrait la violence avec laquelle on l’avait jeté là, dans ce lieu retiré de la contrée, devait avoir subi dans l’ignominie, les plus cruelles des tortures. La nuit aurait dû être rude par le froid intense qui sévissait dans la région pour ce jeune homme en particulier dont le malheur ne l’avait pas épargné de ce qui aurait pu lui faire souffrir. Son visage, tourné vers le ciel, masqué derrière des caillots de sang et de la boue, marquait une crispation et une grimace que seul le martyre pourrait en être responsable. Qui n’aurait pas, en découvrant le corps inanimé d’une personne dans un tel état et dans une telle condition, éprouvé, à la première vue, de la stupéfaction, de l’angoisse et même de la frayeur? Était-ce un cadavre? Ou simplement un corps qui mourrait? L’imagination troublée ne pouvait, dans une situation pareille, qu’effectuer constatation pour satisfaire une curiosité instantanée et pour se libérer d’une quelconque crainte qui empreignait déjà l’esprit. Était-ce un meurtre perpétré dans le but d’assouvir une vengeance ou des coups portés avec l’intention de se débarrasser à jamais d’une personne qui était de trop déjà? Qu’importe la réponse qui pouvait convenir à toutes les questions que nous pouvions poser ?

L’important était de savoir s’il y avait de la vie dans ce corps qu’aucun regard humain ne pouvait apercevoir si ce n’était par hasard, tant il était enfoui loin des sentiers que prenaient habituellement les villageois, les colons, les esclaves se rendant aux champs pour les durs labeurs de la journée. Le nuage étant dissipé, le soleil envahissait graduellement, de ses doux rayons, les régions longtemps cachées dans une ombre qui témoignait, quelques heures auparavant, à un spectacle ahurissant, angoissant, dans le silence. La nature gardait, de cette nuit lugubre, un si mauvais souvenir que le jour se levait pale et morne derrière la Montagne longue dans le quartier de Crève-Cœur qui cachait encore l’énigme de tous les mystères qui auraient pu avoir pour conséquence la violence avec laquelle ce jeune homme avait été battu. Le corps robuste, étalé de toute sa longueur sur le sol dur, détenait dès sa première jeunesse une ressource inépuisable, étonnante de vigueur, de force, de vitalité et même d’endurance qu’en dépit de tout ce que nous pouvons imaginer de l’affliction qui l’aurait réduit dans cet état, le corps, certainement par la génération de la chaleur donna une légère secousse, signe de vie, d’espérance. Les oiseaux, devinant peut-être le malheur qui était survenu, sautillaient avec un empressement qui aurait démontré leur impatience à lui voir se réveiller, ce qui les aurait assurés et réjouis en même temps, les tirant de plus de cet air hébété qui les contraignait dans leur petit jeu du matin, avant qu’ils ne prennent leur envol habituel en quête de nourriture et d’aventure.

©Kader Rawat    

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