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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 13

14 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvons transmettre aux générations futures. »

 

Au collège je me familiarisais en peu de temps avec les élèves de ma classe et de l’établissement, toutes issues de familles modestes qui habitaient dans les villes et villages de proximité. Je m’étais même fait remarquer par quelques professeurs qui semblaient m’apprécier et m’estimer. C’était pour moi de l’encouragement. Je suivais leurs cours avec intérêt dans une classe peu nombreuse et mal éclairée. Pendant que je faisais des progrès dans mes études, je commençais à faire des préférences à des matières dans lesquelles je me débrouillais bien. L’enseignement se faisait dans la langue anglaise sauf le français. Je me passionnais beaucoup pour l’histoire et la littérature. Nous étudions l’histoire de la Grande Bretagne de 1066 à 1485. Une époque que nous devrions connaître pour les examens de la fin d’année. Nous étudions les grands dramaturges, poètes et romanciers anglais : Shakespeare, Byron, Browning, Shelley, Dickens, Brontë etc. Comment ne pas connaître Romeo et Juliette, Macbeth, Tempête, David Copperfield, Jane Eyre.

Entretemps, dans mon village les mœurs commençaient à évoluer. Après les études et le travail les gens avaient besoin de se distraire. Nous étions à cette époque où l’on découvrait des nouvelles technologies qui prenaient place dans la société et incitaient les gens à changer leur mode de vie. Des projections des films se faisaient souvent dans le village auprès d’un dispensaire à la tombée de la nuit ou d’un centre social. Les gens étaient avertis dans la journée par un véhicule annonçant à haute voix l’évènement. Les gens se regroupaient tôt pour voir des projections des films documentaires et d’actualités. Ces animations étaient appréciées par une foule de gens qui venaient de partout. Tout le monde était content en se rendant chez eux après la projection qui terminait parfois tard le soir.

La télévision ne tarda pas à faire son apparition. Seulement le centre social du village en possédait. Beaucoup de personnes allaient s’installer à l’arrière cour du centre social à attendre l’heure que le responsable allait allumer le poste. Généralement ce ne serait pas avant 18 h. Mais combien de personnes attendaient cet instant pour découvrir les films en noir et blanc de l’époque et y restaient jusqu’à la fin ?

  A cette époque les éventuelles perspectives de développer et de motiver l’imagination étaient quasiment néant. Il n’y existait pratiquement pas grand-chose qui puisse aider à avancer, à progresser de manière à ouvrir les portes de l’avenir.

J’avais très peu de chance de développer mes facultés comme je l’aurais souhaité ou mérité en fonction des efforts que je fournissais. Les cultures, les modes, les coutumes, les traditions sont tous importées et la lenteur des activités me faisait comprendre que pas grand-chose pourrait être accomplie dans ce milieu. Je vivais dans une société encore en voie de dévéloppement. Les grandes activités qui faisaient avancer le monde se passaient ailleurs. J’étais encore trop naïf pour le savoir et je m’accrochais à l’existence comme je pouvais en ayant la sensation d’être satisfait sans jamais le démontrer. Dans un tel milieu il était difficile de nourrir de grandes ambitions, de nous inciter au progrès, de fournir de grands efforts pour mener notre vie. Nous nous contentions de ce que nous avions avec notre esprit pauvre comme l’était notre condition de vie.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 12...

13 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 12

13 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvous transmettre aux générations futures. »

 

Le climat avait de l’influence sur les avancées de mes travaux. Entre Mai et Octobre, mois pendant lesquels l’atmosphère devint agréable dans la journée, un temps d’hiver qui ramène fraîcheur et confort, je n’avais pas de raison de me plaindre. Je parvenais à assimiler avec beaucoup de facilité mes cours sans vraiment ressentir de la fatigue. Il fut un temps où je poursuivais mes études avec de tel intérêt que je me réveillais tôt le matin, avant même que la lumière du jour se pointe à l’horizon, pour me plonger dans mes cours. Maman s’inquiétait de ces activités effrénées de ma part mais ne disait rien. Elle déposait, après ses heures de prières, sur la table en désordre et jonchée des papiers et des livres, une tasse de thé bien chaud, une tranche de pain barboté du beurre margarine. Je ne cessais de la remercier de l’attention qu’elle portait à mon égard et des peines qu’elle se donnait pour prendre soin de moi.

Le collège que je fréquentais était situé à environ un mile de distance de ma demeure et, pour s’y rendre, j’évitais souvent la route royale pour prendre des raccourcis en traversant le jardin botanique par des passages connus de moi et des habitués de mon village. C’était comme une ballade matinale qui me procurait autant de joies que de distractions. La surveillance était sévère et les gardiens se trouvaient partout mais je savais comment les éviter. Au fait ce n’était pas le chemin que les écoliers devaient emprunter pour se rendre dans leurs établissements. Pourtant combien de fois, malgré ma prudence, ne m’étais-je pas fait interpeller par un de ces agents qui me réprimandaient et me donnaient des avertissements en me menaçant d’aller faire des rapports sur mon compte auprès de mes parents qu’ils connaissaient bien d’ailleurs et également auprès de la direction de mon établissement scolaire. Je ne cessais de leur demander pardon et de jurer que je n’allais plus recommencer en sachant que je n’allais pas tenir mes promesses. J’aimais trop ce jardin pour m’en passer et l’on me faisait beau comprendre que je devais y accéder par la porte principale qui se trouvait à l’autre extrémité, je continuais à faire la sourde oreille.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 11...

12 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 11

12 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvous transmettre aux générations futures. »

 

Etant donné que les résultats de fin d’année n’étaient pas favorables, mon père décida de me faire changer d’établissement  scolaire et je fis mon inscription au collège M. de Pamplemousses. Mon échec au collège B. à Port-Louis s’expliquait par le fait que j’étais confronté aux sévérités que les jeunes professeurs exerçaient sur les élèves. Je n’étais pas prêt à me plier à ces règles rigoureuses de l’établissement scolaire que je fréquentais. Je n’étais pas non plus habitué à me faire réprimandé en raison que mes études me posaient des handicaps que je ne pouvais surmonter tout seul dans la situation où je me trouvais. Séparé de mes parents je n’avais pas de repaire. Je me rendais en classe avec cette frayeur qui accompagne les gens qui savent qu’ils ont failli à leur mission. J’étais harcelé par des complexes psychologiques qui prenaient le dessus sur mon état d’esprit en m’empêchant de développer mes facultés. Toutes mes tentatives de me hisser au niveau de ma classe demeuraient futiles quand je me laissais, avec bien d’autres camarades, m’engouffrer dans l’obscure royaume des illettrés. C’était une chute vertigineuse à laquelle dépendait mon avenir et si, à partir de ce moment crucial de ma vie je ne faisais pas d’effort, je ne me débattais pas, j’abandonnais tout, je demeurais le seul responsable de mon destin et devais assumer tout seul l’avenir. Combien de personnes qui ont chuté à ce moment où ils ont besoin le plus de l’aide, d’un élan tout simple qui aurait pu leur donner la chance de repartir mais qui malheureusement n’ont pas eu cette chance ? J’avais besoin d’avoir le moral pour monter ce handicap et mon père, cet homme admirable, était là pour me donner ce courage qui me manquait en mettant à ma disposition certaines facilités. J’étais en quête d’une vie plus souple pour frayer mon chemin.

C’était un défi que j’avais lancé à moi-même sans tenir compte de l’importance d’une telle initiative. Au lieu de caresser l’idée, de nourrir l’ambition de devenir l’élève d’un des établissements les plus réputés de l’île, je préférais une éducation moins compliquée, des travaux plus légers pour préparer mon avenir. M’étais-je engagé dans un mauvais chemin ? Je ne le savais pas encore. Je voulais faire par ma tête. Il aurait fallu plus tard, pour éviter les dégâts, que je fournisse de grands efforts pour ne pas perdre complètement la partie dans laquelle je m’étais engagé. Je n’avais aucun moyen, si je me vouais à l’échec, de redresser ma situation et celle de mes parents qui à l’époque allait de mal en pis. C’était l’ultime combat que je livrais sans me munir des armes efficaces pour assurer ma défense. Ma défaite, je le savais déjà, entrainerait derrière moi de très fâcheuses conséquences dans lesquelles seraient impliquées certaines personnes ayant des rapports étroits avec moi. J’avais mesuré la gravité, l’importance de la situation pour éviter de me comporter avec légèreté, avec frivolité. Je commençais à travailler avec application, zèle, assiduité et componction au moment où je flairais le danger qui me menaçait et cela, après que j’eusse perdu de temps précieux dans des activités sans importance.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 10...

11 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 10

11 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvous transmettre aux générations futures. »

 

Les moments qui m’avaient marqué pendant ces années d’étude dans la Capital étaient ces fêtes nocturnes tenues par les chiites. J’écoutais plusieurs nuits de suite les roulements des tambours et voyais passer les chars décorés de belles lumières.

Je me rendais des fois aux Champs de Mars pour assister aux courses des chevaux particulièrement les samedis. J’allais voir un beau film du genre péplum au cinéma Majestic, Luna Park ou Rex. J’allais me promener dans le Jardin de la Compagnie, fréquentais la Grande mosquée, passais devant les églises et les cathédrales, contemplait la Citadelle au loin.

Je découvris le port avec ses flots qui berçaient les chaloupes, les canots, les bateaux à moteur, les navires et les remorqueurs.

Une fois je me trouvais à la Saline en fin de journée. Je m’extasiais devant la belle vue qui s’offrait à moi au moment où le soleil se déclinait. Je ressentais une certaine douceur dans ce lieu où il faisait bon se promener en amoureux, se confier ses moindres secrets, chercher l’intimité et se laisser aller à des confessions. Les arbres projetaient des ombres qui invitaient les passants de venir s’asseoir, se détendre en profitant de l’air pur qui provenait de la mer.

Mais un endroit d’une telle apparence, d’un tel aspect où le silence prime, où la tranquillité attire l’attention peut en cacher bien de mystères qui peuvent se révéler à tout moment.

Je ne savais pas encore que ma présence dans ce lieu allait marquer mon état d’esprit profondément pendant que je m’étais éloigné de quelques camarades qui m’accompagnaient. Je m’étais engagé dans un sentier pour devancer mes amis et les attendre plus loin. Je fus surpris d’entendre du côté des broussailles des bruits inaccoutumés. J’avançais tout doucement pour voir un homme et une femme dans une posture inhabituelle. 

Je fus très confus devant ce spectacle ahurissant et détournais mes yeux en cherchant à prendre la fuite. Je ne comprenais pas encore grand-chose des relations qui existaient entre l’homme et la femme. La société dans laquelle je vivais ne m’avait pas donné l’occasion d’apprendre davantage sur l’amour, la relation sexuelle et autre sujet de ce genre qui demeuraient encore tabous. Les amis que je fréquentais étaient aussi ignorants que je l’étais sur de tels sujets. Je n’avais pas prononcé un seul mot de ce que j’avais vu. Mais je commençais à comprendre ce qui rapprochait deux êtres de sexe opposé. Je passais des nuits à réfléchir sur les rapports qui existent entre l’homme et la femme. Dans cette période de l’adolescence le déclic causé par cette scène que j’avais vue à la Saline faisait son petit bonhomme de chemin en me faisant avoir des idées bien définies sur les liens qui unissaient ces deux êtres. Je commençais à regarder les filles avec l’intention de les plaire, d’attirer leur attention. Je cherchais des occasions à me rapprocher d’elles et mes regards ne les quittaient pas tant je croyais apercevoir en elles une source d’affinité et de complicité, un bonheur, un plaisir recherché. Le viril instinct de l’homme commençait à s’éveiller en moi. Comment empêcher la nature se développer toute seule. Aucune loi ne peut entraver sa marche. Les connaissances s’accumulent dans tout être de manière différente. Quelles que soient les idées que je me fais des femmes jamais une seule fois je ne les avais manqué de respect. Pourtant sur le chemin de l’école j’eus bien l’occasion de rencontrer des filles. Elles faisaient tranquillement leur route sans vraiment se mêler aux garçons qui les suivaient, les taquinaient. Il n’était pas de coutume encore dans notre société de permettre les filles et les garçons de se mélanger.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 8...

8 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 9...

8 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 9

8 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvous transmettre aux générations futures. »

 

Tout le long de l’année et particulièrement pendant les vacances scolaires, des fêtes étaient organisées. Les habitants de tout le village, et même de l’île, pouvaient participer. Les crèches, les enceintes des établissements scolaires, les cours des collèges, les centres sociaux, les couvents et nombreuses structures à caractère social et culturel étaient bondés des gens venus s’amuser les uns à côté des autres. Cela pouvait occasionner des rencontres fortuites, comme ce pouvait être l’occasion de fixer un rendez-vous, de nouer de l’amitié, de trouver un amour, qui sait, quant aux distractions, il n’en manquait vraiment pas.

Le grand jardin botanique de Pamplemousses organise chaque année son pèlerinage dont la date est fixée depuis longtemps pour que les pèlerins débarquent tôt le matin, venant des villes et des quartiers lointains. Chaque famille se regroupe sous l’ombre des arbres centenaires, sur des gazons soignés, dans des kiosques solitaires situés au milieu des bassins remplis des poissons affamés. Munies de leurs victuailles pour passer une journée mémorable, ces familles se retrouvent dans une ambiance survoltée, où le son des ravanes se mélange à la voix stridente des ségatiers en herbe qui seront rejoints par quelques danseurs saouls, pour que la fête dure jusqu'à la dernière lueur du crépuscule.

Au début de ma jeunesse, les voiles commençaient à s’écarter de mes yeux timides et innocents. Je portais mes regards assoiffés et vides d’expériences sur tout ce qui pouvait paraître singulier pour satisfaire ma curiosité.

Des que je fus admis au collège à Port-Louis je m’éloignais de mes parents et de mon village. Le cordon ombilical étant coupé je regardais le monde avec un œil différent et un état d’esprit nouveau.

Je trouvais du mal à m’adapter malgré que je fusse aimé, considéré. Les décors de la ville, avec ses maisonnettes entassées les unes auprès des autres, le climat inhabituel, l’atmosphère qui emplissait les rues et les ruelles, les trottoirs dont les pavés remontent à l’époque coloniale, les canaux de chaque côté des rues qui entrainaient l’eau des pluies étaient pour moi du moins des plus singuliers. Je mettais du temps à m’habituer.

Mes études en souffraient énormément. La chaleur accablante de l’été à laquelle je n’étais pas habitué me déprimait davantage. J’attendais avec beaucoup de patience le vendredi après-midi pour rentrer à la maison.

Mes liens s’étendaient, prenaient de l’ampleur dans la nouvelle société. Ma vision de ce monde commençait à s’élargir et ma connaissance aussi. Je commençais à comprendre la situation embarrassante dans laquelle je me trouvais et cela ne me plaisait guère.

Je compris qu’il n’y avait pas moyen dans un premier temps de changer quoi que ce soit. Je l’acceptais avec résignation et réticence. Je pensais que ce sacrifice me ferait profiter des fruits que cela m’apporterait plus tard.

Pourtant j’aurai pu me rendre à mon école par le bus tous les jours mais les parents en avaient décidé autrement. Mon cousin de Port-Louis faisait le même chemin de l’école et pourrait jeter un œil sur moi, ce qui était considéré comme une assurance pour mes parents.

Pourtant je ne regrette rien de ces deux années passées à Port-Louis. J’eus l’occasion de me familiariser avec nombreux amis que je perdis de vue par la suite.

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