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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 16...

19 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 16

19 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvons transmettre aux générations futures. »

 

Elle débarqua chez moi un jour de la semaine avant que les incidents se produisent à Port-Louis. En provenance de Saint-Denis de la Réunion, elle nous apporta ses modes de vie, ses cultures. Dès qu’elle m’adressa la parole, je remarquai la douceur de sa voix et la discrétion dans ses manières.

Ma jolie cousine fut obligée de prolonger son séjour chez nous, en raison de l’agitation et l’insécurité ambiante qui régnait dans l’Ile et je fus heureux de pouvoir en profiter pour mieux la connaître.

Quand je I’apercevais seule dans la varangue, je la rejoignais et nous parlions de nos études sans aborder d’autres sujets de conversation. Nos entretiens étaient très courts mais ils nous procuraient beaucoup de plaisir. Le destin semblait vouloir nous attacher l’un à l’autre et les occasions se multipliaient pour nous permettre de nous rapprocher.

 Je commençais à sentir naître des sentiments nouveaux qui provoquèrent en moi des troubles insoupçonnés. Le germe de l’amour avait été déposé au fond de mon cœur et son accroissement allait entraîner un changement radical en moi. Cette évolution de nos sentiments se fortifiait par la douceur de l'amitié, s’épanouissait au centre de notre société non sans étonner les uns et surprendre les autres.

Mon existence était fortifiée, nourrie par l’amour que je portais à ma cousine. Elle avait à mon égard les mêmes sentiments. Nous avions passé ensemble des moments tellement agréables qu’ils ne s’effaceront jamais de ma mémoire, ce qui caractérisent les premiers émois de l’amour et de la joie.

Le cœur de la jeunesse explose aux moindres émotions.  Je manquais d’expérience pour contrôler l’ineffable joie qui m’accompagnait pendant ce court moment de bonheur, de félicité, de convoitise.

Le départ de ma cousine m’affecta beaucoup. Je passai mes premières nuits d’insomnie à penser à elle, à connaître les premières douleurs de l’amour. Le monde m’offrait d’autres horizons que je me préparais à aller sonder avec l’espoir d’apporter un enrichissement à ma vie par de nouvelles connaissances, des assurances, des réflexions qui conforteraient mon avenir et ma situation.

En fait, je me trouvais bien démuni face à l’éducation et les connaissances de celle que j’aimais et qui vivait dans une société bien différente de la mienne. Je n’avais pas le niveau nécessaire en connaissances, instructions, capacités pour envisager de pouvoir entretenir une fille qui était de condition supérieure à la mienne.

 Ma première décision était de mettre tout en œuvre pour me hisser à la hauteur convenable.

Je reçus ma première lettre d’amour avec une étrange satisfaction, un immense plaisir et une inquiétude, une appréhension tenace quant à la réponse que je devrais lui faire en français, alors que j’étais pratiquement, dans cette langue, d’une nullité absolue! Mon orgueil m’interdisait de lui adresser ma réponse dans une autre langue que le français et j’allais bien sûr rédiger cette première lettre, malgré toutes les peines que j'aurais à éviter les pièges que réservent cette langue.

C’est à partir de là que j’ai décidé de m’atteler à l’étude rigoureuse du français. Mes inquiétudes étaient de ne pouvoir m’exprimer convenablement afin de révéler mon cœur à la fille que j’aimais.

Désormais, je me débrouillais comme je pouvais pour rédiger mes lettres et les expédier en temps voulu. Pour me faciliter la tâche, un vieux dictionnaire Larousse acheté cinq roupies à la librairie Nationale à Port-Louis me permit de trouver la signification des mots nécessaires à exprimer sur papier mes émotions. 

Mon vocabulaire étant restreint, j’éprouvais de difficultés à écrire correctement. Je décidai de me constituer ma propre bibliothèque. J’en dénichai une dans la boutique de mon père, persuadé que la pratique de la lecture m’entraînerait à progresser dans cette langue.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 15...

18 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 15

18 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvons transmettre aux générations futures. »

 

Il m’arrive très souvent tout le long de ma vie de m’arrêter un instant pour revoir le passé ressurgir avec enchantement et amertume. Mes souvenirs se refoulent dans la mémoire et me ramènent dans un royaume longtemps resté dans l'ombre et qui cachent tant d'évènements heureux ou malheureux.

Les moments de plaisir, de joie, de transport, d’exaltation alternent avec ceux de douleur, de mélancolie, de tristesse, de morosité. Dans ma jeunesse dont je m’étais souvenu pendant mon voyage, il me reste encore des choses à raconter et que je ne veux laisser longtemps dans l’ombre.

La politique m’intéressait si peu que je n’y portais aucune attention. Les grandes élections de 1967 soulevaient de grands enthousiasmes au sein de la population. Je n’étais qu’un spectateur au milieu des grandes foules qui se pressaient aux rassemblements des différents partis. La confrontation des deux partis principaux, notamment le « Parti Travailliste »  et  « Le Parti Mauricien Social Démocrate », était âpre et sans répit.

L’avenir du pays en dépendait énormément puisque le peuple votait pour l’accession à l’indépendance qui fut proclamée le 12 mars 1968. Les murs ont gardé la trace bien longtemps des affiches portant l’emblème de la clef sur fond rouge pour le Parti Travailliste, le vainqueur, et celui du coq sur fond bleu pour le PMSD, le vaincu.

En février 1968 l’Ile Maurice fut ébranlée par une confrontation raciale opposant communauté chrétienne et musulmane à Port Louis. C’était la seule et unique crise très grave qui me toucha profondément    car en voyant ce peuple auparavant uni comme des frères, je ne pouvais imaginer qu’ils arriveraient à se déchirer avec des violences inouïes.

Je n’ai jamais voulu vraiment savoir ce qui était à l’origine de ces troubles.

Bien heureusement cette situation conflictuelle ne se propagea pas à d’autres quartiers sensibles de l’île. Pourtant à l’époque, l’envergure que prenait l’évènement échauffait les esprits des adversaires et les incitait à la violence et la vengeance.

Les conséquences dramatiques qui en découlèrent endeuillèrent beaucoup de familles et plongèrent le peuple dans la crainte pour l’avenir.

La situation fut un moment temporisée par l’intervention de la police qui plaça des barrages et décréta un couvre-feu de la tombée de la nuit jusqu’au lever du jour. Les rumeurs en provenance de Port-Louis se propagèrent rapidement jusqu’à mon village de Pamplemousses et retentirent dans mon cœur et mon esprit comme un écho aberrant.

 J’apprenais ces nouvelles avec tristesse et désolation et priais le Seigneur de mettre fin à un tel déchirement. En vérité, les gens du peuple ne méritaient pas cela! Des plaies se sont ouvertes, les ont marqués atrocement de sorte que l’on puisse espérer qu’ils ne reproduisent jamais une telle bêtise, une telle abomination.

Ce même mois de février 1968, alors que les flammes ravageaient la ville, mon cœur s’embrasa; j’allais avoir dix-neuf ans et n’étais pas jusqu’à présent intéressé par l’amour et les filles. Lorsque je rencontrai ma cousine pour la première fois, j’eus l’impression déjà que nous allions nous entendre admirablement.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 14...

15 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 14

15 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvons transmettre aux générations futures. »

 

Etait-ce naturel que l’esprit des gens du village demeure infertile, au point à limiter leur monde et les faire ignorer les frontières qui pouvaient les montrer des nouveaux horizons ? Les gens donnaient l’impression de tourner en rond et de se diriger dans la même direction sans faire attention. Chacun se débattait comme il pouvait pour s’occuper de sa famille. Les gens gagnaient si peu dans des travaux durs qu’ils se trouvaient tout le temps suffoqués par des problèmes de tout genre. Ils pouvaient à peine envisager des quelconques projets d’avenir.

Je faisais parti de ce cocon. Je me souviens des fois que je me rendais au Centre Social de mon village les après-midis pour regarder les films de l’époque. Quand nous eûmes notre poste de télévision chez nous plus tard je passais mon temps devant l’écran et y restais jusqu’à fort tard le soir. C’était une façon pour moi de m’instruire, de me cultiver pour me faire une idée de ce monde. C’était un luxe que d’avoir chez soi un tel matériel. J’ignorais de quelle manière mes parents l’avaient obtenu mais je savais que mon père, par le biais de ses activités commerciales, faisait des relations. J’avais intérêt à l’époque de bien partager mon temps entre mes études et mes distractions.

A l’approche des examens de fin d’année je bossais durement et regardais moins la télévision. Les dimanches je me rendais dans la capitale pour passer toute l’après-midi dans une salle de cinéma enfumée à regarder trois films d’affilé. En quittant la salle comme un effaré je risquais de rater le dernier bus en partance vers mon village. Je courais comme un éperdu dans les labyrinthes des rues de la ville pour joindre la gare du front de mer où le chauffeur du bus attendait les derniers arrivés.

Dans les occasions de cérémonies religieuses chacun se cantonnait au sein de leur communauté pour la célébration. Notre société nous permettait de renforcer notre foi de quelque façon que nous voulions.

Je liais amitié avec plusieurs garçons de mon âge et de différentes confessions qui habitaient le village. Nous nous regroupions les après-midis pour passer ensemble des moments qui nous permettaient de mieux nous connaître. Nous étions quatre dont trois terminaient les études et se préparaient à trouver du travail. Le quatrième travaillait déjà à l’usine pour subvenir au besoin de sa famille, étant privé de père depuis petit. Ces liens m’attacha davantage à mon village et me donnait aussi l’occasion, en leur compagnie, de découvrir d’autres régions de mon île, en faisant fréquemment des sorties à bicyclettes pour se rendre au bord de mer, sur le flanc des montagnes et dans d’autres villages de proximité. Je ne m’étais jamais autant amusé dans des promenades, des distractions, des ballades, des sorties comme à cette époque qui marquait une étape bien distincte de ma vie. Nous nous trouvions des fois jusqu’à fort tard dans l’arrière salle d’un restaurant chinois, mes amis à trinquer avec des boissons alcoolisée, moi à les accompagner avec un coca ou un Fanta à la main. Je ne buvais pas de l'alcool. C’était à cette même période que j’avais commencé à fumer. Les gens du village s’étonnaient de nous voir nous réunir régulièrement. Ils nous devaient du respect et portaient envers nous leur admiration. Nous ne pouvions pas être plus fiers. Nous avions appris à vivre ensemble comme des frères malgré que nous fussions tous issus de différents milieux sociaux, pratiquions des différentes coutumes, cultures et traditions. C’était un vrai exemple qu’une nation pouvait montrer au peuple entier. Je ne le regrette jamais ces instants de bonheur ressentis à l’époque et dans mes souvenirs je ne peux qu’être fier d’en évoquer.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 13...

14 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 13

14 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvons transmettre aux générations futures. »

 

Au collège je me familiarisais en peu de temps avec les élèves de ma classe et de l’établissement, toutes issues de familles modestes qui habitaient dans les villes et villages de proximité. Je m’étais même fait remarquer par quelques professeurs qui semblaient m’apprécier et m’estimer. C’était pour moi de l’encouragement. Je suivais leurs cours avec intérêt dans une classe peu nombreuse et mal éclairée. Pendant que je faisais des progrès dans mes études, je commençais à faire des préférences à des matières dans lesquelles je me débrouillais bien. L’enseignement se faisait dans la langue anglaise sauf le français. Je me passionnais beaucoup pour l’histoire et la littérature. Nous étudions l’histoire de la Grande Bretagne de 1066 à 1485. Une époque que nous devrions connaître pour les examens de la fin d’année. Nous étudions les grands dramaturges, poètes et romanciers anglais : Shakespeare, Byron, Browning, Shelley, Dickens, Brontë etc. Comment ne pas connaître Romeo et Juliette, Macbeth, Tempête, David Copperfield, Jane Eyre.

Entretemps, dans mon village les mœurs commençaient à évoluer. Après les études et le travail les gens avaient besoin de se distraire. Nous étions à cette époque où l’on découvrait des nouvelles technologies qui prenaient place dans la société et incitaient les gens à changer leur mode de vie. Des projections des films se faisaient souvent dans le village auprès d’un dispensaire à la tombée de la nuit ou d’un centre social. Les gens étaient avertis dans la journée par un véhicule annonçant à haute voix l’évènement. Les gens se regroupaient tôt pour voir des projections des films documentaires et d’actualités. Ces animations étaient appréciées par une foule de gens qui venaient de partout. Tout le monde était content en se rendant chez eux après la projection qui terminait parfois tard le soir.

La télévision ne tarda pas à faire son apparition. Seulement le centre social du village en possédait. Beaucoup de personnes allaient s’installer à l’arrière cour du centre social à attendre l’heure que le responsable allait allumer le poste. Généralement ce ne serait pas avant 18 h. Mais combien de personnes attendaient cet instant pour découvrir les films en noir et blanc de l’époque et y restaient jusqu’à la fin ?

  A cette époque les éventuelles perspectives de développer et de motiver l’imagination étaient quasiment néant. Il n’y existait pratiquement pas grand-chose qui puisse aider à avancer, à progresser de manière à ouvrir les portes de l’avenir.

J’avais très peu de chance de développer mes facultés comme je l’aurais souhaité ou mérité en fonction des efforts que je fournissais. Les cultures, les modes, les coutumes, les traditions sont tous importées et la lenteur des activités me faisait comprendre que pas grand-chose pourrait être accomplie dans ce milieu. Je vivais dans une société encore en voie de dévéloppement. Les grandes activités qui faisaient avancer le monde se passaient ailleurs. J’étais encore trop naïf pour le savoir et je m’accrochais à l’existence comme je pouvais en ayant la sensation d’être satisfait sans jamais le démontrer. Dans un tel milieu il était difficile de nourrir de grandes ambitions, de nous inciter au progrès, de fournir de grands efforts pour mener notre vie. Nous nous contentions de ce que nous avions avec notre esprit pauvre comme l’était notre condition de vie.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 12...

13 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 12

13 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous pouvous transmettre aux générations futures. »

 

Le climat avait de l’influence sur les avancées de mes travaux. Entre Mai et Octobre, mois pendant lesquels l’atmosphère devint agréable dans la journée, un temps d’hiver qui ramène fraîcheur et confort, je n’avais pas de raison de me plaindre. Je parvenais à assimiler avec beaucoup de facilité mes cours sans vraiment ressentir de la fatigue. Il fut un temps où je poursuivais mes études avec de tel intérêt que je me réveillais tôt le matin, avant même que la lumière du jour se pointe à l’horizon, pour me plonger dans mes cours. Maman s’inquiétait de ces activités effrénées de ma part mais ne disait rien. Elle déposait, après ses heures de prières, sur la table en désordre et jonchée des papiers et des livres, une tasse de thé bien chaud, une tranche de pain barboté du beurre margarine. Je ne cessais de la remercier de l’attention qu’elle portait à mon égard et des peines qu’elle se donnait pour prendre soin de moi.

Le collège que je fréquentais était situé à environ un mile de distance de ma demeure et, pour s’y rendre, j’évitais souvent la route royale pour prendre des raccourcis en traversant le jardin botanique par des passages connus de moi et des habitués de mon village. C’était comme une ballade matinale qui me procurait autant de joies que de distractions. La surveillance était sévère et les gardiens se trouvaient partout mais je savais comment les éviter. Au fait ce n’était pas le chemin que les écoliers devaient emprunter pour se rendre dans leurs établissements. Pourtant combien de fois, malgré ma prudence, ne m’étais-je pas fait interpeller par un de ces agents qui me réprimandaient et me donnaient des avertissements en me menaçant d’aller faire des rapports sur mon compte auprès de mes parents qu’ils connaissaient bien d’ailleurs et également auprès de la direction de mon établissement scolaire. Je ne cessais de leur demander pardon et de jurer que je n’allais plus recommencer en sachant que je n’allais pas tenir mes promesses. J’aimais trop ce jardin pour m’en passer et l’on me faisait beau comprendre que je devais y accéder par la porte principale qui se trouvait à l’autre extrémité, je continuais à faire la sourde oreille.

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