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Perversité et vice

14 Juin 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Récit inspiré des scènes de la vie des gens de différentes couches sociales vivant en ville et à la campagne, à l’île de la Réunion..

 Ceci est un ouvrage de fiction.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence.

 

 ​​​Perversité et vice

 

Julie avait fait ses preuves pendant quelques jours et les patrons étaient satisfaits. Elle parvenait sans peine à plaire aux filles et à fasciner les garçons. Elle se trouvait dans une situation qui ne la permettait pas de refuser de rendre service à ses jeunes patrons à longueur des journées. Ils la réclamaient pour faire ceci ou cela dans le but de se familiariser avec elle. Elle se sentait quelque fois gênée et même embarrassée d'apercevoir combien elle incitait la curiosité et l'intérêt de ses petits patrons. Ces garçons étaient encore jeunes; leur esprit était ouvert malgré la rigueur et la sévérité de leur père qui voulait leur préserver de toutes corruptions; ils ne pouvaient ignorer le plaisir qu'ils pouvaient tirer en se rapprochant de cette fille qui accourait à leur moindre appel. Dès leur jeune âge ils étaient poussés par des camarades de l'école, influencés par les relations nouées à des jeunes voyous des bas quartiers et des amis avertis; ils se laissaient entraînés dans des aventures qui leur permettaient de satisfaire leur curiosité et de découvrir la perversité et le vice. Ils s'intéressaient aux filles et cherchaient des moyens pour gagner leur estime. Ils tournaient autour de la nouvelle venue et attendaient le moment pour livrer conversation afin d'en savoir plus sur elle. Elle retrouva la tranquillité en regagnant sa chambre tard le soir. Cela ne l'ennuyait pas vraiment quoiqu'elle préfère la compagnie des jeunes filles. Elle évitait de se familiariser avec les garçons. Elle trouvait toujours un prétexte pour se retirer. Ce n'était pas de son intérêt d'encourager ses jeunes maîtres à jeter leurs dévolus sur elle et à représenter cet objet de désir qui se trouvait là pour corrompre les bonnes mœurs. Pourtant à toute heure de la journée un de ses petits patrons trouvait l'occasion d'arracher quelques mots de sa bouche. Elle devait s'en débarrasser de manière à éviter des désagréments. Elle avait compris que c'était pour s'amuser qu'ils s'intéressaient à elle; pour ne pas leur déplaire elle fit semblant d'entrer dans leur jeu.

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La femme de ménage

1 Juin 2018 , Rédigé par Kader Rawat

Récit inspiré des scènes de la vie des gens de différentes couches sociales vivant en ville et à la campagne, à l’île de la Réunion..

 Ceci est un ouvrage de fiction.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence.

 

 

La femme de ménage

 

A l'ouest, la ville de Saint-Paul plongeait lentement dans la pénombre. Cette ville était située entre la mer, que le couché du soleil avait transformé de couleur jaune orangé, et les hautes montagnes dont les cimes étaient encore éclairées par les derniers rayons. Les ombres qui rampaient déjà sur les murs des bâtiments aux toits bas, sur des façades en pierres de taille qui longeaient les rues désertes, surgissaient de partout, chassant les lueurs qui illuminaient les chaumes en bardeaux et les crêtes. Les bruits des vagues qui s'écrasaient contre les côtes devinrent distincts par le silence qui régnait dans la ville. Les volets des fenêtres n'étaient pas encore fermés et l'on pouvait distinguer les lumières des flammes vacillantes qui indiquaient la présence des occupants. A cette heure ci, dans certaines maisons, les chambres étaient éclairées par des lampes, des bougies et des quinquets.

A l'angle de deux rues importantes de la ville, un bâtiment se distinguait par l'aspect particulier qui se révélait et qui démontrait une certaine originalité que les passants prenaient plaisir à admirer. Cette bâtisse était construite au milieu du dix-huitième siècle et avait bravé les intempéries si fréquentes dans la région pendant la saison chaude. Plusieurs réfections étaient nécessaires pour l'empêcher de sombrer dans le délabrement; le bâtiment gardait encore sa fraîcheur et les ouvriers qui s'étaient chargés de la rénover avaient respecté les normes et préservé le style. Cette maison à étage, avec balcons donnant sur les deux rues qui font angle, était occupée pour exercer un commerce au rez-de-chaussée et pour habitation à étage. L'enseigne suspendu au dessous des balcons portait en grosses écritures " Ets. Karim et Fils. Import - Export. "

Monsieur Karim venait de rentrer de la prière qu'il pratiquait régulièrement. Quand il fut informé par Sheinaz qu'une fille des Hauts était venue chercher du travail il avait réuni les membres de la famille le soir pour prendre une décision. Il avait l'habitude de discuter avec sa femme et ses enfants: il en avait six en tout dont quatre garçons et deux filles, tous des adolescents, Ils l'attendaient dans la grande salle à l'extrémité de la maison. Quand il s'installait au bout de l'immense table pour parler, les enfants étaient très motivés. Un candélabre était posé au milieu de la table et les lumières projetées étaient suffisantes pour distinguer les expressions qui se dessinaient sur les visages de chacun.

— Nous approchons le mois de Ramadan, dit Monsieur Karim, et nous avons besoin du personnel. Sheinaz m'a parlé d'une jeune fille des Hauts qui peut nous intéresser. Depuis le départ de Solange cela fait déjà un mois sans nous donner signe de vie, Fatema se plaint d'avoir beaucoup du travail à faire dans la cuisine et la maison. II est bien temps pour nous de trouver une solution pour alléger ses tâches.

— En ce qui concerne Solange, dit Mme Karim, j'ai appris qu'elle s'est mise en ménage avec un métropolitain et que personne ne sait où elle se trouve. Elle n'est pas encore passée prendre son argent et ses affaires.

— Elle a peut-être quitté le pays, qui sait? dit Aissa.

— En tout cas cela n'arrange pas la situation, dit Mr Karim.

— Est-ce qu'elle est honnête cette fille dont tu parles? demanda Mme Karim.

— Comment pouvons-nous le savoir? Le temps nous le dira, rétorqua Mr Karim.

— Nous avons perdu pas mal d'objets précieux ces dernières années en embauchant des filles qui se présentent en permanence devant notre porte. Elles sont toutes issues des familles pauvres et parviennent difficilement à s'intégrer dans la vie courante de bonnes familles. Je ne vois pas vraiment la nécessité d'employer une fois de plus une inconnue, fit Leila qui pensait aux mauvais souvenirs pour l'inciter à exprimer ainsi.

— Tu ne dois pas exagérer,  dit madame Karim en regardant ses autres enfants comme pour leur faire comprendre qu'elle s'adressait à eux aussi, « et voir que le côté négatif. Cette manière de penser démontre votre ingratitude envers des personnes qui, pendant votre enfance ont pris des peines avec vous. Elles se sont occupées de vous comme une mère, vous ont nettoyés, lavés, donné à manger et à boire. Elles vous ont bercés dans leurs bras pendant des heures pour vous empêcher de crier, de pleurer, pour vous faire dormir. Et comment ne peuvent-elles pas mériter une place plus honorable dans votre petit cœur ingrat. C'est quand même écœurant de dire autant de bêtise et je suis étonnée et déçue de l'entendre de la bouche de mes enfants.

— En tout cas maman, dit Haroon, les qualités et les défauts d'une personne ne se révèlent qu'avec le temps; il est de notre devoir de prendre nos précautions et ne pas laisser traîner les objets de valeurs. Leurs pertes et leur disparition ne s'expliquent que par le fait que nous manquons de principes.

— Çà alors. Si nous ne pouvons pas disposer de nos affaires comme cela nous convient, je me demande où va ce monde, rétorqua Leila.

— Toutes les personnes qui cherchent du travail ne sont pas d'un même milieu social, n'ont pas forcément la même mentalité, le même caractère, les mêmes manières. C'est tout à fait naturel que certaines se montrent travailleuses, consciencieuses et laborieuses tandis que d'autres paresseuses, négligentes et ont pleins d'autres défauts. Ce n’est pas une raison de les condamner toutes et les mettre dans le même panier, dit madame Karim.

— Ces petits gens de maison ne sont pas si bêtes qu'on peut l'imaginer, dit Yacoob. Ils sont conscients de l'importance qu'ils jouent dans la société. Et sont aussi persuadés qu'ils ont de grandes chances de s'insérer dans la vie active en évoluant au sein des familles aisées. Pour eux c'est une voie vers la liberté. Cela les permet aussi d'échapper à l'emprise familiale où leur existence n'a aucune signification et où leur vie est sans aucune importance. Ils ont raison de fuir une société où l'on constate une stagnation de l'évolution et où il y a absence de progrès. L'idée aussi de gagner de l'argent et de mener une vie qui leur plaît ne cesse de leur effleurer l'esprit. Je parle de cette jeunesse remplie d'ambition qui essaie de frayer un chemin dans la société pour trouver une place raisonnable qui peut leur permettre de se distinguer et d'occuper des places privilégiées. C'est la raison pour laquelle l'idée de rivalité manifeste en eux. La soif de gagner de l'argent éveille en eux la jalousie. Nous pouvons déceler des changements d'attitude et des comportements bizarres qui peuvent leur faire se montrer dangereux.

— Tout cela ne veut absolument pas dire que nous pouvons nous passer de leurs services, dit Mr Karim. Il y a dans l'autre pièce une fille qui attend et je suis bien convaincu qu'en ce moment même nous avons besoin d'une personne pour assumer certaines responsabilités. J'ai remarqué que les chambres ne sont pas faites tôt le matin, que les poubelles ne sont pas vidées, que les meubles sont couverts de poussières, que les parquets ne sont pas brossés et que beaucoup de travaux ménagers sont négligés et inachevés. Donc, je tiens à vous informer que je suis bien décidé d'engager cette personne, pour que ces travaux soient faits dans les meilleures conditions.

— Je suis de ton avis, dit Mme Karim.

— Nous aussi, répondirent les garçons tandis que les filles demeuraient réticentes.

Monsieur Karim se levait et se dirigeait vers la pièce où Julie attendait. Elle était assise sur une chaise et s'était levée aussitôt qu'elle entendit des pas. Avant que Mr Karim n’ouvre la porte elle avait eu le temps de mettre de l'ordre dans son état. Quand il pénétrait dans la pièce Julie dit:

— Bonsoir monsieur.

— Bonsoir. Vous êtes la demoiselle qui s'est présentée dans la journée, n'est-ce-pas?

— Oui monsieur.

— Vous vous appelez comment?

— Je m'appelle Julie Deschamps, monsieur.

— Eh bien. Quel âge avez-vous?

— Dix-sept ans monsieur.

— Avez-vous déjà travaillé?

— Oui monsieur.

— Vous savez ce que c'est que de travailler dans une maison? Avez-vous déjà une idée des travaux que vous avez à faire?

— Oui monsieur. Je sais tout faire dans une maison. Vous pouvez le constater par vous même si vous m'engagez.

— C'est ce que j'ai l'intention de faire en me fiant sur vos paroles et votre bonne foi. J'espère que vous n'allez pas me décevoir.

— Oh monsieur je vous remercie de la confiance que vous me faite.

— Ne vous réjouissez pas si tôt. Je vous engage à l'essai pour quatre semaines. Vous serez logée dans une chambre à étage et aurez droit aux repas quotidiens comme les autres bonnes. Vous percevrez votre salaire tous les samedis. Vous avez certaines règles à respecter. Vous avez droit au repos le dimanche. Vous recevrez les ordres de moi-même, de madame et des autres membres de la famille que vous allez connaître bientôt. Si cela vous convient donc considérez-vous déjà comme engagée.

— Cela me convient très bien, monsieur. Je voudrais vous demander si je peux commencer dés ce soir. Ma maison se trouve dans les Hauts et je n'ai aucun moyen de m'y rendre.

— Évidemment il est bien tard de rentrer chez vous. Je vous envoie Suzy pour vous montrer votre chambre et vous dînerez avec les autres domestiques avant de monter vous coucher. Rappelez-vous que vous devez vous réveiller très tôt le matin pour commencer le travail.

— Bien monsieur. Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

— Je l'espère bien, mais sachez le tout de même que vous pouvez être congédiée au moindre faux pas, dit Mr Karim en s'apprêtant à partir.

 — Entendu monsieur. Bonne nuit monsieur.

— Bonne nuit.

Quand la porte se refermait, Julie poussait un grand soupir de soulagement en levant la tête pour remercier le Seigneur de l'avoir fait gagner ce travail. Elle pensait déjà à la bonne nouvelle qu'elle allait annoncer à ses parents quand elle irait les voir dans les jours suivants. Ses regards admiraient les quelques meubles en bois visibles par la faible flamme de la lampe à pétrole posée sur une étagère au coin de la pièce. Elle entendit des voix provenant de loin, probablement de la salle à manger où les membres de la famille se réunissaient pour prendre le dîner. Des bruits d'assiettes, de verres, de cuillères atteignirent ses oreilles si distinctement qu'elle se disait que le dîner était déjà servi. L'eau du robinet, une voie élevée qui appelait, des empressements de pas lourds sur les planchers indiquaient que les bonnes étaient à l'œuvre. Elle ressentait dans la maison une chaleur intense émanée par cette vie bien organisée et menée par des gens ayant le souci de donner un sens à leur existence, de chercher le moyen de l'embellir, la conforter, la rendre agréable et intéressante. Des éclats de rire sonores qui se firent entendre indiquaient qu'une famille vivant dans l'harmonie et la bonne entente profitait de ce moment solennel pour se réunir. Dans son petit coin, Julie essayait d'imaginer ce qui se passait dans les autres pièces dont elle ne pouvait deviner les décors et l'atmosphère. Elle savait qu'elle aurait beaucoup de choses à découvrir, à apprendre et que les surprises étaient à prévoir. Elle n'était pas inquiète du tout et son enthousiasme à vouloir travailler écartait de son esprit toutes pensées malencontreuses qui avaient tendance à entraver ses démarches et contraindre son état d'âme. Elle avait confiance de pouvoir faire ses preuves et de comprendre vite de quelle manière donner satisfactions à ses patrons. Elle était à peine plongée dans ses pensées qui l'avaient entraînée loin dans un monde où elle entrevoyait de belles perspectives quand Suzie vint la chercher pour l'emmener dans une grande pièce où elle fit connaissance des autres domestiques qui travaillaient dans la maison et qui habitaient sur place. Elle rencontrait Suzanne, une vieille nénenne qui avait vu naître tous les enfants de la maison et les avait vus grandir.

Suzanne était au service de la famille Karim depuis l’âge de vingt ans. Âgée de 55 ans, elle n'avait plus la vigueur de sa jeunesse et faisait son travail convenablement; elle n'assumait pas de grandes responsabilités. Usée pour avoir dépensé de l'énergie dans une période de son existence où elle avait des enfants à élever et plusieurs bouches à nourrir, elle perdait une grande partie de son potentiel physique en entrant dans l'âge. Elle tombait plusieurs fois malade, couvait des bronchites chroniques, traînait des toux à longueur des semaines et même des mois. Elle traitait elle-même ses douleurs rhumatismes, artérielles et d'estomac avec des tisanes qu'elle préparait avec des feuilles qu'elle allait chercher dans les bois. Elle n'aimait pas consulter des médecins et préférait supporter ses maux tranquillement en se tordant de douleur dans sa minuscule chambre sans laisser les autres apercevoir qu'elle souffrait. Elle était bien considérée par les membres de la famille et jamais personne n'osait lui faire de reproche ni de remarque sur la manière dont elle accomplissait ses travaux. Son visage était ravagé par des rides et ses yeux cernés par la fatigue quand Julie la rencontrait pour la première fois dans cette pièce.

Suzie travaillait pendant trois ans dans la maison. Son père qui était un buveur invétéré, mourut d'une rupture d’anévrisme alors qu'elle avait à peine douze ans. Pour aider sa mère à élever ses trois frères et ses deux sœurs elle avait commencé à faire de petits travaux ménagers jusqu'au jour où elle fut remarquée par une personne qui connaissait bien monsieur Karim qui cherchait à l'époque une bonne pour aider Suzanne. Suzie était âgée de dix-huit ans quand elle commençait à travailler. Elle avait toujours été bien considérée par ses patrons.

 

© Kader Rawat

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Le mois sacré de Ramadan

29 Mai 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Le mois sacré de Ramadan

 

Le mois de Ramadan arrivait enfin avec l'apparition de la nouvelle lune. Un mois appréhendé déjà par la famille Karim. Pendant ces jours de jeûne, de résignation, d'abstinence, et de prières, chaque effort fourni pour pratiquer le bien et éviter le mal, aide à comprendre la valeur de ce mois sacré.

Chaque membre de la famille Karim était conscient de l'importance de ce mois. A trois heures du matin ou même avant, au moment où le sommeil accapare l'être, il était temps pour lui de se réveiller pour aller prendre en famille le repas du matin. Les lumières des maisons étaient toutes allumées, et les membres de chaque famille se regroupaient pour commencer la journée de Ramadan.

Julie était debout en même temps que madame Karim à deux heures du matin. Elle l'aidait dans la cuisine à chauffer le repas, à faire le thé, mettre le couvert et disposer les assiettes, les verres, les cuillères. Elle allait ensuite réveiller les filles qui rejoignaient les garçons déjà installés à table, les yeux bouffis par le sommeil. Ils mangeaient et buvaient jusqu'à ce que la lueur du jour se pointe à l'horizon. Ils se levaient et se dispersaient chacun de leur côté.

Les hommes accomplissaient la prière obligatoire du matin à la mosquée la plus proche et les femmes à la maison. Ils prononçaient le vœu de vouloir garder le jeûne pour le Seigneur. Une journée toute entière qu'ils devraient passer à ne pas manger, à ne pas boire pour se débarrasser des mauvaises habitudes, pour se priver de toutes satisfactions matérielles, pour éprouver la faim et sentir la soif comme le font les pauvres, pour s'identifier à eux, se mettre à leur place pour comprendre les effets de la misère, la pauvreté et la souffrance. Une journée entière pour mettre en cause sa conscience, pour s'interroger sur l'importance et la valeur spirituelle. Les fidèles puisent leur ressource dans la prière, fortifient l'âme par la lecture du Coran. Un mois de sacrifice, de dévotion, d'abstinence, de jeûne et de prières, qui passe trop vite pour comprendre que les péchés s'estompent par obstination et volonté.

Les épouses, les mères et les sœurs se retirent dans un coin tranquille pour accomplir plus de prières que d'habitude. Les pièces sont imprégnées d'une forte odeur d'encens. Un calme étrange règne dans la maison toute entière et chacun se replie sur soi-même pour prier, pour se reposer, pour jeûner. Peu de mots sont échangés comme si le monde tournait au ralenti.

Julie constata qu'au cours de ce mois de jeûne, le visage auparavant frais et lisse de ses petits patrons se métamorphosait par une barbe bien fournie. Leur visage était tiré par le manque de sommeil, la fatigue et les efforts fournis pendant les longues nuits de prières. Pour elle aussi c’était une période de répit. Aucune parole déplacée ne lui fut adressée ; aucun regard indiscret ne lui fut lancé ; aucun geste qui pouvait nuire n’était venu la contraindre dans sa vie quotidienne. Des bons enfants exemplaires comme il n’y en avait pas deux tout le long de ce mois de Ramadan.

Une journée passée dans le travail ou à la maison s'achève au coucher du soleil dans la réjouissance d'étancher sa soif avec une boisson sucrée et parfumée, de prendre sur la langue des gâteaux salés, épicés et doux que l'épouse, la mère, les sœurs ou la cuisinière ont confectionnés pendant toute l'après-midi.

Julie préparait les épices, épluchait l'ail, le gingembre, les mélangeait avec des piments et du sel et les écrasait. Elle rangeait les bocaux de cardamome, de cannelle, de girofle, grillait le café au fond d'une marmite en fonte, enfermait les gousses de vanille dans le garde-manger. A cette heure-ci, M. Karim se permettait une petite somme avant de se rendre à la prière. Et pendant la grande prière du vendredi qui rassemblait les fidèles, il écoutait les bonnes paroles adressées à tous les croyants.

« Il y existe un moment dans l'existence, sermonnait l'Imam dans son discours, où nous devons nous arrêter et interroger notre conscience sur la réalité de ce monde ici bas; nous devons réaliser combien notre vie importe si peu à comparée de celle qui nous attend dans l'autre monde; il est temps pour nous de comprendre que nous devons fournir des efforts pour accomplir de bonnes actions et pour éviter de commettre des péchés.»

Après la rupture du jeûne, les membres de la famille se réunissaient pour le dîner, pour se permettre une petite pause; ensuite les hommes se rendaient à la mosquée pour accomplir la prière commune du soir. Une prière où le Coran sera récité dans son intégralité par des Hafiz tout le long de ce mois sacré.

Julie et les autres domestiques nettoyaient les chambres, changeaient les rideaux, lavaient, astiquaient, lustraient, enfin rendaient propre chaque recoin. Pour célébrer la fête de fin de Ramadan les fidèles étaient vêtus de beaux vêtements pour se rendre à la mosquée. La prière spéciale est accomplie après le lever du soleil. L'Imam fait son sermon devant les fidèles imprégnés de foi et allégés des péchés. Chacun s'impatientait de se retrouver devant la table garnie d'une variété de gâteaux préparés à la maison ou commandés chez le pâtissier. La fête était célébrée de gaieté de cœur et de grande réjouissance. Rassemblement au sein des familles et accolades; distribution de cadeaux; de la nourriture en abondance. Chacun fait exploser sa joie. La journée se passait dans la bonne humeur; certains rendaient visites aux parents, d'autres partageaient le bonheur avec des amis.

 

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Une source de distractions

17 Mai 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 
Une source de distractions
 
Situé entre la ville de Saint-Pierre qui s'étend au bas sur le littoral et faisant face à la mer, et la Plaine des Cafres en haute montagne le village du Tampon de l'époque, renommé pour ses cultures de géraniums et autres plantes aromatiques gardait encore cet aspect terne et mélancolique, souvent pendant l’hiver enveloppé dans un épais brouillard que les rayons doux du soleil parvenaient avec peine à dissiper. Les maisons, remarquables par le style colonial avec varangue et jardins fleuris, étaient un mélange d'architecture française et africaine que les récents habitants de la région avaient su faire adapter aux conditions climatiques capricieuses de l'île. En retrait et à distance respectable de deux côtés de la route qui menait au village, ces maisons, à toitures basses en bardeaux coupés des bois de tamarins ou en tôles ondulées galvanisées, étaient pour la plupart cachées derrière une épaisse végétation qui donnait en permanence une fraîcheur agréable aux habitants. Leurs principales activités consistaient à embellir un jardin des boutures donnant les plus belles fleurs, à cultiver un potager se trouvant à l'arrière de la maison ou à s'occuper plus loin d'un verger planté, avec le plus grand soin, d'une exceptionnelle variété d'arbres fruitiers chargés des fruits juteux pendant la saison chaude de l'année. Le chemin encore en terre qui grimpait la route des six cents était sillonné par les roues des charrettes à bœufs chargées des cannes, et des calèches transportant des visiteurs qui traversaient le village en portant leur regard admiratif sur les vestiges laissés par le comte de Kervéguen, ancien propriétaire d'une grande partie de la région dont l'usine désuète, l'église en bois et le cimetière rappelaient encore le nom. Lieu de carrefour entre la ville plus bas et les plaines verdâtres et humides dans les hauts, à mi-chemin entre la chaleur accablante du littoral et le froid intense des montagnes, le Tampon, autrefois une forêt dense et un lieu de refuge des noirs marrons, connut à la fin du dix-neuvième siècle un accroissement de population. Ils étaient tous attirés par les conditions climatiques favorables, par l'atmosphère agréable et reposante, par la végétation considérablement diminuée par des bûcherons habiles qui permettaient à ceux qui voulaient s'installer dans la région d'utiliser les bons bois de la forêt pour construire de belles et solides maisons à étage qui pouvaient résister au vent violent des cyclones. De ces petites parcelles de terre vendues par le Comte de Kervéguen s'élevaient de grands champs de géranium rosat, plantes desquelles l'on obtient une essence coûteuse utilisée à fixer les parfums. Obtenus par distillation dans de petits alambics que les bois des acacias brûlés chauffaient, cette essence très recherchée et qui se vendit très cher fit la fortune de nombreux propriétaires dont les principales ressources y dépendaient. Même après la cuite la fumure des géraniums était utilisée comme engrais pour les autres cultures nécessitant une terre riche et constamment entretenue. Ce modeste quartier du sud acquit au début du XXème siècle une notoriété publique évoquée par les crimes abominables perpétrés par Sitarane, Saint-Ange Calendrin et Emmanuel Fontaine, tous les trois arrêtés, trouvés coupables et condamnés à mort malgré que seul Calendrin fût gracié à la consternation de la population par le Président de la République tandis que les têtes de deux autres bandits tombaient à leur grand soulagement.
Frédéric Grondin avait grandi parmi ses quatre frères et ses trois sœurs, tous ses cadets dans une modeste maison créole située au cœur de la ville de Saint-Pierre. Pendant son enfance il se rendait souvent dans la station balnéaire, petit port où il rencontrait des pêcheurs qu'il accompagnait dans un bateau à voile quand la mer était calme pour leur regarder attraper des cabots de fond, des rougets, des vièles, des crabes, des langoustes, des capitaines ou des empereurs. Il s'intéressait depuis son très jeune âge à toutes les activités qui lui permettaient d'avoir de la vie une vision générale et vaste. Il avait compris combien ses parents eux-mêmes se débattaient pour parvenir à nourrir et à élever tous ces enfants qui n'avaient aucune raison de se plaindre. Chacun de leur côté, en grandissant, avait choisi de faire le travail qui leur plaisait sans que les parents ne les obligeaient. Ainsi, les filles qui avaient atteint l'âge de la maturité se détachaient, s'éloignaient de la maison paternelle pour exercer dans différentes villes des activités qui leurs permettaient de gagner de l'argent et d'organiser leur vie. Certaines avaient trouvé leur bonheur en épousant des garçons sérieux et travailleurs qu'elles avaient rencontrés et avec lesquels elles menaient une vie sans histoire. Elles étaient toutes d'une beauté telle que même qu'elles étaient d'un milieu modeste et d'une intelligence moyenne elles étaient convoitées par des gens d'un rang élevé et de conditions meilleures. Les bonnes familles pauvres qui construisaient leur vie à la sueur de leur front et qui se mettaient à l'abri de toutes souillures n'étaient pas ignorées ni dénigrées dans la société. Les gens avaient tendance, en toute honnêteté et avec probité, de se rapprocher pour établir un lien durable qui pouvait justifier l'amour et marquer la valeur humaine transcendante.
Frédéric Grondin, en homme d'affaire avisé, en un travailleur perspicace et acharné, ne pouvait mesurer la gravité de sa décision quand, un matin, il se dirigea vers le village de Tampon pour se renseigner et même pour chercher la fille qu'il avait entrevue la dernière fois qu'il s'était rendu dans le quartier. Ainsi la seule vue d'une personne avait pu déclencher dans son cœur un sentiment que seul l'amour pouvait en être responsable. Suivant son instinct à la lettre sans même raisonner il se présenta devant une maison à étage, ombragée de grands arbres importés. Quelques tecks, des chênes, des acajous et des araucarias formaient un gigantesque mur de protection et un bouclier naturel contre le mauvais temps. Un mur en pierres de taille, en haut duquel étaient fixés des solides grillages en fers forgés et pointus aux extrémités atteignant deux mètres, était recouvert par place des mousses et des lianes et était bordé des azalées, des bougainvilliers et des palmiers multipliant; un portail blindé à double battant accordait une mesure de sécurité à l'enceinte et indiquait les précautions nécessaires prises contre toute personne malveillante qui fréquentait le quartier. L'âme de Sitarane planait encore dans la région. Frédéric pouvait à peine deviner ce qu'il y avait de l'autre côté de ce mur. Il avait cogné plusieurs fois en écoutant un chien de garde aboyer à chaque fois avant d'entendre la voix lointaine d'une femme qu'il supposait être la domestique. Il entendit un léger cliquetis et vit s'ouvrir une petite fenêtre à travers laquelle il pouvait distinguer un visage brun et rond et des lèvres épaisses et vermoulues. Ce devait être la bonne. Il voulait savoir si une jeune fille aux cheveux châtains, au teint clair avec des yeux noisette habitait bien là.
– Mamz'elle Nathalie.
C'était le nom qu'elle avait prononcé. Elle était bien là mais quand elle lui demandait qui elle devait annoncer il ne savait quoi dire mais s'était ressaisi et avait tout simplement dit qu'il y avait une visite pour elle. Pendant qu'il attendait avec une certaine assurance sans laisser apparaître aucun signe d'inquiétude, il revoyait dans son imagination le plan qu'il avait concocté depuis plusieurs jours. Il ne décelait aucune faille et reposait toute sa confiance sur les premières impressions qu'il allait laissées. Quand de nouveau la petite fenêtre s'ouvrit c'était un joli visage de la Madone qui s'était apparu et lui donnait un choque. Apparu dans cet encadrement comme un tableau de Raphaël accroché au mur, ce visage, encore plus vrai que la peinture de ce grand artiste, considéré avec le plus grand soin et une toute particulière attention par Frédéric, paraissait tellement radieux et merveilleux que ce dernier avait les yeux à jamais fixés dessus et voulait demeurer ainsi pour toujours quand il fut retiré de son état de transe par ces paroles prononcées avec douceur
— Oui, monsieur. Vous voulez me parler ?
— Vous vous appelez bien mademoiselle Nathalie ?
— Oui. Mais je ne vous connais pas.
— Et bien non. Je m'appelle Frédéric et un de vos parents que j'ai eu l'honneur de rencontrer en ville en ma qualité de représentant m'a recommandé de venir vous présenter quelques échantillons de chapeaux de dernière mode et des toilettes qui seront susceptible de vous intéresser. J'ai emmené avec moi des catalogues que je me ferai une joie de vous présenter sans aucun engagement de votre part. Je suis absolument certain que vous ne serez pas déçue en jetant un coup d'œil à ces marchandises dont tout le monde en raffole actuellement. Je dois vous avouer qu'il me reste encore une quantité limitée et, si vous décidez d'acheter, je pourrai vous réserver quelques uns en priorité.
— Je ne sais pas trop, Monsieur. A vrai dire ce n'est pas moi qui fais les achats des mes toilettes. D'ailleurs, des chapeaux, j'en ai suffisamment et ne les portes que les dimanches pour aller à la messe. Ensuite je ne peux pas vous recevoir pour des raisons personnelles. Je regrette de ne pouvoir être utile dans vos démarches. Je ne tiens pas à vous faire perdre votre temps et vous prie de bien remercier ce charmant parent qui a eu un pensant à mon égard. Adieu monsieur.
— Attendez, je vous prie. Accordez-moi une petite minute. Peut-être j'aurai plus de chance avec vos parents. A quel moment puis-je passé pour les rencontrer ?
— Puisque vous insistez vraiment, passez en fin de semaine. Vous aurez plus de chance de les rencontrer. Mais je crains que ma mère ne s'intéresse à tout cela. Vous pouvez essayer tout de même. Adieu monsieur.

 

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