Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Articles récents

DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 3

21 Août 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 
DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 3
Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'
« Ce qui nous différencie des autres créatures c’est cette mémoire que nous possédons et que nous avons toute raison de transmettre aux générations futures. »
 
Je pris naissance le 19 juin 19_ _, dans le quartier de T..., dans une vieille et grande maison à étage située au bord de la route principale qui traverse le village. Mon grand père maternel avait entrepris la construction de cette maison de 12 pièces des années de cela, et ma naissance, le premier petit fils de la famille, fut un évènement tant attendu.
 
Il est de coutume dans la majeure partie des familles de l’époque que la mère se rende chez ses parents pour avoir son bébé. Une semaine après la naissance, quand ma mère eut suffisamment récupéré de force elle retourne dans la maison conjugale pour s’occuper de moi et de son ménage. C’est bien là que j’ai grandi, dans une atmosphère familiale qui allait prendre de dimension et que j’aurais bien le temps d’en parler dans la suite de mes souvenirs.
 
Ma mère fut élevée dans le règlement de la loi coranique, avait reçu les rudiments de la connaissance religieuse et se débrouille pas mal pour s’occuper de son ménage, assumer ses devoirs envers son époux et prendre soin de son enfant. Elle s’occupait de moi comme toute mère capable de tendresse, d’amour, de patience. Je l’ai toujours connue douce et sensible.
 
Mon père l’avait aperçue par hasard en se promenant dans le quartier de T_ _, quelques années après la fin de la deuxième guerre mondiale. Elle l’avait plu et il l’avait demandée en mariage. A cette époque là, mon père venait de quitter l’Île de la Réunion où il avait passé plusieurs années. Il ne m’en avait jamais parlé de cette période. Je n’avais pas non plus eut l’idée de lui poser des questions et ça je le regrette aujourd’hui. Mais nous n’avions pas vraiment eu l’occasion de nous faire des conversations à proprement parler et c’est vraiment dommage. Ce n’était pas que j’étais timide ou réservé, loin de là. Mais, les rapports entre parents et enfants à l’époque étaient différents. Les quelques informations que j’avais pu grappillées de ci, de là m’ont apprit que mon père avait pas mal d’amis en compagnie desquels il faisait la fête et pas plus. Nombreuses personnes que j’ai eu l’occasion de rencontrer, et qui étaient amis de mon père, me demandent de ses nouvelles, et cela me fait énormément plaisir.
 
A son retour à l’Ile Maurice avant son mariage, mon père avait ouvert une boutique dans le village de P_ _, et s’était lancé dans le commerce d’alimentation. La propriétaire de la boutique était ma grand-mère, veuve dès l’âge de vingt-deux ans et en charge de cinq enfants. Elle s’était battue avec un courage exemplaire pour grandir ses enfants de ses propres moyens. Elle avait réussi à marier ses trois filles, deux à la Réunion dont une à Saint-Denis et l’autre à Saint-Joseph. La troisième fille habitait à Port-Louis. Ses deux fils vivaient avec elle. La boutique de mon père faisait partie de l’habitation familiale. Mon oncle était chauffeur de taxi, marié aussi et occupait une chambre de la maison avec son épouse.
 
Cette grand-mère me donna beaucoup d’affection et s’occupait de moi que si c’était ma mère. Plus tard, quand le nombre d’enfants commençait à augmenter, je couchais derrière le dos de ma grand-mère jusqu’à un âge fort avancé. Je ne pouvais l’oublier comment elle s’occupait également des autres enfants, tous mes frères et sœurs, dix au totale. Un frère avait un problème de santé et mourut à 15 ans et une sœur succombe de gastro-entérite à 2 ans.
 
La maison que je découvris graduellement pendant mon enfance était vieille avec ses murs en pierres de taille, ses pièces vastes séparées des cloisons en bois couverts de la peinture à huile de couleur grise pale, ses plafonds ornés des feuilles de contreplaqué peintes en blanc, ses parquets en planches qui brillaient sous d’épaisse couche d’encaustique. Située au bord de la rue royale, avec la devanture aménagée pour le commerce, la maison tournait le dos à une vaste portion de terre qui s’étendait jusqu’à la rivière qui traversait le village, et dont la source venait des lointaines montagnes. Cette rivière était le théâtre des habitants du quartier et des enfants qui trouvaient l’occasion dans la journée de se regrouper.
 
Mon oncle qui habitait aussi dans la même maison avait sept enfants et, quand tout le monde se regroupait les après-midi en sortant de l’école, c’était la fête au village avec de pleurs par ci, des cris par là, des hurlements, bref des vacarmes épouvantables jusqu’à ce qu’il commençait à faire nuit.
 
Le village n’avait pas d’électricité encore et l’obscurité envahissait tous les recoins dès le couché du soleil. L’on utilisait la lampe à pétrole, le quinquet et la bougie pour faire de l’éclairage. Le repas se préparait sous un feu de bois sec ramassé dans le verger se trouvant à côté de la maison.
Lire la suite

 SOUVENIRS ET ANECDOTES

20 Août 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 SOUVENIRS ET ANECDOTES

Le collège que je fréquentais était situé à environ un mile de distance de ma demeure et pour s’y rendre j’évitais souvent la route royale pour prendre des raccourcies en traversant le jardin botanique par des passages connus de moi et des habitués de mon village. C’était comme une ballade matinale qui me procurait  autant de joies que de distractions. La surveillance était sévère et les gardiens se trouvaient partout mais je savais comment les éviter. Au fait ce n’était pas le chemin que les écoliers devaient emprunter pour se rendre dans leurs établissements. Pourtant combien de fois, malgré ma prudence, ne m’étais-je pas fait interpeller par un de ces agents qui me réprimandaient et me donnaient des avertissements en me menaçant d’aller faire des rapports sur mon compte auprès de mes parents qu’ils connaissaient bien d’ailleurs et également auprès de la direction de mon établissement scolaire. Je ne cessais de leur demander pardon et de jurer que je n’allais plus recommencer en sachant que je n’allais pas tenir mes promesses. J’aimais trop ce jardin pour m’en passer et l’on me faisait beau comprendre que je devais y accéder par la porte principale qui se trouvait à l’autre extrémité je continuais à faire la sourde oreille.

Au collège je me familiarisais en peu de temps avec les élèves de ma classe et de l’établissement, toutes issues de familles modestes qui habitaient dans les villes et villages de proximité. Je m’étais même fait remarquer par quelques professeurs qui semblaient m’apprécier et m’estimer. C’était pour moi de l’encouragement. Je suivais leurs cours avec intérêt dans une classe peu nombreuse et mal éclairée. Pendant que je faisais des progrès dans mes études, je commençais à faire des préférences à des matières dans lesquelles je me débrouillais bien. L’enseignement se faisait dans la langue anglaise sauf le français. Je me passionnais beaucoup pour l’histoire et la littérature. Nous étudions l’histoire de la Grande Bretagne de 1066 à 1485. Une époque que nous devrions connaître pour les examens de la fin d’année. Nous étudions les grands dramaturges, poètes et romanciers anglais : Shakespeare, Byron, Browning, Shelley, Dickens, Brontë etc. Comment ne pas connaître Romeo et Juliette, Macbeth, Tempête, David Copperfield, Jane Eyre.

Entretemps, dans mon village les mœurs commençaient à évoluer. Après les études et le travail les gens avaient besoin de se distraire. Nous étions à cette époque où l’on découvrait des nouvelles technologies qui prenaient place dans la société et incitaient les gens à changer leur mode de vie. Des projections des films se faisaient souvent dans le village auprès d’un dispensaire à la tombée de la nuit ou d’un centre social. Les gens étaient avertis dans la journée par un véhicule annonçant à haute voix l’évènement. Les gens se regroupaient tôt pour voir des projections des films documentaires et d’actualités. Ces animations étaient appréciées par une foule de gens qui venaient de partout. Tout le monde était content en se rendant chez eux après la projection qui terminait parfois tard le soir.

©Kader Rawat

Lire la suite
Lire la suite

L'énigme autour d'un meurtre

9 Août 2018 , Rédigé par Kader Rawat

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.
L'énigme autour d'un meurtre 1

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

Au petit matin, par un temps froid et glacial, du côté de l'étang, au bas de la colline, tout près du vieux moulin, les aboiements constants d'une meute de chiens indiquaient que la force de police ratissait la campagne pour traquer les présumés criminels. Les traces des pas, encore toutes fraîches, retrouvées autour de la maison, indiquaient qu'il était fort probable que plusieurs personnes étaient impliquées dans cette affaire. Suite aux dénonciations de quelques villageois qui s'étaient donnés la peine de recueillir des précieuses informations qui pourraient aider la justice de mettre enfin la main sur ceux qui étaient soupçonnés d'avoir commis ce crime odieux qui avait mis dans la consternation tous les gens du village, dans le courant de la même journée, la nouvelle se répandit que l'un des assassins avait été capturé et écroué dans la prison de Saint-Paul. Il s'agissait bien de Fabien Deschamps. Il n'avait pas opposé de résistance quand les gendarmes avaient cerné l'étang et le moulin. Il s'était rendu, faible pour n'avoir pas mangé pendant des jours. Jean-Régis Picard, la victime, était un homme d'une cinquantaine d'années qui était venu s'établir dans le village quelques années avant qu'il ne fut trouvé mort de plusieurs coups de couteau devant sa case. Tous les gens du village se rappelaient de son arrivée dans une charrette bringuebalante, à peine chargée de quelques malles comme tout équipement, pour s'installer définitivement dans la région. La vieille maison, longtemps restée inoccupée, battue par le vent et détériorée par le temps, qu'il était venu habiter et qui était logée au fond d'une végétation dense qui rendait l'atmosphère du lieu sinistre et effroyable, appartenait à son père qui la lui avait léguée à sa mort dix années de cela. Aristide Picard, le père, était un ancien esclave devenu marron avant que l'abolition ne fût proclamée. L'histoire de cette famille ne fut mise au grand jour qu'après des minutieuses investigations, des interrogatoires, des enquêtes, des recherches menées par le commissaire Dupré et ses hommes qui établissaient sur cette affaire de meurtre des rapports bien ficelés qui contenaient des informations précieuses ayant de liens directs avec l'assassinat et la disparition d'autres personnes du village et des alentours. Les témoignages recueillis auprès des villageois avaient tout simplement aidé à établir le fait que Jean-Régis Picard était un homme qui menait une existence paisible au fond de sa maison entièrement mise en état et solidement conditionnée depuis son arrivée et dont il avait aménagé une partie en atelier de cordonnerie pour lui permettre de grignoter les longues heures de solitude de ses vieux jours.

Copyright © Kader Rawat

 

L'énigme autour d'un meurtre 2

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

Ce métier de cordonnier, il l'avait appris dès son très jeune âge quand il vivait dans le cirque de Mafate où il avait passé une grande partie de son existence sans exercer autre activité que de fabriquer et de réparer les souliers et les savates d’habitants de la contrée. Il avait même inventé des modèles de chaussures adaptés à tout terrain et appropriés à des activités particulières. Il utilisait le bois de lilas, un bois léger, facile à ciseler et à façonner pour donner la forme des galoches; avec la peau de gibiers, tendue et séchée au soleil, qu'il rajustait à ces bois travaillés il fabriquait des savates, des sabots, des souliers de toutes tailles et de différents modèles. Dans son atelier qui donnait sur un sentier emprunté par les villageois, une riche collection de toutes ses œuvres exposées sur des étagères en bois faisait le bonheur de nombreux clients qui lui en achetaient en grande quantité. Le soir, après une journée de travail acharné, il n'avait qu'une passion; c'était de prendre quelques gorgées de rhum avant de monter au lit, et cela pour lui permettre d'avoir un bon sommeil. Une ou deux fois par mois une jeune fille d'une vingtaine d'année qui habitait la ville de Saint-Paul lui rendit visite dans sa maison et lui avait même amené un petit chien pour lui tenir compagnie. Mais il n'en avait pas voulu pour éviter d'avoir une bouche de plus à nourrir, ce qui démontrait en quelque sorte à quels degrés il était avare. Pourtant dans ce petit coin retiré, ce chien lui aurait été d'une grande utilité et l'aurait peut-être averti des dangers qui le menaçaient. Sa présence dans la région avait tout de même fait circuler le bruit, pendant un certain temps, qu'il possédait une immense richesse qu'il avait caché quelque part dans sa propriété étendue d'une vingtaine d'hectares de forêt encore en friche.

Copyright © Kader Rawat

 

L'énigme autour d'un meurtre 3

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

Au fait, les noirs marrons étaient bien connus pour avoir, dans le temps, attaqué, volé, pillé, saccagé et même brûlé les maisons des gens riches qui vivaient dans des grands domaines. Aristide Picard avait eu plusieurs démêlés avec la justice, était impliqué dans nombreuses affaires sordides qui défrayaient la chronique mais, comme il avait toutes les fois un alibi il parvenait avec ruses à s'échapper du joug de la justice. Et, étant donné que les auteurs et les principaux complices furent capturés, arrêtés, condamnés et certains même exécutés, les butins dont ils étaient peu à connaître la cachette lui revenaient à lui tout seul. C'était à son fils Jean-Régis qu'il confiait tout ce trésor. De son mariage avec une esclave comme lui étaient nés un garçon, Jean-Régis, et cinq filles, toutes mariées et vivaient avec leur mari quelque part dans l'île. Ce fils, tant admiré, tant estimé et tant aimé par son père pour son intelligence ne cachait pas tous ces trésors dans une seule place. Il les dissimulait dans plusieurs repaires dont lui seul connaissait l'endroit. Ils auraient dû attendre plusieurs années, quand les lois auraient changées et quand tous les événements oubliés et quand ils s'étaient rassurés qu'aucun soupçon ne leurs seraient porté, pour utiliser une partie du butin pour acheter quelques propriétés dans des régions où personne ne pouvait savoir qui étaient les propriétaires. Pour cela, le père et le fils n'avaient qu'à prendre contact avec quelques notaires des principales villes pour faire rédiger l'acte et faire acquisition des propriétés sans avoir même besoin de visiter les lieux. Jean-Régis Picard se cachait derrière ce métier de cordonnier en ignorant qu'après avoir passé plusieurs années à croupir en prison, certains complices qui avaient été épargnés de l'exécution, trouvèrent la liberté et allèrent chercher leur dû. En constatant que la personne concernée n'y était plus, ils n'avaient qu'à chercher plus loin pour découvrir que personne d'autre que le fils pourrait bénéficier de tout ce qui revenait au père. Jean-Régis Picard n'avait même pas eu le temps de jouir de toute cette richesse que sa vie s'acheva d'une manière dramatique et maintenant, à savoir qu'un innocent dont le nom était Fabien Deschamps allait payer pour le coupable en endossant dans son mutisme le crime était une question que beaucoup de gens du village commençaient à se poser.

Copyright © Kader Rawat

L'énigme autour d'un meurtre 4

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

La nouvelle se répandit bien au delà de ce village et circulait dans toute l'île. Tout le monde que cette affaire intéressait, cherchait à comprendre les raisons et suivait le dénouement qui prenait une tournure particulière et un caractère si complexe que l'enquête progressait difficilement, et était remplie d'énigmes par d'étranges et de surprenantes révélations. Yvette fut consternée par la nouvelle et, dans l'après-midi elle se rendit au commissariat pour essayer de comprendre ce qui se passait et pour rencontrer Fabien si c'était possible avant qu'il ne soit transféré à la prison de Saint-Pierre. Elle ne put obtenir de lui aucun aveu dans le peu de temps qu'elle avait pu lui voir derrière les barreaux en présence d'un policier. Elle retournait à la maison découragée, déçue, désemparée; elle était persuadée que son frère qui n'avait fait que baisser la tête était coupable et que personne ne pouvait rien pour lui. Ou voulait-il garder le silence pour en finir une fois pour toute avec la vie? Si telle était sa décision pour s'échapper à la honte dont il était couverte depuis qu'il avait tenté, dans son état d'ébriété, de violer une femme et de l'humiliation dont il subissait, il ne pourrait trouver meilleure occasion de mettre un terme à ses jours en laissant derrière lui un nom dont l'histoire s'en souviendra. Mais n'existait-il pas un moyen afin de le raisonner pour qu’il puisse avoir au moins le courage de dire qu'il était innocent? Comment faire pour arracher de sa bouche ce seul mot qui pourrait dévoiler le secret de son cœur et qui suffisait pour faire étinceler dans l'esprit de tous ceux qui voulait le sauver cette lueur d'espoir tant attendue?

Copyright © Kader Rawat

Lire la suite

A love of youth (A Y https://t.co/x6gqOANO2F

13 Juillet 2018 , Rédigé par kader rawat

Lire la suite

Un regard sur l'avenir https://t.co/GQRZCyidCe

6 Juillet 2018 , Rédigé par kader rawat

Lire la suite

Un regard sur l'avenir

5 Juillet 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Scènes de la vie rurale

Ceci est un produit de l’imagination..

 Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence. 

 

Un regard sur l'avenir

André, l'amoureux d'Yvette, avait disparu sans donner de ses nouvelles. Pourquoi? Il n'y avait pas de moyens qu'il n'avait pas cherchés pour démontrer, pour justifier, pour définir, pour prouver en quelque sorte ce sentiment qu'il concevait pour elle dans le plus noir recoin de son cœur. Elle ne pouvait ignorer toutes ces réalités et ne pouvait pas faire semblant de ne pas apercevoir se manifester autant d'intérêts qu'il avait maintes fois éprouvés à son égard. N'avait-il pas pris l'habitude de l'appeler mon amour, ma déesse, ma lumière, mon infinie et de lui découvrir son cœur qu'elle n'avait pas voulu comprendre, un cœur qui n'avait pas cessé de battre pour elle. N'avait-il pas avoué son profond amour pour elle dans les recoins les plus reculés, les plus profonds de son âme? Il avait pendant longtemps supporté ce silence qu'elle avait gardé et qui gâchait leur relation, la rendre amère, désagréable, intolérable. Elle manquait du courage, s'était enfermée dans la chambre obscure, s'était réfugiée dans les ténèbres qui avaient la puissance d'affecter la vie, de faire surgir de l'esprit affaibli des imaginations ignobles, des séquences mesquines, et des apparitions effroyables. Il s'était présenté devant elle pour livrer son cœur meurtri par la souffrance. Elle s'était accroupie au fond de la pièce, bouclant portes et fenêtres, refusant toutes communications, ne voulant même plus regarder la nature qui la rappelait Dieu sait quelle abomination. Elle refusait de voir la lumière du jour qui semblait invoquer sur elle la malédiction. Elle fuyait les gens qui étaient devenus pour elle des ennemis immortels.

Il ne la voyait pas pendant plusieurs jours qui étaient pour lui durs, pénibles. Combien de temps encore espérait-elle prolonger cette séquestration injuste, cruelle? Il se réfugiait dans la patience et attendait passer ce moment de perturbation, de désordre, de colère. Il réfléchissait sur la vie qu'ils avaient menée ensemble ce dernier temps et jetait un regard sur l'avenir qui les attendait en gardant l'espoir qu'elle se montrerait comme avant, qu'elle commencerait à vivre normalement et qu'ils se retrouveraient une fois de plus ensemble. De quelle faute était-il puni? S'il fallait recommencer à vivre d'une manière différente, avec plus de prudence, ordonnée, selon le désir de l'autre, il était prêt à accepter toutes les conditions mais, par pitié, épargne lui de tel châtiment. Il s'était mis à genoux derrière la porte comme auprès d'un autel pour se confesser afin qu'Yvette puisse s'émouvoir et fit un geste d'encouragement. Il la rappelait de la liberté avec laquelle ils se promenaient dans le bois, courraient dans la prairie, escaladaient les collines, marchaient au bord des ruisseaux, se cachaient dans des buissons, jouaient sur l'herbes, se réfugiaient dans les granges, derrière les murs, dans les caves, les creux, le grenier. Où étaient passés ces moments si merveilleux? Dans tous ces élans ne s'étaient-ils pas permis des petites caresses sincères et significatives? N'avaient-ils pas échangé des baisers fougueux? Qui aurait pu soupçonner, deviner qu'ils s'amusaient à ces jeux dangereux, interdits qui prenaient des dimensions inimaginables? Mais qui les aurait aperçus se donnant au spectacle défiant toutes les lois de la moralité pour aller colporter la nouvelle auprès des personnes responsables pour surveiller la conscience des gens du village, pour veiller à ce que personne ne se déviait du droit chemin et même pour aller rapporter le fait au prêtre du canton qui se rendit dans la maison de Mme Deschamps pour passer toute la matinée à sermonner la fille et la mettre en garde de ses actes et de son comportement contraire aux préceptes de l'église? Avait-il arraché de la fille la promesse de ne plus jamais revoir le jeune homme si elle voulait éviter que la malédiction ne frappât davantage la famille qui supportait l'épreuve déjà d'énormes difficultés? Était-ce pour se protéger de la colère divine, pour sauver une vie qui ne tenait qu'à un bout de fil, pour éloigner toutes calamités qui menaçaient la famille, pour épargner les autres membres d'être victimes de la malédiction que la fille donnait sa parole, fit le grand serment, l'ultime promesse de ne plus jamais se tremper dans le péché véniel? A la recherche de ce pardon au prix de si grand sacrifice, la fille avait-elle accepté d'expier ses fautes en prenant des initiatives rigoureuses que l'amoureux ne pouvait comprendre?

Au départ du prêtre, elle s'était métamorphosée et ne voulait plus regarder son bien-aimé. Elle éprouvait une crainte terrible en le voyant approcher de la maison. Elle le fuyait comme si dirait qu'il allait la causer le plus grand mal, lui qui voulait tant son bien, qui voulait la rendre heureuse. Elle l'évitait à tel point qu'il ne pouvait s'empêcher d'imaginer les torts qu'il avait causés pour constater un tel changement d'attitude. Elle était devenue tellement farouche qu'il voyait croître en lui l'ardent désir de se rapprocher davantage d'elle pour connaître les raisons d'un tel comportement. Il ne parvenait pas à supporter un tel silence de sa part. Il la trouvait trop éveillée, trop intelligente pour ne pas prendre conscience de ses actes. Elle était de plus jeune, belle, charmante, gracieuse pour se réfugier dans la pénombre d'une chambre exiguë. Était-ce pour lui châtier? Il se sentait fautif d'avoir éveillé en elle les instincts de l'amour. Était-il la cause de tous ces rancœurs? Il ne cessait pas de la rappeler qu'il l'aimait, qu'il l'adorait. Était-ce possible qu'il était devenu un monstre à ses yeux? Qu'avait-il fait pour subir un tel supplice, une telle cruauté? Elle le repoussait avec de telle véhémence qu'il commençait par réaliser combien il devait l'inspirer de la répugnance, du dédain, du mépris.

Il avait tout fait pour se renouer à elle. Ils étaient des inséparables et ne pouvaient se passer l'un de l'autre à tout moment de la journée et même des fois de la nuit quand il s'allongeait auprès d'elle sur le même lit tandis qu'à côté la mère poussait des gémissements de douleurs. Était-ce là le péché, de ne plus distinguer le bien du mal? Ils étaient maintenant séparés par un rempart. Aucune voix n'était accessible pour atteindre l'autre. Elle ne voulait rien entendre, n'essayait pas de comprendre ce qu'il avait tenté plusieurs fois d'expliquer. Il était accaparé par des douleurs qui lui faisaient souffrir atrocement et avait voulu chercher refuge auprès d'elle. Ses facultés commençaient par s'affaiblir par cette séparation injuste et inexplicable. Sa passion pour elle était plus forte que tout raisonnement. Il ne voulait plus rien comprendre. Il reconnaissait l'empire qu'elle exerçait sur lui. II attendait comme un animal abattu, méprisé, par un temps affreux, qu'elle se montrât à lui, qu'elle se présentât devant lui pour lui soulager le cœur, pour lui rassurer, pour lui panser la blessure profonde qu'il s'était faite en se heurtant à son indifférence totale à son égard. Il n'avait pu supporter de vivre ainsi pour longtemps et avait disparu dans la nature. Personne ne savait où il se cachait, s'il était encore vivant. Yvette se desséchait au fond de sa chambre. Elle était méconnaissable quand elle se montrât bien après dans la lueur du jour. Elle n'avait fait que pleurer tout ce temps un amour qu'elle avait repoussé de toutes ses vigueurs et aurait pu se donner la mort si elle n'avait pas sa mère à s'occuper et à prendre soin.

© Kader Rawat

Mon Site : https://www.amazon.fr/Kader-Rawat/e/B00C87MGFA/ref=ntt_dp_epwbk_0

Lire la suite

Un spectacle ahurissant

4 Juillet 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Scènes de la vie rurale

Ceci est un produit de l’imagination..

 Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence. 

 

Un spectacle ahurissant

Après de vaines recherches sur les sentiers qui menaient vers Bel-Air, André descendit jusqu'au cimetière le Guillaume, passait par le chemin Summer et continuait sa route vers les écarts. En quittant le chemin de Sans Souci pour se diriger vers le captage des Orangers il aperçut, tout près de l'usine à cannes tombé en ruine, une silhouette qui se dirigeait vers une vieille cheminée. En se rapprochant de cette masse informe, ravagée par le temps et recouverte d'une couche abondante de liannes et de plantes grimpantes, André avait perdu de vue l'homme qu'il était venu chercher. Ses regards scrutaient les moindres vestiges de cet édifice terne et langoureux. Le lieu était réduit à jamais au silence. Il était vaincu par le malheureux sort de l'histoire et rappelait l'existence des hommes qui y ont vécu. Chaque pierre ciselée, incrustée et sellée par la chaux et le mortier, chaque objet de métaux aux formes géométriques, chaque pièce de bois servant de poutre ou de colonne, chaque signe était devenu patrimoine de l'île et avait une valeur culturelle telle que seuls les regards avisés pouvaient reconnaître. Abandonné par les anciens colons un demi-siècle auparavant, quand l'esclavage arrivait à son terme, les gibiers en avaient fait de ce moulin à cannes un repaire de prédilection, les pêcheurs de l'étang allaient s'y abriter le soir en faisant griller sous un feu de bois des tilapias, les chasseurs aussi se réfugiaient entre ces quatre mûrs froides et lugubres que les brouillards enveloppent de son épais manteau des fois l'hiver. Mais le climat doux de l'été, quand le soleil couche tard et se lève tôt, invite nombreux aventuriers et randonneurs, équipés des sacs à dos remplis des attirails et des victuailles, dans ces lieux charmants et agréables que les chants des hirondelles, des cardinaux, des martins, des serins et des moineaux retentissaient jusque dans le lointain. Quelques lithographies de Roussin dont l'inspiration avait été tirée par la beauté sauvage du site ont à jamais immortalisé des scènes pittoresques, dévoilant des séquences de la vie d'autrefois avec une précision étonnante. Les peintres vont souvent se ressourcer, s'abreuver, s'inspirer de la magnificence des vues panoramiques qui s'étendent dans la région, et qu'ils tentaient de reproduire avec tout leur talent sur des toiles qu'ils considéraient plus tard comme leur chef-d’œuvre. Les poètes ont leur imagination libérée et leur langue déliée devant un tel spectacle de grandiose et de splendeur. Un promeneur solitaire que la société à répudié, qui était à jamais marqué par les épreuves de la vie, qui menait un combat psychologique contre lui même, qui se trouvait face à un site naturel aussi clément et débonnaire n'avait aucune raison de sombrer dans un état misérable ni de s'apitoyer sur son sort. La nature qui se découvrait avec ses arbres gigantesques plantés par les anciens colons régénérait de l'énergie suffisamment importante pour gonfler le moral, pour redonner force et courage à l'homme, et pour amplifier le cœur d'amour, de sentiment, pour entretenir l'esprit, l'attacher à cette puissance spirituelle et abstraite. C'était à cela que Fabien s'accrochait quand sa mère n'allait plus le voir. Il avait cherché sa mère dans les sentiers qu'elle avait l'habitude d'emprunter pour venir le retrouver. Il avait tout d'abord commencé à nourrir la crainte de découvrir sa mère morte d'épuisement derrière de grands buissons, ou gisant dans le marécage au milieu des joncs, cachée par des papyrus et des songes. Il ne savait pas ce qui s'était passé mais son instinct lui avertissait que quelque chose d'important et même de grave était arrivé à sa famille. Cette nouvelle source d'inquiétude qui repoussa à l'ultime profondeur de sa mémoire ses propres griefs, ses rancœurs et son d'égout envers la société fit surgir de ses raisonnements personnels d'autres pensées prédominantes qui occupaient son esprit susceptible, sa mémoire transformée, ses sentiments fustigés. Il dirigea son attention vers son village dans sa maison où il imaginait que les membres de sa famille, qui comptaient tellement pour lui, étaient peut-être en difficultés et avaient besoin de son aide. Il ne s'était pas trompé. Perché en haut d'un comble dégarni dont le chaume découvrait un ciel azuré il guettait à longueur des journées les moindres mouvements en scrutant chaque recoin avec une minutieuse attention. C'était de cette manière qu'il suivait de ce repaire l'approche d'André, ses démarches pour se rassurer qu'il ne se rendait pas dans la région pour son plaisir mais pour apporter un message, une nouvelle qu'il attendait, qui lui était destinée. Fabien connaissait les moindres recoins de la région pour l'avoir parcourue de long en large depuis son enfance. En compagnie de son père autrefois il ne cessait de recevoir la recommandation de ne pas approcher trop près des précipices. Pendant la période des pluies il lui était strictement interdit de traverser les ravines en crues et de s'aventurer tout près des étendues d'eau formées par des creux naturels et des vases qui représentaient de véritables pièges aux imprudents. Combien d'animaux étaient découverts morts au fond de ces crevasses quand l'eau s'évaporait. C'était un spectacle ahurissant de voir toutes ces créatures victimes du fléau de la nature. Fabien, tout enfant, était surveillé de près par les membres de sa famille parce que des malheurs avaient déjà frappé des familles dont les enfants s'étaient noyés dans des circonstances demeurées encore mystérieuses. Les reliefs de ce paysage aux aspects divers présentaient les vestiges des multiples travaux entrepris par des hommes à l'époque de l'esclavage. Les  résultâts de ces travaux se mélangeaient aux décors naturels et inconstants. Des scènes pittoresques se découvraient par des infinis contours, des pentes sinueuses, des montés abruptes. Ils embellissaient une vaste étendue verdoyante et ondulée, décorées par une abondante végétation dont des bambous géants, des variétés de palmiers, et des arbres endémiques et d'autres espèces gigantesques répandues dans la région par l'Intendant Pierre Poivre et les premiers botanistes et agronomes. L'étang qui réceptionnait l'eau des plusieurs sources sortant des hauts gardait pendant les journées chaudes de l'été une fraîcheur qui permettait à Fabien de se reposer tranquillement jusqu'au couché du soleil. C'était là son refuge de prédilection et, le soir, il allait se coucher dans le moulin où il avait déjà préparé sa place dans une des pièces sombres et délabrées. D'habitude Fabien évitait de se découvrir et de se faire remarquer par des gens qui traversaient la région. Il avait le flaire sensible à force de s'habituer à épier, à écouter, à être attentif aux bruits et à tout ce qui bougeait. Pourtant quand André approchait tout près du moulin, Fabien ne se cachait pas. Il attendait au pied de la cheminée haute, à côté d'un amas de pierres taillées envahi par des liannes, en restant sur ses gardes. Soudain comme un éclair, un frisson lui secouait le corps. Était-il venu lui annoncer une mauvaise nouvelle? Était-ce à propos de sa mère? Il regardait l'homme en face pour la première fois depuis ce malheureux incident pour essayer de comprendre avant qu'il ne parle ce qu'il avait à lui dire. André hésitait un peu avant de se diriger dans sa direction. Il ne pouvait pas deviner sa réaction mais il était déterminé. Il était encouragé par le fait d'avoir pu trouver ce qu'il était venu chercher. Il le reconnut par les descriptions qu'Yvette lui avait mainte fois faites quand elle parlait de lui et qui correspondaient de loin à ce qu'il avait imaginé. Il aperçut à son étonnement un homme au visage ahuri dont les traits étaient tirés pour laisser apparaître des pommettes osseuses et saillantes, les yeux cernés, larmoyants, les joues recouvertes d'une barbe naissante, les cheveux ébouriffés et crasseux, la peau tannée, bronzée, brûlée même pour avoir resté trop longtemps sous un soleil ardent, les pieds écorchés, enflés. Les vêtements étaient sales et déchirés. André se tenait à une distance respectable et dit à haute voix: C'est à propos de votre mère. Elle est malade et souhaite vous voir. Fabien n'avait pas prononcé un seul mot tout le long du chemin qu'ils avaient fait ensemble pour se diriger vers la maison pendant qu'il commençait à faire nuit.

© Kader Rawat

Mon Site : https://www.amazon.fr/Kader-Rawat/e/B00C87MGFA/ref=ntt_dp_epwbk_0

Lire la suite

Un amour qui réchauffe le cœur

3 Juillet 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Scènes de la vie rurale

Ceci est un produit de l’imagination..

 Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence.

 

Un amour qui réchauffe le cœur

Le temps ne suffisait pas pour permettre à deux êtres attirés par des sentiments réciproques de découvrir un cœur atteint déjà par la flèche de Cupidon. Comment un être qui éprouvait des nouvelles émotions pouvait demeurer insensible devant de tel phénomène qui manifestait en elle. Ne voulait-elle pas vivre sa vie comme un être normal? Son cadre de vie, jusqu'alors l'avait fait imaginer un monde différent de ce qu'elle comprenait par les flots d'images qu'André injectait dans sa mémoire.

Avec un esprit embelli par les paroles soigneusement prononcées, des histoires intelligemment racontées, Yvette jetait un regard différent envers la vie qui avait apparu si monotone, si triste. Elle avait d'abord commencé à aimer à l'écouter parler. Sa voix retentissait à ses oreilles comme une musique agréable à entendre. Quand il se trouvait auprès d'elle pour la raconter des choses de la vie, elle se sentait envahi par un profond sentiment de réconfort, d'assurance. Son cœur était tellement comblé de joie que jamais avant elle avait ressentie pareille émotion. Elle n'avait aucune raison de confondre rêves et réalités. Elle avait bien un cœur qui se réchauffait par l'amour ressenti dans une telle dimension qu'elle n'en cherchait pas davantage pour aimer la vie. Fini le temps de la solitude et de l'obscurité, cause des troubles et des obsessions qui condamnaient les gens aux esprits démunis et pauvres à une vie recluse au fin fond des bois. La clarté du jour, le lumineux couché du soleil firent apparaître sur les visages épanouis et tant admirés de ces deux jeunes tourtereaux les moindres tressaillements. Engagés dans des conversations intéressantes et animées, les commisérations des lèvres, les froncements des sourcils, l'apparition des rides au dessous des yeux, les sillons formés sur le front, les tremblements de chaque brin de cheveux, les battements des paupières étaient des particularités qui n'échappaient pas à l'attention de l'autre. Le soir, au moment où les gens ordinairement se plongeaient dans de profond sommeil, Yvette, dans sa chambre obscure, revoyait les séquences de la journée défiler devant elle. Le visage d'André prenait des formes multiples, sa voix résonnait agréablement dans sa mémoire et ses gestes étaient remplis de grâce. Ainsi cette petite fille de campagne, au visage charmant et d'une beauté sauvage, qui était cachée encore derrière le masque de l'innocence quand elle n'avait pas pris la peine encore de se métamorphoser en femme, commençait pourtant de se regarder dans le miroir pour examiner les moindres replis de son corps dénudé quand elle se déshabillait le matin pour changer de vêtements. Ce regard machinal qui auparavant pouvait être considéré comme pudique ne l'était plus au moment que l'imagination examinait les parties sensuelles et touchait à la volupté. Tout le corps se désagrégeait en un champ de plaisirs charnels. La pensée autrefois innocente se décomposait pour transformer l'enfant en femme.

Elle ne regardait plus l'homme aimé de la même façon. Elle éprouvait des sensations étranges et incompréhensibles, avait envie de tendresses clairement exprimées par les regards, des câlins suivis de chuchotements des mots pleins de réconfort et d'assurance. Tout le plaisir de l'amour est là pour la femme qui au début n'en cherche pas plus. Lui n'avait autre but que de la bercer de cette illusion aussi longtemps qu'elle pourrait encore croire à l'amour éternel, à rêver de ce prince charmant qui descend de son cheval blanc pour venir retrouver sa bien-aimée et l'emmener avec lui pour vivre des multiples aventures palpitantes.

Cette histoire aurait pu ne pas avoir de suite quand un soir, à une heure avancée, la mère qui rentrait à la maison par un raccourci fut interpellée par quelques villageois qui l'informaient que sa fille, pendant son absence, rencontrait un jeune homme dont ils ignoraient l'origine. Une telle nouvelle était suffisante pour mettre la mère hors d'elle-même. Elle avait eu tellement d'ennuis, se faisait du souci pour son fils, pour sa fille Julie pendant des jours qu'elle ne voulait plus entendre parler une fois de plus de commérages dans lesquels un de ses enfants était impliqué. Elle rentrait à la maison en interpellant Yvette pour la demander sans faire de détour ce qu'elle pouvait bien faire en compagnie d'un garçon du village. N'avait-elle pas eu assez d'ennuis pour cette fois-ci devoir chercher des explications pour une question de mauvais comportement. Yvette devait déjà comprendre qu'elle n'était pas libre d'agir à sa guise et encore moins de se montrer dans la compagnie des hommes. Elle n'était plus un enfant et avait toute raison de se tenir correctement, d'éviter d'attirer sur elle l'attention des autres, de leur donner des mauvaises impressions. C'était vrai qu'elle ne faisait rien de mal mais est-ce que les gens eux pouvaient comprendre cela. Ce n'était pas nécessaire de faire la mine, de montrer une tête d'enterrement, de chercher à avoir raison. Quand le manque d'expérience pousse la jeunesse à commettre des bêtises, c'est aux grands d'intervenir, d'interposer pour leur ouvrir les yeux, pour leur montrer le chemin à suivre. Qu'est-ce qu'elle avait fait au Bon Dieu pour que ses enfants fussent les sources de tous ses problèmes. Elle ne parvenait plus à suivre le rythme de son existence, tombait malade les jours qui suivaient et restait clouée au lit. La fièvre s'était emparée d'elle, ne la lâchait plus. Yvette était désemparée et ne savait quoi faire.

Elle courait voir quelques personnes du voisinage et leur expliquait que sa mère était malade. Ils accouraient pour porter aide à la mère, préparaient des tisanes pour faire tomber la fièvre, demeuraient à son chevet pour la soigner durant la nuit.

 

Yvette s'enfermait dans la chambre à côté pour se mettre à genoux pour prier pendant que sa mère délirait, luttait contre la mort. La fille brûlait des cierges, fit des promesses pour que sa mère retrouvât la santé. André avait couru jusqu'à la ville en dévalant les pentes, traversant les rivières, contournant l'étang, prenant des raccourcies pour prévenir le médecin qui se présentait tard dans la soirée pour prescrire des médicaments qui permettaient à Mme Deschamps de se rétablir rapidement. Elle avait à peine la force de parler quand elle demandait des nouvelles de son fils Fabien, cherchait Julie et prenait la main d'Yvette qu'elle ne lâchait pas. Ses enfants étaient sa seule raison de vivre. Si elle se débattait contre cette maladie qui avait eu une telle emprise sur elle, c'était pour se retrouver auprès de ses enfants qui avaient encore besoin d'elle.

Yvette avait fait preuve de beaucoup de retenu dans ces moments difficiles. Elle avait fait comprendre à André qu'elle ne pouvait plus désormais le voir ni lui adresser la parole pour ne pas déplaire à sa mère. Il avait tout compris et s'était résigné à ne rien entreprendre qui pouvait nuire à l'existence d'Yvette. Personne ne s'était déclaré encore et le moment était mal choisi pour une telle démarche.

Mais les preuves et les marques d'amitié d'André pour la famille Deschamps avaient éveillé la curiosité des villageois. Sa mère qui était allée rendre visite à Mme Deschamps quand cette dernière était gravement malade avait remarqué Yvette qui était assise dans un coin avec des chapelets. Elle avait un visage qui exprimait une tendresse infinie, des yeux larmoyants mais remplis de bonté et de sagesse.

Elle n'avait pas pu s'empêcher de l'admirer. Elle avait tout de suite compris que son fils avait des intérêts personnels pour se dévouer ainsi à cette famille. Pour démontrer davantage ses bonnes intentions André décida un matin de se rendre dans les bois pour retrouver Fabien afin de lui prévenir que sa mère était bien malade et de tenter de le ramener à la maison si c'était possible.

© Kader Rawat

Mon Site : https://www.amazon.fr/Kader-Rawat/e/B00C87MGFA/ref=ntt_dp_epwbk_0

​​​​​​​

Lire la suite

Une mère dévouée

2 Juillet 2018 , Rédigé par Kader Rawat

 

Scènes de la vie à la campagne

Ceci est un produit de l’imagination..

 Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est que pure coïncidence. 

 

Une mère dévouée

Mme Deschamps regagnait à chaque fois la maison l'esprit angoissé. Elle ne pouvait imaginer son fils en train de vivre comme un animal blessé au fond des bois. Elle était frustrée et, le soir, elle ne pouvait s'empêcher de verser de larmes par le gros chagrin qu'elle éprouvait en pensant à son fils. Elle était en train de ruiner sa santé sans se rendre compte. Elle n'avait plus le courage de se réveiller tôt le matin pour aller vendre des œufs et des légumes à la ville pour faire rentrer de l'argent. Elle commençait par perdre le goût de vivre en se retrouvant éloignée de son fils, séparée de l'être qui faisait tout son bonheur. Heureusement qu'Yvette était là pour s'occuper d'elle dans ce moment de tourment et de désarroi.

Pendant que la mère s'absentait de la maison confiée à la jeune fille Yvette à peine âgée de quinze ans, un jeune homme, qui parcourait la région un début d'après-midi l'ayant aperçue en train de faire sécher ses cheveux devant la porte, l'avait abordée et avait commencé à livrer conversation avec elle. Il s'étonnait de voir une belle fille perdre son temps dans une contrée peu attrayante. Il s'appelait André et venait de débarquer dans ce village avec ses parents. Ils sortaient dans les hauts de Saint-Gilles où leur maison était détruite par le feu. Ils avaient tout perdu dans ce malheur. Un parent lointain, une vieille tante malade qui habitait à l'extrémité du village, avait appris qu'ils étaient sans abri et les avait invités à venir s'installer dans une case qui était encore disponible, heureusement pour eux.

Des gens prétendaient qu'ils avaient apporté avec eux les disgrâces de Mme Desbassyns. D'autres disaient que la mère était originaire de Mahavel où la légende parlait de grand mère Kal, une esclave dévouée qui était allée se jeter dans les flots derrière son fils, après avoir juré fidélité à sa famille. Dès lors, pour prévenir la famille des malheurs qui la menaçaient, Grand Mère Kal poussait des cris lugubres qui effrayaient toute la région. Yvette ne connaissait rien de toutes ces histoires.

André par contre avait appris le malheur de la famille Deschamps parce que tout le monde en parlait encore. Il avait profité quelque peu de cette faiblesse pour livrer conversation avec la fille pendant longtemps en se tenant debout sous un grand manguier chargé des fruits juteux. Il se rendait souvent devant la maison pour s'entretenir avec la fille qui ne voyait rien d'inconvénient par ces marques d'amitiés dont le jeune homme en fit preuve. La mère ne fut pas informée de cet état de chose. Yvette craignait que sa mère n'approuvât pas une telle démarche et avait préféré garder le silence par peur de se faire réprimandée. Quand la mère quittait la maison pour aller retrouver son fils, Yvette commençait par s'ennuyer à ne rien faire. Elle voulait accompagner sa mère pour ne pas demeurer seule mais cette dernière préférait faire son chemin toute seule. Yvette acceptait mal l'idée de se voir délaissée, abandonnée. La mère l'avait bien fait comprendre qu'elle avait certaine responsabilité à assumer pendant son absence.

Son univers s'étendait jusqu'au mur en pierres d'un mètre de hauteur qui délimitait le terrain, et qui était bordé d'une rangée de jeunes cryptomerias qui projetaient à peine de l'ombre par un temps ensoleillé. Yvette permettait le jeune homme de l'accompagner quand elle allait faire un tour en fin d'après-midi dans le verger ou le potager pour se rassurer que personne ne s'y était introduite. En cette période où les arbres rapportaient des fruits en abondance, nombreuses personnes sans scrupules, sortant des autres quartiers, parcouraient la région pour profiter, en l'absence des gardiens ou des propriétaires, de cette aubaine. Quelques épouvantails étaient placés çà et là pour dissuader les animaux et les volatiles de se rapprocher. Des fers-blancs vides, avec un fer accroché à l'intérieur, étaient suspendus aux branches. Attachés par une longue corde qui traînait jusqu'au bas, ces fers-blancs firent de grands bruits pour effrayer les oiseaux quand la corde était tirée.

André avait pris l'habitude de venir retrouver Yvette régulièrement. Elle était des fois assise sous un grand tamarinier dont les branches, qui s'étendaient comme des tentacules, donnaient une fraîcheur délicieuse pendant la saison chaude de l'été. Yvette préférait attendre André dans cette place discrète pour lui écouter parler pendant des heures. Il avait toujours des choses à raconter, et ne se lassa jamais de puiser dans sa mémoire pour retrouver toutes les anecdotes liées à sa vie ou à l'existence des membres de sa famille. Il évoqua même l'histoire de Sitarane et de ses complices, et la terreur dans laquelle les habitants du sud vivaient cette époque du début du siècle. Loin de vouloir installer la crainte dans l'esprit encore fragile d'Yvette, André voulait tout simplement l'apprendre ce qu'il avait entendu lui même raconter par ses parents, et les gens de son quartier. Sitarane était une histoire qui remontait longtemps déjà, lui-même ayant été exécuté avec son autre complice Fontaine, il n'y avait pas lieu d'éprouver, en écoutant son histoire, une quelconque frayeur.

André était un beau jeune homme d'une vingtaine d'année, avec des cheveux roux hérités de sa mère, elle-même fille naturelle d'un bûcheron solitaire et d'une femme de petit propriétaire vivant au domaine la vallée. Une histoire d'adultère qui défrayait la chronique, et qui se terminait par une série de suicides et de meurtres, que les nombreuses enquêtes menées par la justice n'avaient pu élucider. Le bûcheron, responsable de tous ces malheurs, avait pris la fuite avec l'enfant adultérin, une fille qu'il confiait à des parents pauvres avant de disparaître à jamais dans la nature. Il ne voulait pas assister aux multiples règlements de compte entre membres de deux familles qui s'entre-déchiraient, s'engageaient dans des infinies explications, s'accusaient mutuellement d'hypocrite, de traître, de scélérat, d'infidèle et de tous les qualificatifs liés à la perfidie, aux mensonges et la fourberie. La décortication de telles accusations avait crée un climat de tension au sein des familles dont les membres ne cessaient de vociférer, de hurler à longueur des journées pour s'injurier en passant des menaces aux actes, ce qui avait en quelque sorte dégénéré à des conflits confus et incompréhensibles qui avaient entraîné la mort de plusieurs membres de deux familles impliqués directement ou pas dans cette affaire. Cette petite fille, la mère d'André n'avait jamais voulu savoir qui étaient ses parents. Ceux qui l'avaient élevée représentaient tout pour elle.

Nombreuses familles qui venaient de s'établir dans la région se confrontaient aux énormes difficultés. La rumeur circulait que l'arrivée de certaines personnes dans le village avait apporté la guigne, et plusieurs manifestations maléfiques, témoignées par des gens de confiance, commençaient par perturber l'existence des familles honnêtes et laborieuses. Certains prétendaient entendre des esclaves qui traînaient les chaînes parcouraient la région, en faisant des bruits épouvantables qui les empêchaient de dormir. Quelques disparitions récentes, et des corps des personnes mutilées et retrouvés au fond des ravines, confirmaient le fait que la malédiction s'abattait sur le village. A l'approche de la nuit les gens se barricadaient à l'intérieur de leur maison en consolidant portes et fenêtres, se regroupaient dans une seule pièce pour ne pas avoir à affronter les malheurs tout seul. Ils étaient pétrifiés par la peur, et restaient figés chez eux pour ne pas avoir à se confronter aux ténèbres effroyables, pour ne pas être victimes des assaillants mystérieux qui pouvaient surgir à tout moment, pour achever à jamais une existence à peine vécue dans ce lointain quartier, où la vie se déroulait au ralentie, où le temps s'était arrêté pour permettre aux autres de le rattraper.

© Kader Rawat

Mon Site : https://www.amazon.fr/Kader-Rawat/e/B00C87MGFA/ref=ntt_dp_epwbk_0

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>