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Love and feeling : From husband to wife : One

28 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

I start here a topic which deals with the relationship that exists in a couple's life. In this narrative I will discuss on the links between two persons who have decided to live together. The feelings, the profound and secret thoughts would be revealed during this long period of living together. I invite you to discover them.

                                               K.R

 

 

 

 

 

 

Love and feeling

 

From husband to wife

 

One

 

 

I think that you are wrong to make such judgment toward me. I am sure that I do not deserve it. You reproach me not to tell you everything I think of you and of our life. How can you say such thing, my love? There is no other thing that interests me in life than you. I have always been anxious for you, for your health and for everything that has link to you. I know myself well enough to say it with frankness, without any hypocrisy. The real feelings, you know, may be discovered after hard trials. It is never easy to understand someone even if you have lived with him or her for years. The feelings which are deployed throughout the existence sometimes offer freshness, hope, joy and sometimes doubts, uncertainties, grief and even despair. The judgments that we can only formulate wrong and through on the behavior of his or her partner without any valid evidence can only  bring, to a  lifetime, clouds which may not dissipate so soon and which may cause quite a storm  inside of this fragile heart that a little nothing accelerate the throbbing and disrupt the mood for an indefinite time. You can’t understand the role  you play in my life. I have no other passion than you and our daughter. I don’t care for others. It is important for me to have you by my side. The fact that we are able to be together is a proof that we love each other. I am glad that you reassure me of the greatness of your love for me. Think also that mine is of a dimension which you can’t imagine. I have already said that I have love for you in my heart enough to love you till my last days. There is no doubt at all for it. And I am not in the process of inventing. You can’t perhaps imagine all worries I make for you, for your health, to see you cheerful, lively. What obstacles I do not avoid you to face to have a life which you like, a life you want to conduct properly, and an object you would like to have? I have never wanted to create problem so that you shall not be deprived of anything that you would like to have in life. Moreover, what other pleasure do you think I have if not to feel comfortable with you? There exists in myself nothing that tortures me, nor am I keeping silence on the way we are leading our life, as you claim it in your letter. I think that you imagine too many ideas on my person. I try to ask myself if there is something which torment me in my life. I find absolutely nothing. I have nothing to hide you. Nevertheless for what reason do I hide you things that I believe you have the right to know. You must not worry about this, my love. I have given you the warranty that I have nothing to reproach myself on the feeling that I have for you. The only thing that bothers me is your state of health. I would like that you consult a specialist surgeon to take care of your health. This is the only thing that torments and worries me. I wish also to see you staying at home as you desire. Sometimes I am obsessed to discover how tired you are. You spend too much energy and I am anxious of the wrongs that this could cause to you. You are my only reason to live, my love. Without you what am I on this earth? No faces will be able to looks like yours. No sentiments can argue yours. A whole life lives without you will not give me the same joy as one second spent by your side. Imagined by yourself what you represent for me in my life.

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La Colonie Lointaine Chapitre 4

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

 

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La Colonie Lointaine


 

Chapitre 4

 

 

Julie avait fait ses preuves pendant quelques jours et les patrons étaient satisfaits. Elle parvenait sans peine à plaire aux filles et à fasciner les garçons. Elle se trouvait dans une situation qui ne la permettait pas de refuser de rendre service à ses jeunes patrons à longueur des journées. Ils la réclamaient pour faire ceci ou cela dans le but de se familiariser avec elle. Elle se sentait quelque fois gênée et même embarrassée d'apercevoir combien elle incitait la curiosité et l'intérêt de ses petits patrons. Ces garçons étaient encore jeunes; leur esprit était ouvert malgré la rigueur et la sévérité de leur père qui voulait leur préserver de toutes corruptions; ils ne pouvaient ignorer le plaisir qu'ils pouvaient tirer en se rapprochant de cette fille qui accourait à leur moindre appel. Dès leur jeune âge ils étaient poussés par des camarades de l'école, influencés par les relations nouées à des jeunes voyous des bas quartiers et des amis avertis; ils se laissaient entraînés dans des aventures qui leur permettaient de satisfaire leur curiosité et de découvrir la perversité et le vice. Ils s'intéressaient aux filles et cherchaient des moyens pour gagner leur estime. Ils tournaient autour de la nouvelle venue et attendaient le moment pour livrer conversation afin d'en savoir plus sur elle. Elle retrouva la tranquillité en regagnant sa chambre tard le soir. Cela ne l'ennuyait pas vraiment quoiqu'elle préfère la compagnie des jeunes filles. Elle évitait de se familiariser avec les garçons. Elle trouvait toujours un prétexte pour se retirer. Ce n'était pas de son intérêt d'encourager ses jeunes maîtres à jeter leurs dévolus sur elle et à représenter cet objet de désir qui se trouvait là pour corrompre les bonnes mœurs. Pourtant à toute heure de la journée un de ses petits patrons trouvait l'occasion d'arracher quelques mots de sa bouche. Elle devait s'en débarrasser de manière à éviter des désagréments. Elle avait compris que c'était pour s'amuser qu'ils s'intéressaient à elle; pour ne pas leur déplaire elle fit semblant d'entrer dans leur jeu.

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La Colonie Lointaine Chapitre 3

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

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La Colonie Lointaine


Chapitre 3

 

Avant que la lumière du jour ne se pointe à l'horizon, Mr Karim était déjà levé. Il se rendit dans la salle de bain pour faire sa toilette et ses ablutions. II but son café noir que Leila avait coulé la veille et que la bonne avait chauffé dans une casserole, enfila sa chemise blanche, mit son bonnet turc sur la tête, prit la clé du vieux portail suspendue près de la porte en bois et quittait la maison à pied pour se diriger vers la mosquée située à peu de distance. Les rues étaient sombres et désertes.

Les garçons avaient des difficultés à se lever tôt le matin. La veille ils s'étaient couchés tard et le sommeil les accaparait encore. Mme Karim aurait dû les secouer pour qu'ils se dépêchent afin de ne pas perdre l'office du matin. Les filles couchaient dans la chambre contiguë. Les parents préféraient qu'elles soient à côté afin qu'ils puissent jeter un coup d'œil sur elles.

Monsieur Abdul Aziz Karim s'était endurci avec le temps et était un homme sévère. Il élevait lui-même ses enfants, les surveillait, leur donnait de l'éducation, leur apprenait les rudiments de la religion et les corrigeait quand c'était nécessaire. Il était un homme de tempérament, avait des yeux qui brillaient d'intelligence, un front large et luisant, une barbe épaisse qui cachait ses joues larges, des lèvres qui n'étaient pas habituées aux sourires et une corpulence qui représentait bien le patriarche familial. Il avait l'air d'être bien dans sa peau et se cantonnait admirablement dans son rôle de dirigeant. Il avait mené, pour réussir dans le commerce, un long combat pendant des années durant lesquelles il avait connu des hauts et des bas mais s'en était sorti après de durs labeurs et d'incessantes luttes. A cinquante cinq ans il avait acquis toutes les expériences nécessaires pour bien mener ses affaires. Il était rigoureux avec ses employés qui le craignaient et le respectaient. II était aussi un homme bon, avec un cœur généreux. II écoutait les requêtes de ses employés s'ils en avaient, entrait dans leur faiblesse, leur offrit de l'argent quand ils avaient des événements importants à célébrer.

La maison était vaste et les chambres immenses. C'était une bâtisse de la grande époque coloniale. Les toits étaient couverts de tôles ondulées qui avaient remplacé les bardeaux pourris par les intempéries. Les murs étaient repeints en blanc. Le ciment avait remplacé la chaux détachée par le temps. Les portes en bois au rez-de-chaussée étaient refaites et conditionnées de manière à décourager les voleurs. C'était la partie de l'immeuble où Mr Karim exerçait son commerce depuis une trentaine d'années. Les ateliers de menuiserie, de capitonnage et de matelas se trouvaient à l'arrière du bâtiment. Le dépôt de marchandises où les meubles étaient rangés occupait une surface importante au fond de la grande cour qui complétait la propriété.

A l'étage, plusieurs grandes pièces et quelques petites composaient la partie résidentielle de l'immeuble. Nombreux employés étaient au service de Mr Karim pour l'aider dans ses activités commerciales et pour s'occuper de la maison. Une couturière venait confectionner des vêtements pour Mme Karim et les filles. Un chauffeur était à disposition pour déposer les filles à l'école et les ramener, pour faire les courses, pour amener Mme Karim rendre visites à des parents et des amies, pour conduire Mr Karim chez ses fournisseurs, à la banque, chez le notaire et là où il voulait se rendre. Plusieurs employés fabriquaient des meubles, des matelas, des traversins et des oreillers. Ils recouvraient les fauteuils et les sofas, rembourraient les chaises, couvraient les panneaux des lits de la toile de jute, du velours et du tissu. Un chauffeur et trois garçons de magasin s'occupaient des livraisons, de l'installation des meubles, de l'entretien et de la vente. Une cuisinière s'occupait des repas. Trois bonnes étaient en charge de la maison dont l'une était Julie.

De bon matin, la maison était vide; les enfants étaient partis à l'école et les membres de la famille dans leur travail. Mme Karim était assistée par les domestiques pour diriger son ménage. Elle se trouvait à cette heure ci dans la grande salle de prière où personne n'avait le droit de venir la déranger. Elle avait déjà rencontré Julie le matin et lui avait donnée des instructions avant d'aller faire ses prières.

 

Le calme régnait dans toutes les pièces. Julie se mettait très tôt à la tâche. Les lits étaient déjà faits, les couvertures rangées dans le placard. Les meubles furent époussetés, les miroirs, les bordures en nickelé, les rebords des fenêtres, les encoignures, les bois vernis, les armoires en bois acajou ou teck, les coiffeuses, les bureaux, les bibliothèques, les tables en bois massif, les chaises à pieds retournés, les bahuts, les fauteuils, les sofas, les divans, les vitrines, les vaisselles furent tous nettoyés, astiqués, lustrés; ils luisaient, brillaient, scintillaient dans la lumière du jour. Les parquées étaient cirés et brossés et les patins posés devant les entrées des portes vitrées habillées des rideaux à fleurs de couleurs gaies.

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La Colonie Lointaine chapitre 2

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

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La Colonie Lointaine


Chapitre 2

 

A l'ouest, la ville de Saint-Paul plongeait lentement dans la pénombre. Cette ville était située entre la mer, que le couché du soleil avait transformé de couleur jaune orangé, et les hautes montagnes dont les cimes étaient encore éclairées par les derniers rayons. Les ombres qui rampaient déjà sur les murs des bâtiments aux toits bas, sur des façades en pierres de taille qui longeaient les rues désertes, surgissaient de partout, chassant les lueurs qui illuminaient les chaumes en bardeaux et les crêtes. Les bruits des vagues qui s'écrasaient contre les côtes devinrent distincts par le silence qui régnait dans la ville. Les volets des fenêtres n'étaient pas encore fermés et l'on pouvait distinguer les lumières des flammes vacillantes qui indiquaient la présence des occupants. A cette heure ci, dans certaines maisons, les chambres étaient éclairées par des lampes, des bougies et des quinquets.

A l'angle de deux rues importantes de la ville, un bâtiment se distinguait par l'aspect particulier qui se révélait et qui démontrait une certaine originalité que les passants prenaient plaisir à admirer. Cette bâtisse était construite au milieu du dix-huitième siècle et avait bravé les intempéries si fréquentes dans la région pendant la saison chaude. Plusieurs réfections étaient nécessaires pour l'empêcher de sombrer dans le délabrement; le bâtiment gardait encore sa fraîcheur et les ouvriers qui s'étaient chargés de la rénover avaient respecté les normes et préservé le style. Cette maison à étage, avec balcons donnant sur les deux rues qui font angle, était occupée pour exercer un commerce au rez-de-chaussée et pour habitation à étage. L'enseigne suspendu au dessous des balcons portait en grosses écritures " Ets. Karim et Fils. Import - Export. "

Monsieur Karim venait de rentrer de la prière qu'il pratiquait régulièrement. Quand il fut informé par Sheinaz qu'une fille des Hauts était venue chercher du travail il avait réuni les membres de la famille le soir pour prendre une décision. Il avait l'habitude de discuter avec sa femme et ses enfants: il en avait six en tout dont quatre garçons et deux filles, tous des adolescents, Ils l'attendaient dans la grande salle à l'extrémité de la maison. Quand il s'installait au bout de l'immense table pour parler, les enfants étaient très motivés. Un candélabre était posé au milieu de la table et les lumières projetées étaient suffisantes pour distinguer les expressions qui se dessinaient sur les visages de chacun.

— Nous approchons le mois de Ramadan, dit Monsieur Karim, et nous avons besoin du personnel. Sheinaz m'a parlé d'une jeune fille des Hauts qui peut nous intéresser. Depuis le départ de Solange cela fait déjà un mois sans nous donner signe de vie, Fatema se plaint d'avoir beaucoup du travail à faire dans la cuisine et la maison. II est bien temps pour nous de trouver une solution pour alléger ses tâches.

— En ce qui concerne Solange, dit Mme Karim, j'ai appris qu'elle s'est mise en ménage avec un métropolitain et que personne ne sait où elle se trouve. Elle n'est pas encore passée prendre son argent et ses affaires.

— Elle a peut-être quitté le pays, qui sait? dit Aissa.

— En tout cas cela n'arrange pas la situation, dit Mr Karim.

— Est-ce qu'elle est honnête cette fille dont tu parles? demanda Mme Karim.

— Comment pouvons-nous le savoir? Le temps nous le dira, rétorqua Mr Karim.

— Nous avons perdu pas mal d'objets précieux ces dernières années en embauchant des filles qui se présentent en permanence devant notre porte. Elles sont toutes issues des familles pauvres et parviennent difficilement à s'intégrer dans la vie courante de bonnes familles. Je ne vois pas vraiment la nécessité d'employer une fois de plus une inconnue, fit Leila qui pensait aux mauvais souvenirs pour l'inciter à exprimer ainsi.

— Tu ne dois pas exagérer,  dit madame Karim en regardant ses autres enfants comme pour leur faire comprendre qu'elle s'adressait à eux aussi, « et voir que le côté négatif. Cette manière de penser démontre votre ingratitude envers des personnes qui, pendant votre enfance ont pris des peines avec vous. Elles se sont occupées de vous comme une mère, vous ont nettoyés, lavés, donné à manger et à boire. Elles vous ont bercés dans leurs bras pendant des heures pour vous empêcher de crier, de pleurer, pour vous faire dormir. Et comment ne peuvent-elles pas mériter une place plus honorable dans votre petit cœur ingrat. C'est quand même écœurant de dire autant de bêtise et je suis étonnée et déçue de l'entendre de la bouche de mes enfants.

— En tout cas maman, dit Haroon, les qualités et les défauts d'une personne ne se révèlent qu'avec le temps; il est de notre devoir de prendre nos précautions et ne pas laisser traîner les objets de valeurs. Leurs pertes et leur disparition ne s'expliquent que par le fait que nous manquons de principes.

— Çà alors. Si nous ne pouvons pas disposer de nos affaires comme cela nous convient, je me demande où va ce monde, rétorqua Leila.

— Toutes les personnes qui cherchent du travail ne sont pas d'un même milieu social, n'ont pas forcément la même mentalité, le même caractère, les mêmes manières. C'est tout à fait naturel que certaines se montrent travailleuses, consciencieuses et laborieuses tandis que d'autres paresseuses, négligentes et ont pleins d'autres défauts. Ce n’est pas une raison de les condamner toutes et les mettre dans le même panier, dit madame Karim.

— Ces petits gens de maison ne sont pas si bêtes qu'on peut l'imaginer, dit Yacoob. Ils sont conscients de l'importance qu'ils jouent dans la société. Et sont aussi persuadés qu'ils ont de grandes chances de s'insérer dans la vie active en évoluant au sein des familles aisées. Pour eux c'est une voie vers la liberté. Cela les permet aussi d'échapper à l'emprise familiale où leur existence n'a aucune signification et où leur vie est sans aucune importance. Ils ont raison de fuir une société où l'on constate une stagnation de l'évolution et où il y a absence de progrès. L'idée aussi de gagner de l'argent et de mener une vie qui leur plaît ne cesse de leur effleurer l'esprit. Je parle de cette jeunesse remplie d'ambition qui essaie de frayer un chemin dans la société pour trouver une place raisonnable qui peut leur permettre de se distinguer et d'occuper des places privilégiées. C'est la raison pour laquelle l'idée de rivalité manifeste en eux. La soif de gagner de l'argent éveille en eux la jalousie. Nous pouvons déceler des changements d'attitude et des comportements bizarres qui peuvent leur faire se montrer dangereux.

— Tout cela ne veut absolument pas dire que nous pouvons nous passer de leurs services, dit Mr Karim. Il y a dans l'autre pièce une fille qui attend et je suis bien convaincu qu'en ce moment même nous avons besoin d'une personne pour assumer certaines responsabilités. J'ai remarqué que les chambres ne sont pas faites tôt le matin, que les poubelles ne sont pas vidées, que les meubles sont couverts de poussières, que les parquets ne sont pas brossés et que beaucoup de travaux ménagers sont négligés et inachevés. Donc, je tiens à vous informer que je suis bien décidé d'engager cette personne, pour que ces travaux soient faits dans les meilleures conditions.

— Je suis de ton avis, dit Mme Karim.

— Nous aussi, répondirent les garçons tandis que les filles demeuraient réticentes.

Monsieur Karim se levait et se dirigeait vers la pièce où Julie attendait. Elle était assise sur une chaise et s'était levée aussitôt qu'elle entendit des pas. Avant que Mr Karim n’ouvre la porte elle avait eu le temps de mettre de l'ordre dans son état. Quand il pénétrait dans la pièce Julie dit:

— Bonsoir monsieur.

— Bonsoir. Vous êtes la demoiselle qui s'est présentée dans la journée, n'est-ce-pas?

— Oui monsieur.

— Vous vous appelez comment?

— Je m'appelle Julie Deschamps, monsieur.

— Eh bien. Quel âge avez-vous?

— Dix-sept ans monsieur.

— Avez-vous déjà travaillé?

— Oui monsieur.

— Vous savez ce que c'est que de travailler dans une maison? Avez-vous déjà une idée des travaux que vous avez à faire?

— Oui monsieur. Je sais tout faire dans une maison. Vous pouvez le constater par vous même si vous m'engagez.

— C'est ce que j'ai l'intention de faire en me fiant sur vos paroles et votre bonne foi. J'espère que vous n'allez pas me décevoir.

— Oh monsieur je vous remercie de la confiance que vous me faite.

— Ne vous réjouissez pas si tôt. Je vous engage à l'essai pour quatre semaines. Vous serez logée dans une chambre à étage et aurez droit aux repas quotidiens comme les autres bonnes. Vous percevrez votre salaire tous les samedis. Vous avez certaines règles à respecter. Vous avez droit au repos le dimanche. Vous recevrez les ordres de moi-même, de madame et des autres membres de la famille que vous allez connaître bientôt. Si cela vous convient donc considérez-vous déjà comme engagée.

— Cela me convient très bien, monsieur. Je voudrais vous demander si je peux commencer dés ce soir. Ma maison se trouve dans les Hauts et je n'ai aucun moyen de m'y rendre.

— Évidemment il est bien tard de rentrer chez vous. Je vous envoie Suzy pour vous montrer votre chambre et vous dînerez avec les autres domestiques avant de monter vous coucher. Rappelez-vous que vous devez vous réveiller très tôt le matin pour commencer le travail.

— Bien monsieur. Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

— Je l'espère bien, mais sachez le tout de même que vous pouvez être congédiée au moindre faux pas, dit Mr Karim en s'apprêtant à partir.

 — Entendu monsieur. Bonne nuit monsieur.

— Bonne nuit.

Quand la porte se refermait, Julie poussait un grand soupir de soulagement en levant la tête pour remercier le Seigneur de l'avoir fait gagner ce travail. Elle pensait déjà à la bonne nouvelle qu'elle allait annoncer à ses parents quand elle irait les voir dans les jours suivants. Ses regards admiraient les quelques meubles en bois visibles par la faible flamme de la lampe à pétrole posée sur une étagère au coin de la pièce. Elle entendit des voix provenant de loin, probablement de la salle à manger où les membres de la famille se réunissaient pour prendre le dîner. Des bruits d'assiettes, de verres, de cuillères atteignirent ses oreilles si distinctement qu'elle se disait que le dîner était déjà servi. L'eau du robinet, une voie élevée qui appelait, des empressements de pas lourds sur les planchers indiquaient que les bonnes étaient à l'œuvre. Elle ressentait dans la maison une chaleur intense émanée par cette vie bien organisée et menée par des gens ayant le souci de donner un sens à leur existence, de chercher le moyen de l'embellir, la conforter, la rendre agréable et intéressante. Des éclats de rire sonores qui se firent entendre indiquaient qu'une famille vivant dans l'harmonie et la bonne entente profitait de ce moment solennel pour se réunir. Dans son petit coin, Julie essayait d'imaginer ce qui se passait dans les autres pièces dont elle ne pouvait deviner les décors et l'atmosphère. Elle savait qu'elle aurait beaucoup de choses à découvrir, à apprendre et que les surprises étaient à prévoir. Elle n'était pas inquiète du tout et son enthousiasme à vouloir travailler écartait de son esprit toutes pensées malencontreuses qui avaient tendance à entraver ses démarches et contraindre son état d'âme. Elle avait confiance de pouvoir faire ses preuves et de comprendre vite de quelle manière donner satisfactions à ses patrons. Elle était à peine plongée dans ses pensées qui l'avaient entraînée loin dans un monde où elle entrevoyait de belles perspectives quand Suzie vint la chercher pour l'emmener dans une grande pièce où elle fit connaissance des autres domestiques qui travaillaient dans la maison et qui habitaient sur place. Elle rencontrait Suzanne, une vieille nénenne qui avait vu naître tous les enfants de la maison et les avait vus grandir. Suzanne était au service de la famille Karim depuis l’âge de vingt ans. Âgée de 55 ans, elle n'avait plus la vigueur de sa jeunesse et faisait son travail convenablement; elle n'assumait pas de grandes responsabilités. Usée pour avoir dépensé de l'énergie dans une période de son existence où elle avait des enfants à élever et plusieurs bouches à nourrir, elle perdait une grande partie de son potentiel physique en entrant dans l'âge. Elle tombait plusieurs fois malade, couvait des bronchites chroniques, traînait des toux à longueur des semaines et même des mois. Elle traitait elle-même ses douleurs rhumatismes, artérielles et d'estomac avec des tisanes qu'elle préparait avec des feuilles qu'elle allait chercher dans les bois. Elle n'aimait pas consulter des médecins et préférait supporter ses maux tranquillement en se tordant de douleur dans sa minuscule chambre sans laisser les autres apercevoir qu'elle souffrait. Elle était bien considérée par les membres de la famille et jamais personne n'osait lui faire de reproche ni de remarque sur la manière dont elle accomplissait ses travaux. Son visage était ravagé par des rides et ses yeux cernés par la fatigue quand Julie la rencontrait pour la première fois dans cette pièce. Suzie travaillait pendant trois ans dans la maison. Son père qui était un buveur invétéré, mourut d'une rupture d’anévrisme alors qu'elle avait à peine douze ans. Pour aider sa mère à élever ses trois frères et ses deux sœurs elle avait commencé à faire de petits travaux ménagers jusqu'au jour où elle fut remarquée par une personne qui connaissait bien monsieur Karim qui cherchait à l'époque une bonne pour aider Suzanne. Suzie était âgée de dix-huit ans quand elle commençait à travailler. Elle avait toujours été bien considérée par ses patrons.

 

 

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The Far Away Colony Chapter 5

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

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The Far Away Colony


Chapter 5

 

The following Sunday morning, when Julie was taking some shortcuts to go back home, she feared to be reprimanded by her father for having left home without giving news from her. During the whole week the family has been worried about her. She trusted her brother Fabien, with whom she got on well, that she was living for the town to find a job. She imagined she could use this as an excuse. All along the tortuous and damaged road, she felt anguish. She didn't know the road well since she didn't use to take it all the times she went to the town with her father. When she glimpsed an ox cart loaded with different merchandises she decided to find a place at the back, in order to continue her way without having to do further efforts. She knew the carter for having crossed his way several times when he was in the region.

Julie's parents were poor people living in an old sheet metal hut situated in a region called the Bois de Nèfles. The families gathered in this shire led a peaceable and sedentary life. They never left their village and rarely went far from their home. They maintained good relationships and never argued.

They were attached to their land and were respectful. They got news of the world from people crossing the region. Their evenings were often animated by unexpected visits that brought some freshness to their existence.

Charles Deschamps, Julie's father, was leaning against the edge of a well with an ax and a grindstone in his hands. He was speaking with a foreigner who looked tired of having traveled a long distance. He didn't seem somebody from the region. That was immediately noticeable because of his appearance, his clothes and his language.

“Phew! It's so hot!” said the foreigner. “I've drank so much water that my flask is empty. The sun is only half risen though. The day was supposed to be hard. Oh! What a beautiful region!”

“Do you think so? It's really flatterer from you. You haven't been  in the island for a long time, I suppose?”

“As a matter of fact we arrived yesterday, my friends and I. They are somewhere in the forest. I saw the smoke and I told myself that I'd better fill my flask before setting off again.”

“You don't have to worry. The region doesn't lack of water and fruits. Habitations are spread everywhere in the highs and you can find hospitality at people's dwellings. We are lucky not to feel ourselves isolated like those who live in the circus. There, the access is difficult, the roads are impassable and dangerous. But hey ! What has brought you, immediately disembarked, to this part of the island? Foreigners rarely come to this side. I hope you have a guide. Otherwise I don't see how you are going to follow your road.”

“We are already warned about what expects us from this adventure. We are accompanied by a person who knows well the region. And we have taken the necessary precautions against bad weather and to protect us from the cold. We want to visit Mrs Desbassyns' vast estate.”

“Oh! You must be courageous.”

“But why do you say that?”

“It seems it brings bad luck to those who search in the past of Mrs Desbassyns. You must have heard what is told about her.”

“Some say she was a bad woman and that she gave hard times to her slaves. Those who knew Mrs Desbassyns tell that she was a remarkable figure of her time. It's only after her death that Mrs Desbassyns' name took a mythical and legendary dimension. She represented the symbol of wealth and had more than 400 slaves and servants at her service.”

“Yet what we know about Mrs Desbassyns is far from what you say. She is the very incarnation of evil and maliciousness. We can't hear her name without giving her the appearance of a she-devil so much she made suffer her slaves with all her atrocities.”

“It's an undeniable fact that slaves have had an unimaginable fate, but I think it's unacceptable to attribute it to a lady for whom a lot of people, specially her slaves, had shed tears for her disappearance inasmuch as you don't cry on the gravestone of somebody you didn't like. I can tell you there were political stakes of crucial importance that led Mrs Debassyns' opponents to misrepresent the truth, to gather a good number of sympathizers, to divert the public opinion against her and to make her assume the crimes other masters committed, which was nobody's secret. People believed in everything they were told. They never made an effort to verify it. Mrs Desbassyns became in a way the scapegoat of many miscreants. She doesn't deserve such an awful place in the heart of people she loved so much. It would be unfair not to recognize her real worth. Today it's nothing else than a matter of opinion.”

“It's difficult to change the opinion of people who shiver and fear when they hear the name of Mrs Desbassyns. I think we've been told too many bad things about this woman so that today we can have the opposite image of what she deserves. Then the time has contributed to push her to the line of imposters and criminals. I think it's a pity she's been reduced to so little in the eyes of a population for whom she contributed so much by the fact that she held their destiny in her hands for years. You have enlightened in me a big part of the obscure opinion I had about Mrs Desbassyns. But from what source do you obtain all these informations to talk to me with so much assurance? You defend Mrs Desbassyns' causes as if you knew her better than anybody else. Do you have some kind of family relationship with her or are you an erudite who studies history's characters and climbs back up the time in search of the truth? In any case it's a pleasure for me to learn what you've just told me. I would make it my duty to share it with whoever wants to listen to me.”

“I am a historian. This visit aims to discover the places where Mrs Desbassyns lived. The essential is to believe in what is true. I am convinced that Mrs Desbassyns doesn't scare you now as much as she did when you ignored what she really was. It's been a pleasure to speak with you and I am happy you listened to me with interest. I have now to go reach my friends who may be worried with my delay.”

“Anything you need, don't hesitate.”

“Thanks for all and goodbye.”

 “Good bye and be careful.”

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The Far Away Colony Chapter 4

18 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

 

 

 

 

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The Far Away Colony 



 

Chapter 4

 

 

 

Julie had proved in some days' work what she worth and the bosses were satisfied. She easily managed to please the girls and fascinate the boys. She found herself in a situation she could not refuse to allow favors to her young bosses all day long. They required her to do this or that with the aim of familiarizing with her. Sometimes she was shy and felt embarrassed while perceiving to what extent she incited her little bosses' curiosity and interest. Those boys were still young; their minds were open, despite their father's strictness to preserve them from all corruption; they could not ignore the pleasure they got while getting closer to this girl who rushed up at their least call. Since their very young age they were corrupted by their schoolmates, influenced by the relationships they established with young rascals from poor neighborhoods and with friends having lots of experiences in this field; they let themselves dragged by adventures allowing them to satisfy their curiosity and discover the perversity and vice. They were interested in girls and looked for ways to get their esteem. They turned around the newcomer and waited for the moment to start a conversation and know more about her. She found peace when she returned to her bedroom late at night. She was not really bothered, even though she preferred the girls' company. She avoided familiarizing with the boys. She always founded an excuse to get rid of them when she found that they were spending too much time by her side. She was not interested in encouraging her young masters to have their hearts set on her and to represent that object of desire that was there to corrupt the good customs. Yet at any time of the day one of the little bosses found the opportunity to snatch some words from her mouth. She could not tolerate such behaviour to avoid unpleasantness. She understood that they were interested in her for fun; sometimes, in order not to displease them, she accepted to play their game.

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The Far Away Colony Chapter 3

12 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

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The Far Away Colony


Chapter 3

 

Before daylight pointed on the horizon, Mr Karim was already out of bed. He went to the bathroom to take a bath and perform his ablutions. He drank the black coffee Leila prepared the night before and  the maid heated in a pan, slipped on his white shirt, put his Turkish hat on his head, took the old portal key pending from the wooden door and left the house to proceed on foot to the mosque situated not so far from the house. The streets, at that moment, were still dark and desert.

The boys had some difficulties to get up early in the morning. They went to bed late the night before and the sleep was overwhelming them. Mrs Karim should have to shake them; they hurried up in order not to lose the morning prayer. The girls slept in the adjoining bedroom. The parents preferred to have them next door to cast a glance at them.

As time passed by, Mister Abdul Aziz Karim became hardened and was then a severe man. He had raised his children himself, watched them, given them education, taught them the rudiments of religion and corrected them when necessary. He was a strong-tempered man, with remarkably intelligent eyes, a large shiny forehead, a thick beard hiding his large chicks, lips that were not used to smiles and a corpulence that represented the family patriarch. He seemed to be at ease with himself and was admirably confined to his leading role. In order to succeed in business, he led a long fight during several years in which he had ups and downs, but managed to get through after hard labor and constant struggles. At fifty-five years old he had acquired the necessary experiences to lead his business correctly. He was strict with his employees who were afraid of him and respected him. He was also a good man, with a generous heart. He listened to his employee's requests, if they had some, understood their weaknesses and offered them money when they had important events to celebrate.

The house was huge and the bedrooms immense. It was a structure dated since the colonial period. The roofs were covered by corrugated iron, which had replaced the clapboards gone off by the bad weather. The walls were repainted in white. The cement had replaced the lime detached by the time. The doors in the ground floor were remade and conditioned to discourage thieves. It was in this part of the building that Mr Karim has been running his business since thirty years. The carpentry, padding and mattress workshops were situated in the back of the building. The merchandise depot where the furniture pieces were stored occupied a considerable surface at the end of the big courtyard that completed the property.

In the first floor, the residential part of the building was composed by several big rooms and some small. Many employees were at Mr Karim's service to help him with his business activities and to take care of the house. A designer used to come and make dresses for Mrs Karim and the girls. A driver was available to drop the girls at school and bring them back, to do the shopping, to take Mrs Karim to pay visits to her relatives and friends, to drive Mr Karim to his providers, to the bank, to the notary or wherever he wanted to go. Several employees  produced the furniture, mattresses, bolsters and pillows. They covered the armchairs and sofas, stuffed the chairs, covered the headboards with jute canvas, velvet and fabrics. A driver and three depot boys were in charge of the deliveries, furniture installation, maintenance and selling. A cook took care of the meals. Three maids took care of the house; Julie was one among them.

Early in the morning the house was empty; the kids had left for school and the other members of the family were at work. The servants assisted Mrs Karim to accomplish different tasks in the house. At this time of the day she was in the big prayer room, where nobody had the right to come and disturb her. She had already met Julie in the morning and given her instructions.

Calmness prevailed in all the rooms. Julie set to work very early. The beds were already done and the blankets put away in the closet. The furniture was dusted and the mirrors, the nickel-plated edges, the  windows ledges, the corners, the polished wood, the mahogany or teak wood wardrobes, the dressing-tables, the desks, the libraries, the solid wood tables, the reversed feet chairs, the sideboards, the armchairs, the sofas, the couches, the glass cases and the tableware all cleaned, polished and lustred; they gleamed, shined and sparkled with the daylight. The floor was waxed and polished and the booties placed at the entrances of the glass doors dressed with happy colors and flower design curtains.

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The Far Away Colony Chapter 2

21 Janvier 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

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The Far Away Colony


Chapter 2

 

In the west, the town of Saint-Paul was immersing slowly into the darkness. The town was located between the sea, which the sunset had transformed into a yellow orangish color, and the high mountains, whose peaks were still enlightened by the last rays. The shadows, which were already crawling along the low roof building's walls and the cut stone facades standing along the deserted streets, loomed out from everywhere, chasing the glimmers that illuminated the thatch shingles and the crests. The noise of the waves crushing against the shore became definite because of the silence that prevailed in the town. The window blinds were not closed yet and we could distinguish the unsteady flame lights showing the occupant's presence. At that time, in some houses, the rooms were illuminated by lights, candles and oil lamps.

On the corner of two important streets of the town was standing a building which revealed its particular aspect and shown a certain originality that the pedestrians took pleasure to admire. This structure has been constructed in the middle of the eighteenth century and has braved the so frequent bad weather during the hot season. Several restorations had been necessary to prevent it to sink into dilapidation; the building was still keeping its freshness since the laborers in charge of its renovation had respected the norms and preserved the style. This single-story house, with balconies opened onto the two streets forming the corner, was occupied to run a business in the ground floor and as a residential house in the first floor. The store name hanging under the balconies had written on big letters: "Ets. Karim and Sons. Import - Export."

Mr. Karim was returning from the prayer he practiced regularly. When Sheinaz informed him that a girl from the Highs had come looking for a job, he thought about gathering the members of his family in the evening to take a decision. He was accustomed to discuss with his wife and kids: he had six in all, of which four boys and two girls, all teenagers. They were waiting for him in the hall at the opposite side of the house. When he sat down at the head of the huge table to speak, the kids were very motivated. A candelabrum was placed in the middle of the table and there was enough light projected to distinguish the expressions drawn on each of their faces.

“We are getting close to the month of Ramadan”, said Mr. Karim, “and we need personnel. Sheinaz told me about a young girl from the Highs in whom we can be interested. It's been a month already since Solange is absent and she hasn't given any sign of life yet; Fatema  complains that she has a lot of work to do in the kitchen and the house. It's the right time for us to find a solution to lighten her tasks."

“As for Solange,” said Mrs Karim, “I was told that she moved together with a metropolitan and nobody knows where she is. She still hasn't come to take her money and her stuff.”

“Maybe she left the country, who knows?” Said Aissa.

“In any case, this doesn't arrange the situation,” said Mr Karim.

“Is she honest, the girl you are talking about?” Asked Mrs Karim.

“How can we know? Time will tell us,” retorted Mr Karim.

“We have lost quite a few precious objects in the last years by hiring girls that constantly knock at our door. They all come from poor families and hardly manage to integrate in good families' ordinary life. I don't really see the need of hiring once again a stranger,” told Leila who, thinking about the bad memories, was incited to express herself like that.

“You don't have to exaggerate,” said Mrs Karim while looking at her other children to let them know she was also talking to them, “and see only the negative side. This way of thinking shows your ungratefulness towards people who bothered for you during your childhood. They took care of you like a mother, cleaned you, washed you, fed you and gave you to drink. They cradled you in their arms for hours to stop you from yelling or crying, to make you sleep. How they cannot deserve a more respectable place in your ungrateful little hearts? It's sickening though to say so many silly things and it surprises and disappoints me to hear that from the mouth of my children.”

“In any case,” said Haroon, “only time would reveal a person's qualities and defects; it's our duty to take precautions and not to leave valued objects lying around. Their lost and disappearance can only be explained by our lack of principles.”

“Well, if we cannot dispose of our own stuff as it better suits us, I wonder about the way the world,” retorted Leila.

“Not all the people looking for a job come from the same social background or necessarily have the same mentality, the same character, the same manners. It's absolutely natural that some show themselves hard-working, conscientious and laborious while others are lazy, careless and have plenty of other defects. It's not a reason to sentence them all and put them all together in one pot,” said Mrs Karim.

“These domestic little people are not as silly as we can imagine,” said Yacoob. “They are aware of the importance they have in the society. Also they are convinced they have good opportunities to fit in the workforce by evolving within wealthy families. For them it's a way towards freedom. Something that enables them to escape from their family's influence, where their existence has no meaning and their life no importance. They are right to escape from a society in which an evolutionary stagnation is observed and there is no progress. Also, the idea of winning some money and leading a life they like crosses incessantly their mind. I'm talking about this youth full of ambition trying to make its way in the society to find a reasonable place from where they can distinguish themselves from the others and occupy a privileged position. That's why the idea of rivalry is so manifest in them. The thirst for money awakens the jealousy in them. We can detect their changing attitudes or strange behaviors that make them appear dangerous.”

"All this doesn't mean at all that we can do without their services," said Mr Karim. "There's a girl waiting in the other room and I am convinced that in this moment we need a person to take on some responsibilities. I noticed the bedrooms are not done early in the morning, the bin is not emptied, the furniture is covered with dust, the parquet is not polished and a lot of domestic works are neglected or unfinished. So, I wish to inform you that I am pretty much decided to hire this person so that these works be done in the best terms."

“I agree with you,” said Mrs Karim.

“We too,” answered the boys, while the girls remained reluctant.

Mister Karim stood up and went towards the room where Julie was waiting. She was sitting on a chair but stood up as soon as she heard some footsteps. Before Mr Karim opened the door she had the time to tide herself up. When he entered in the room Julie said:

“Good night Sir.”

“Good night. You are the girl that came during the day, right?”

“Yes Sir.”

“What's your name?”

“My name is Julie Deschamps, Sir.”

“Well, and how old are you?”

“I am seventeen years old, Sir.”

“Have you already had a job?”

“Yes, Sir.”

“Do you know what it is to work in a house? Do you have any idea about the kind of work you have to do?”

“Yes, Sir. I know how to do everything in a house. You can notice it by yourself if you hire me.”

“That's what I intend to do, relying on your words and your good faith. I hope you won't disappoint me.”

“Oh Sir, thank you for trusting me.”

“Don't be glad so soon. I am hiring you for a four weeks try-out. You will be put up in a bedroom upstairs and have the right to daily meals, as the other maids. You will receive your wage every Saturday. You will have some rules to respect. You will have the right to rest on Sunday. You will receive orders from myself, Madam and the other members of the family you are going to meet soon. If this suits you, you can already consider yourself hired."

“It suits me very well, Sir. I would like to ask you if I can start from this evening. My home is in the Highs and I don't have any mean to go back.”

“Of course it's too late to go back home. I am going to send you Suzy to show you where your bedroom is and you will have diner with the other servants before going up to bed. Remember that you have to wake up very early in the morning to start working.”

“All right Sir. I can assure you that you won't be disappointed.”

"I hope so, however remember that you can be fired for the slightest slip-up," said Mr Karim getting ready to leave.

“Understood Sir. Good night Sir.”

“Good night.”

 

When the door closed, Julie let out a big relief sigh and raised her head to thank the Lord for having had the job. She was already thinking about the good news she would announce to her parents when she would visit them the following days. Her gaze was admiring the few wood furniture pieces visible with the weak flame of the kerosene lamp lying on a shelf in the room's corner. She heard voices coming from far away, probably from the dining room where all the family members were gathered for diner. Plates, glasses, spoons' noises reached her ears so distinctly that she told herself that diner was already served. The water from the tap, a raised voice calling, the hurry of heavy steps on the floor indicated the maids were at work. She felt in the house an intense warmth issued from this well organized life led by people anxious to give a meaning to their existence, to find a way of making it more beautiful, comfortable, pleasant and interesting. The bursts of laughter heard indicated that a family living in harmony and good understanding was taking advantage of this solemn moment to gather. In her little corner, Julie tried to imagine what was happening in the other rooms, whose decoration and atmosphere she could not but figure out. She knew there would be a lot of things to discover, to learn and that surprises were to foresee. She was not worried at all and her enthusiasm for wanting to work pushed back from her mind all the regrettable thoughts that tended to hamper her moves and constrain her state of feeling. She trusted she could prove her worth and quickly understand how to give satisfactions to her bosses. She had barely been diving in her thoughts, which had brought her far in a world where she foresaw beautiful prospects, when Suzie came looking for her and brought her in a big room where she met the other servants working in the house and living on site. She met Suzanne, an old maid who saw all the kids from the house born and grow up. She was at the Karim Family's service since she was twenty years old. With fifty-five years old, she had not anymore the strength of her youth and did her work decently. She didn't take on big responsibilities. Worn out for having spent some energy in a period of her life when she had some kids to raise and several mouths to feed, she has lost a big part of her physical potential with the age. She used to get sick several times, to come down with a chronic bronchitis, to hang around with a cough for weeks and even months. She treated herself her rheumatism, arterial and stomach aches with infusions she prepared with leaves she found in the woods. She didn't like to see doctors and preferred to deal with her aches quietly, writhing in pain in her tiny bedroom without letting the others notice she was suffering. She was esteemed by the members of the family and never a single person dared to reproach her something or to observe the way she carried out her work. Her face was devastated by wrinkles and her eyes ringed by the fatigue when Julie met her for the first time in that room. Suzie has been working in the house for three years. Her father, who was an inveterate drinker, died from an aneurysm rupture when she was only twelve. To help her mother raise her three brothers and two sisters she started doing small domestic works until the day she got noticed by a person who knew well Mr Karim, who was at the time looking for a maid to help Suzanne. Suzie was eighteen years old when she started working. She has always won the esteemed of her bosses.

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The Far Away Colony Chapter 1

28 Août 2013 , Rédigé par Kader Rawat

The Far Away Colony

 

Chapter 1

 

The paths of the Highs of the island, drawn for a long time by the residents who ventured there to seek refuge, led mostly in small villages scattered on the sides of the mountains, the hollow cirques, and deep forests. The Medlar Wood, so named because of the abundance of shrubs of the same name that grew there was a quiet little village that was halfway between coastal clarity and shadow of the forests. At that time, many people from the Highs especially the poor and disadvantaged families went to town to work. Among them, many girls who had reached the age of puberty do not hesitate to look elsewhere for a new form of existence.

A century ago, when slavery was abolished and Sarda Garriga, the liberator, was carried through the streets in triumph, the white ones, due to fears of further reforms and reprisals, were hiding in the mountains and the most remote island corners to rebuild their lives. They so joined the brown slaves, who had already taken up residence there, to build together a nation. Paths to go through were filled with pitfalls. Their struggle for survival was long and painful. Families faced huge difficulties in life, and the years spent in hard work brought them no fame nor fortune. Misery, they had tried to avoid, hunted them into the folds of their imagination. They lived with a troubled mind which constantly settled in their hearts a terrible doubt about their future. They kept, since then, to provide efforts to improve their living conditions. To do this, they would look elsewhere for what they could not find in their small village.

At dawn, a shape, that anyone would have no difficulty to compare to that of a woman, was furtively sneaking its way under the shadow of old trees. This rapid, strange and suspicious movement of a young girl of the heights indicated, at first glance, the state of disturbance in which her mind was.

Such unusual approach, that was rare in a remote country, hid so much mystery that a diligent and prudent observer would not fail to bind it to the personal frustrations, that was current then. At her passage through the daylight that rose up, the villagers who know and who cross that path by going to their work so early, did not miss to greet her:

« Good morning, Miss Julie. »

Julie Deschamps felt lonely and dejected that morning when she went through the tortuous path that led to the public fountain where she was passing because of the air flow. At this early hour, several people who had to go to work in the city is already gathered here. Julie's eyes were filled with tears and her heart was big when she moved to the bottom of the old bus, and when she threw her sad eyes on that small village which recalled many memories. The bus went down the ramps by making a terrible noise and stopping frequently at specific locations to pick up passengers who were traveling to remote areas. People brought with them bulky luggage which the driver filed on the roof of the vehicle.

The roads were in a bad state and the bus could not run quickly. Travelers were patient and never gave signs of fatigue or nervousness. They were quite happy to have this means of transport enabling them to reach their destination in less time than they expected. When they imagined that before their parents should travel all the way on foot, sometimes braving the stormy weather, they felt happy to do it in a proper manner.

The whole history of the country spread out the eyes of an aware walker in front of the remains of the recent past, full of legends and pleasant stories to listen to.

Such a harvest of cultures, at the time of great poets as Parny, Dayot and Leconte de Lisle, could add, to the existing heritage, wealth that was the pride of the people who did not have any recognition.

The blank stares of uneducated passengers remained indifferent to all signs that recalled much of the history of this remote island in the Indian Ocean.

When the bus passed through the crowded streets, the blocks of houses and stopped at the station which was at the end of the town, the young girl came down and mingled with the crowd. She went to the mall. She was tired from the trek. She wanted to rest a bit but thought it was late and the store would soon close. Noon was not far away and she had little time to make representations to good families to find work. She had time to show up at several retailers to offer her services. For her, it was the most accessible way to meet employers.

Colonial houses occupied the wealthy people and feel the richness retained her attention although she knew that it would be hard for her to meet the master or mistress of the house at this hour.

She went to the commercial center. She was tired from that long and painful journey. She wanted to rest a bit but thought it was late and the store would soon close.

Noon was not far and she had little time to make initiatives for good families to find work.

She had time to show up at several retailers to offer her services. For her, it was the most accessible way to meet employers.

While passing in front of the door of a furniture store situated in one of the busiest streets of the city, the young girl noticed, at the bottom, the presence of a Muslim woman of a reasonable age whose head was covered with a shawl of sober color. She sat behind a massive wooden desk and waited for the hour of the closure. The clock which was suspended from the wall indicated half past eleven. With a hesitating step the girl penetrated inside and says:

"Hello, madam. Can I talk to the boss, please?"

"The boss is away now, Miss. why do you want to see him?" the lady replied.

"I'm not here to buy. I am looking for work."

The store was not well enlightened. Little of openings which it had, were not sufficient to present the various furniture which was exposed. The woman made some steps forward to get closer to the girl.
" From which region do you come? "

"I come from the highs of Saint-Paul, madam."

"Have you already worked before?"

"Yes, madam. I have worked as the housemaid in my village in several houses of good families. "

"For what kind of work you look?"

"I can do everything in a house, madam, I wish to find a job where I am housed and fed. I have always given satisfaction wherever I worked. You can put me into the test and see by yourself. "

"Today is Friday. The Boss went to Saint Denis. He will not return until late in the evening. I promise you nothing but come back tomorrow."

Julie became sad. She seemed tired by the long journey she had made by bus. She needed to rest. She thought of the afternoon she had to spend and the night to come and waited. She did not know where to go. She left the store with courtesy by thanking the lady.

She kept the hope of finding work with the lady whose home had seemed friendly. She had noticed traces of generosity and kindness in her. She did not know if she has to rely on the answer she expected or whether she should continue to seek employment. In any case, this glimmer of hope rekindled her enthusiasm to be accepted by a generous family motivated her state of mind and gave her courage to proceed under the blazing sun. She stopped sometimes under the trees that lined the paths located on the waterfront and enjoyed the soft shadow projected by large branches bowing downward such as the tentacles.

She possessed very little money. She thought best not to waste it and spend only the strictly necessary. That was why she had bought a piece of bread and ham in a shop she had found on her way. She installed on a bench and ate her bread before going to drink water from a public fountain located a little further to quench her thirst. 

What worried her was how she would spend the night. She did not know anyone in this town that she had very little opportunity to go for the sole reason that she rarely left her area and yet she did not want to sleep under the stars. She did not want to be attacked by people of bad character or neighborhood thugs. Only bad women lay around the streets at night. She was not yet in a position to be thought of as this kind of person. She should rather find a solution to solve this problem. Nevertheless, during the day when she had spoken to that lady in the store, she did not lack the desire to ask for hospitality. But she did not know herself why she had lacked courage. She regretted now she found herself alone and did not know where to go.

She was tempted to knock again at the door of the house to ask hospitality for the night. The boss might be there and she could use all her talents to explain the situation in which she found herself. She was to have no shame or lack of courage if she wanted to succeed. Otherwise, she would be lost forever in this world which does not forgive. It belonged to her now to decide what to do. The night already began to fall and she did not have a lot of time in front of her.

Circumstances sometimes require courage and determination. The decision was made; Julie returned obviously to the store, which represented the only hope for her.

It was already late. The sun declined slowly towards the horizon. Yellow beams still lit the old gate that was not easy to open. Julie called up several times but nobody answered. She pressed on the handle and then relieved to notice that the door was not locked. The court was dark. Julie decided to move inside.

When she reached the steps of the staircase leading upstairs, she heard footsteps. It was a girl of color, with frizzy hair, a face that pleased and beautiful lips which discovered white teeth. She was called Suzie and came from these poor and numerous families living in small huts scattered almost everywhere in the suburb swarmed with these miserable huts hidden behind the coconut palms that had replaced date palms in the time when the city had gained a reputation to be called Jericho. Although time had elapsed. Suzie left the house cheerfully to search for the bread at the bakery.

"Good evening," said Julie.

"Good evening," answered Suzie, "You are looking for someone?"

"Yes. I talked to a lady in the store this morning. Can I see her?"

"Ah, this is Mrs. Sheinaz. She does not live here. She will be here tomorrow morning."

"Well, in that case, I can only see the boss. Does he want to receive me?"

"Wait. I'll see."

While Suzie climbed the stairs, Julie scrutinized the darkness. She could hardly distinguish the facades of the big house and her eyes tried to understand the formless and unusual objects. There was total silence and waiting seemed long. Suzie appeared a moment later and asked Julie to follow her. They climbed the stairs, went into dark corridors and reached a waiting room lit by kerosene lamps whose flames flickered in a light breeze room.

"Wait here. The Boss is at a meeting. Once he finishes he will receive you. I have to run to the bakery before it closes."

"Thank you for what you did."

"It's nothing," Suzie answered before disappearing.

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LA COLONIE LOINTAINE Chapitre 1

12 Août 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

La colonie lointaine

 

Chapitre 1

 

Les chemins des Hauts de l'île, longtemps tracés par les habitants qui s'y aventuraient, menaient pour la plupart vers des petits villages disséminés dans les flancs des montagnes, les creux des cirques et la profondeur des forêts. Le Bois de Nèfles, ainsi nommé en raison de l'abondance des arbustes du même nom qui y poussaient, était un petit village tranquille qui se trouvait à mi-chemin entre la clarté du littoral et l'ombre des forêts. En ce temps-là, de nombreux habitants des Hauts issus particulièrement des familles pauvres et défavorisées se rendaient en ville pour travailler. Parmi eux, beaucoup de jeunes filles, qui avaient dépassé l'âge de la puberté, allaient chercher ailleurs une nouvelle forme d'existence.

Un siècle de cela, l'esclavage fut aboli et Sarda Garriga, le libérateur, fut porté dans les rues en triomphe. Les petits blancs, par craintes de nouvelles réformes et des représailles, se dissimulaient dans les montagnes et les recoins les plus reculés de l'île pour refaire leur vie. Ils rejoignaient les esclaves marron qui y avaient déjà élu domicile pour construire ensemble une nation. Les chemins à parcourir étaient remplis d'embûches. Leur lutte pour la survie était longue et pénible. Des familles rencontraient d'énormes difficultés pour vivre, et les années passées dans des durs labeurs ne leurs apportaient ni gloire ni fortune. La misère, qu'ils avaient essayé d'éviter, les chassait jusque dans les replis de leur imagination. Ils vivaient avec un esprit tourmenté qui installait dans leur cœur un doute effroyable sur leur avenir. Ils ne cessaient de fournir des efforts pour améliorer leur condition de vie.

Par un mois de Novembre de l’année 1937, à l'aube, une silhouette, que quiconque n'aurait aucune peine à comparer à celle d'une femme, faisait furtivement son chemin à l'ombre des gigantesques arbres centenaires. Ce déplacement rapide, étrange et suspect indiquait l'état de perturbation dans lequel se trouvait la personne. Une telle démarche cachait de mystères qu'un observateur avisé ne manquerait pas de lier à des contrariétés personnelles. A son passage dans la clarté du jour qui se levait, les villageois qui la connaissaient et qui croisaient son chemin, en se rendant à leur travail, ne manquaient pas de la saluer.

— Bonjour, M'amselle Julie.

Julie Deschamps se sentait seule et abattue ce bon matin quand elle parcourait le chemin tortueux qui menait vers la fontaine publique. A cette heure matinale plusieurs personnes qui se rendaient à leur travail se regroupaient déjà à cet endroit pour attendre l’arrivé du bus. Les yeux de Julie étaient remplis de larmes et son cœur était gros quand elle s'installait au fond d’un vieux véhicule, et quand ses regards tristes se posaient sur ce petit village qui la rappelait tant de souvenirs. Le bus descendait les rampes en faisant des bruits épouvantables et en s'arrêtant fréquemment pour prendre des passagers qui se rendaient dans des quartiers lointains. Ces gens emmenaient avec eux des bagages encombrants que le chauffeur déposait sur le toit du véhicule. Les routes étaient en mauvais états et le bus ne roulait pas vite. Les voyageurs étaient patients et ne donnaient aucun signe de fatigues ou de nervosités. Ils étaient contents d'avoir ce moyen de transport qui leur permettait d'atteindre leur destination en si peu de temps. Quand ils imaginaient qu'auparavant leurs parents auraient dû faire tout ce chemin à pieds en bravant parfois un temps orageux, ils s'estimaient heureux de pouvoir le faire de cette manière.

Toute l'histoire de la contrée s'étalait aux yeux d'un promeneur avisé devant les vestiges du passé riche de légendes et des récits agréables à écouter. Une telle moisson de culture, cueillie à l'époque de grands poètes tels que de Parny, Dayot et Leconte de Lisle, ajoutait une richesse aux patrimoines existants qui faisait déjà la fierté des habitants. Les regards vides des passagers incultes demeuraient indifférents devant ces témoignages qui rappelaient une grande partie de l'histoire de la colonie.

Quand le bus traversait les rues encombrées, les pâtés de maisons et s'arrêtait à l'extrémité de la ville, la jeune fille descendit et se mêlait à la foule. Elle se dirigea vers le centre commercial. Elle était fatiguée par ce long et pénible trajet. Elle voulait se reposer un peu mais pensait qu'il était tard et que les magasins allaient bientôt fermer. Midi n'était pas loin et elle avait peu de temps pour effectuer des démarches auprès de bonnes familles pour trouver du travail. Elle avait eu le temps de se présenter chez plusieurs commerçants pour proposer ses services. C'était pour elle la voie la plus accessible pour rencontrer les patrons. Les maisons coloniales qui abritaient les gens aisés et qui sentaient la richesse retenaient son attention quoiqu'elle sût qu'il serait plus difficile pour elle de rencontrer le maître ou la maîtresse de maison à pareille heure.

En passant devant la porte d'un magasin de meubles situé dans une des rues les plus fréquentées de la ville, la jeune fille remarqua, au fond, la présence d'une femme musulmane d'un âge raisonnable dont la tête était couverte d'un châle de couleur sobre. Elle était assise derrière un bureau en bois massif et attendait l'heure de la fermeture. La pendule qui était suspendue au mur indiquait onze heures et demie. D'un pas hésitant la jeune fille pénétra à l'intérieur et dit:

— Bonjour m'dame. Est-ce-que je peux parler au patron, s'il vous plaît?

— Le patron est absent, mademoiselle. C'est pourquoi? répondit la dame.

— Je ne suis pas venue pour acheter. Je cherche du travail.

Le magasin n'était pas bien éclairé. Le peu d'ouvertures qu'il y avait n'étaient pas suffisantes pour présenter les divers meubles qui étaient exposés. La femme fit quelques pas en avant pour se rapprocher de la jeune fille.

— Vous venez de quelle région?

— Je viens des hauts de Saint-Paul, m'dame.

— Avez-vous déjà travaillé?

— Oui m'dame. J'ai fait des ménages dans mon village chez des blancs et dans plusieurs maisons de bonnes familles.

— Quel genre de travail vous cherchez, que savez-vous faire?

— Je sais tout faire dans une maison, m'dame. Je souhaiterai trouver un travail où je suis logée et nourrie. J'ai toujours donné satisfactions partout où j'ai travaillé; vous pouvez me mettre à l'épreuve et constater par vous même.

— Aujourd'hui c'est vendredi. Le patron est parti à Saint-Denis. Il ne sera pas de retour avant le soir. Je ne vous promets rien mais passez demain dans la journée.

Julie devint triste. Elle paraissait fatiguée par ce long trajet qu'elle avait effectué par le car. Elle avait besoin de se reposer. Elle pensait à l'après-midi qu'elle avait à passer et à la nuit qui l'attendait. Elle ne savait où aller. Elle quitta le magasin en remerciant avec courtoisie la dame.

Elle gardait l'espoir de pouvoir trouver du travail chez la dame dont l'accueil lui avait paru sympathique. Elle avait remarqué en elle des traces de générosités et de bontés. Elle ne savait pas si elle devait se fier sur la réponse qu'elle attendait ou si elle devait continuer à chercher de l'emploi. En tout cas cette lueur d'espoir qui avait ravivé son enthousiasme à se faire accepter par une famille généreuse motivait son état d'esprit et lui donnait du courage à poursuivre sa route sous un soleil de plomb. Elle s'arrêtait des fois sous des arbres qui longeaient les chemins situés sur le front de mer et profitait de l'ombre douce que projetaient les grandes branches descendant vers elle telles des tentacules.

Elle était en possession de très peu d'argent. Elle avait cru bon de ne pas gaspiller et de ne dépenser que dans la stricte nécessité. C'était la raison pour laquelle elle avait acheté un morceau de pain et du jambon dans une boutique qu'elle avait trouvée sur son chemin. Elle s'était installée sur un banc et avait dégusté son pain avant d'aller boire l'eau d'une fontaine publique se trouvant un peu plus loin pour apaiser sa soif.

Ce qui l'inquiétait était de quelle manière elle allait passer la nuit. Elle ne connaissait personne dans cette ville qu'elle avait très peu d'occasion de fréquenter pour l'unique raison qu'elle quittait très rarement son quartier et pourtant elle n'avait pas l'intention de dormir à la belle étoile. Elle ne voulait pas se faire agresser par des individus de mauvais caractères ou des voyous du quartier. Seulement les femmes de mauvaise vie trainaient les rues le soir. Elle n'était pas encore dans une situation à se faire passée pour ce genre de personnage. Elle avait intérêt à trouver une solution pour régler ce problème. Pourtant dans la journée quand elle avait parlé à cette dame dans le magasin l'envie ne lui manquait pas de demander hospitalité. Mais elle ne savait pas elle-même pourquoi elle avait manqué de courage. Elle le regrettait maintenant qu'elle se retrouvait toute seule et ne savait pas où aller.

Alors que les heures passaient et qu’elle était exténuée, elle achevait sa recherche d’emploi par un bilan négatif. Aucune famille n’avait voulu d’elle. Elle était déçue, découragée. Elle s’était affalée sur un banc faisant face à l’océan et imaginait combien son sort était déplorable, son destin pitoyable. Elle était tentée d'aller frapper une fois de plus à la porte de ce magasin où la dame qui l’avait accueillie avait retenue son attention plus que jamais. Elle avait le pressentiment qu’elle pouvait tenter sa chance là bas pour demander hospitalité pour la nuit. Le patron serait peut-être là et elle pouvait servir de tous ses talents pour expliquer dans quelle situation elle se trouvait. Elle ne devait pas avoir honte ni manquer de courage si elle tenait à réussir. Sinon elle serait à jamais perdue dans ce monde qui ne pardonnait pas. C'était à elle maintenant de décider ce qu'elle devait faire. La nuit commençait déjà à tomber et elle n'avait pas beaucoup de temps devant elle.

Certaines circonstances des fois exigent courage et détermination. La décision prise, Julie retournait bien évidemment vers le magasin qui représentait pour elle le seul espoir.

Il faisait tard déjà. Le soleil déclinait lentement vers l'horizon. Des rayons jaunes éclairaient encore le vieux portail qui n'était pas facile à ouvrir. Julie appela plusieurs fois mais personne ne répondit. Elle appuya sur la poignée et fut soulagée de constater que la porte n'était pas fermée à clé. La cour était sombre. Julie décidait d'avancer à l'intérieur.

Quand elle atteignit les marches de l'escalier qui menait à l'étage, elle entendit des pas. C'était une jeune fille de couleur, avec des cheveux crépus, un visage qui plaisait et des belles lèvres qui découvraient des dents blanches. Elle s'appelait Suzie et était issue de ces familles pauvres et nombreuses qui habitaient dans des petites paillotes disséminées un peu partout dans la banlieue pullulé de ces misérables cases cachées derrière les cocotiers qui avaient remplacé les dattiers au temps où la ville avait acquit la réputation de se nommer le Jericho. Bien de temps s'était écoulé depuis. Suzie sortait de la maison allègrement pour aller chercher le pain à la boulangerie.

— Bonsoir, dit Julie.

— Bonsoir,     répondit     Suzie,     vous    cherchez quelqu'un?

— Oui. J'ai parlé à une dame dans le magasin ce matin. Est-ce-que je peux la voir?

— Ah! C'est madame Sheinaz. Elle n'habite pas ici. Elle sera là demain matin.

— Eh bien dans ce cas il ne me reste qu'à voir le patron. Est-ce qu'il voudra bien me recevoir?

— Attendez. Je vais voir.

Pendant que Suzie grimpait les escaliers, Julie scrutait l'obscurité. Elle pouvait à peine distinguer les façades de la grande maison et ses yeux essayaient de comprendre les objets informes et insolites. Le silence était total et l'attente paraissait longue. Suzie se présentait quelque instant plus tard et demanda à Julie de la suivre. Elles grimpèrent les escaliers, passèrent dans des couloirs sombres et débouchèrent dans une salle d'attente éclairée par des lampes à pétrole dont les flammes vacillaient par une légère brise.

— Attendez là. Le patron est en réunion. Aussitôt terminé il vous recevra. Je dois courir à la boulangerie avant qu'elle ne ferme.

— Merci pour ce que vous faites pour moi.

 

— II n'y a pas de quoi, répondit Suzie avant de disparaître.

 

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