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LES PREUVES D'AMOUR

10 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

 

LES PREUVES D'AMOUR

 

Le brouillard commençait à envahir les moindres recoins de la région plongée dans une obscurité profonde et effrayante. Rampant à travers les sentiers battus gorgés d'eau froide et piquante de l'incessante averse nocturne qui arrosait la région pendant toutes les saisons de l'année, la brume enveloppait les broussailles, suspendait sous les arbres fortement ramifiés, siégeait les habitations et les propriétés, envahissait les varangues fleuries des cases, pénétrait à l'intérieur des maisons en forçant le passage à travers les lucarnes des greniers, les impostes des portes et des fenêtres. Les lumières des bougies, toutes auréolées, palissaient et répandaient à peine une lueur suffisante dans la vaste pièce froide et lugubre de la grande maison où Véronique Hoarau se reposait sur un lit à baldaquin. Elle était vêtue d'un déshabillé de couleur sobre à base de laine et de coton mais grelottait quand même de froid. Son visage pâle et ses yeux ternes démontraient son état d'esprit perturbé au moment où ses regards fixaient les flammes du feu allumé dans la cheminée. La pièce n'était pas encore suffisamment réchauffée pour la permettre de se reposer. Elle était assaillie par des pensées qui l'obsédaient, la tourmentaient en attendant l'arrivée de Frédéric, parti en ville depuis tôt le matin. Pourquoi portait-il sur elle de tel jugement ? Est-ce qu'elle le méritait vraiment ? Il lui reprochait tout le temps de ne pas lui dire ce qu'elle pense de lui et de la vie qu'ils menaient tous les deux. Comment pouvait-il dire une chose pareille ? Pourtant il n'y existait pas autre chose qui l'intéresse au monde que lui. Elle ne cessait de faire des soucis pour que tout aille pour le mieux dans leur vie conjugale. Elle reconnaît qu'il s'occupait d'elle comme personne d'autre ne l'avait jamais fait auparavant, qu'il faisait de son mieux pour rendre sa vie agréable, que ses attentions sur son état de santé étaient les marques d'attention suffisantes qui prouvaient son amour, sa passion pour elle. Ils avaient l'habitude de se confier à l'un l'autre de tout ce qui leur pesait sur le cœur sans aucune réserve et en toute franchise. Jamais personne n'avait une seul fois décelé ni de l'hypocrisie ni de faiblesse dans les sentiments de l'autre. Pourtant ils avaient traversé de rudes épreuves pour découvrir ces sentiments profonds ancrés au fond de leur cœur. Il ne leur a pas été difficile à se comprendre après avoir passé ensemble ces quelques années qui leur avaient permis de déployer plus de vigueurs qu'il ne leur fallait pour surmonter des pentes difficiles avant de goûter à la fraîcheur de l'existence, avant de ressentir une fois de plus la joie, la gaieté, avant que naissait l'espoir, que se dissipent les doutes, les incertitudes bien qu'en des multiples occasions tristesse et désespoir venaient ternir une vie qui ne faisait que commencer. Le jugement qu'ils ne faisaient que formuler à tort et à travers sur le comportement de leur conjoint ne pourrait apporter dans leur existence que des nuages qui ne se dissiperaient pas sitôt et qui pouvaient provoquer une tempête au fond de ce petit cœur fragile. Les dégâts constatés suite à de telles sautes d'humeurs eurent toujours des effets néfastes qui ne sont jamais bons de garder dans le souvenir. "Tu ne pourras jamais comprendre le rôle que tu joues dans ma vie," songea Véronique en regardant la photo encadrée de son amant Frédéric posée sur son chevet, "je n'ai d'autres passions que toi et si tu savais combien je suis comblée par cette nouvelle vie que tu me permets de découvrir malgré les nombreuses difficultés que nous rencontrions. Ce qui importe le plus pour moi c'est de nous trouver ensemble et de déguster cette vie d'une manière différente." Elle se sentait tellement heureuse de l'immensité de cet amour que son amant éprouvait pour elle. Elle était tellement contente qu'elle ne pouvait, en esquissant un sourire, imaginer combien elle-même nourrissait une passion brûlante pour cet homme qu'elle souhaitait aimer jusqu'aux ses derniers jours.

Tard dans la nuit noire, affreuse et effrayante par les constants grondements de tonnerre et des éclairs vivaces, Frédéric rentrait enfin à la maison. Entraînant dans ses bottes mouillées une épaisse couche de boue, il alla d'abord se déchausser dans la buanderie avant de se débarrasser de son imperméable et de changer de vêtement. Il se précipitait ensuite dans la chambre à coucher où Véronique qui ne dormait pas encore l'attendait, assise sur le sofa tout près de la cheminée.

Copyright © Kader Rawat

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UNE FEMME SANS PUDEUR

8 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

UNE FEMME SANS PUDEUR

 

Installé confortablement dans un fauteuil placé sous un badamier chargé de baies jaunâtres, et entouré de ses enfants assis sur la pelouse et de ses petits-enfants, il en avait six déjà qui courraient dans tous les sens et surveillés par les bonnes, August Fontaine était le plus heureux des hommes en savourant ce moment de réjouissance qui fit dilater son cœur d'une joie indicible et ressentait un plaisir ineffable dans une telle compagnie. Il était quatre heures de l'après-midi et le soleil se montrait de toute sa splendeur dans un ciel dégagé, faisant les habitants du village goûté à un temps clément et débonnaire tant convoité et attendu d'une journée de dimanche. Autant leur souhait était de ne pas se cloîtrer à l'intérieur de la maison pendant que l'averse inondait la région autant leur plaisir était à la hauteur de leur espérance quand ils se livraient à cœur joie à de multiples sujets de conversation dont nul ne se rapportait à Frédéric Grondin et à Véronique Hoarau. Le père qui ne souhaitait pas tenir avec ses enfants une conversation traitant d'un sujet si délicat se voyait contraint, avec l'arrivée de quelques amis qu'il fit installer sur des fauteuils apportés à leur intention, d'écouter dans un premier temps les propos qui allaient quelque peu dans ce sens :

— C'est honteux pour une femme qui jouisse d'une si grande popularité, dit Mme Cécile Boyer, de prendre pour amant un homme qui fréquentait sa fille et qui a presque la moitié de son âge.

Mme Cécile qui frisait la quarantaine était la voisine qui fréquentait depuis longtemps la famille Fontaine. Elle avait vu grandir les enfants qui la portaient de grandes estimes tout en sachant qu'elle n'avait d'autre occupation que de s'intéresser à tous les commérages du pays. De forte corpulence, elle menait son mari à la baguette et tout le monde savait que dans sa maison c'était elle qui portait la culotte. Parlant d'un ton qui démontrait son exaspération et sa colère comme si dirait qu'elle était concernée par ce qui se passait dans la vie intime de Mme Véronique Grondin, elle ne mâchait pas ses mots pour la qualifier de femme sans pudeur et sans honte. Les enfants, sachant que son langage était sans retenu et sans ménagement, se levaient les uns après les autres pour aller s'installer un peu plus loin afin de laisser les grandes personnes se débattre sur un sujet d'actualité dans lequel ils n'avaient pas de mots à dire ni de réflexion à faire. Les ombres et la lumière s'alternaient sur la pelouse bien entretenue du jardin et alors que les jeunes se regroupaient sous l'ombre douce des platanes pour jouer au loto les enfants venaient s'installer également pour placer les cartes numérotées et pour aider à couvrir les numéros qu'un des joueurs tirait dans un sac en toile. 86, criait à haute voix Alain. Entre-temps, dans le groupe des grands, Monsieur August Fontaine s'était redressé dans son fauteuil comme pour dire quelque chose qui lui tenait tellement à cœur. Autour de lui se trouvait déjà quelques personnes du voisinage qui avaient pour habitude de se réunir là chaque dimanche pour passer l'après-midi.

— Le défunt docteur Hoarau a laissé une fortune considérable à sa femme et voilà qu'un intrus qui guettait depuis longtemps cette richesse est parvenue à réaliser un vieux rêve longtemps caressé dans son imagination. Je connais l'époque où il courtisait la demoiselle Hoarau qui n'avait pas voulu de lui. Il s'était lancé, parait-il, dans des affaires hasardeuses pour essayer de conquérir son cœur mais avait failli en laissant des dettes considérables que sa mère n'avait pu combler et avait tombé malade pour ne plus jamais se relever.

— Il avait mené une vie de débauche en Europe, dit Monsieur Gaston Vitry, propriétaire de la maison d'à côté, avait épousé une fille qu'il avait rencontré et séduit pour oublier ses peines et sa déception et qu'il n'avait jamais aimé, qu'il perdit d'ailleurs dans des circonstances qui demeurent jusqu'aujourd'hui obscures.

— Il parait que les enfants sont en brouille avec la mère et qu'ils réclament tous leur héritage, dit Madame Cécile Boyer.

C'est une erreur capitale que de faire alliance avec un étranger qui n'a nullement contribué pour cumuler une telle fortune, dit monsieur August Fontaine, c'est comme se faire dépouiller dans les règles sans tenir compte des conséquences. Les enfants ont absolument raison de ne pas approuver une telle folie de la part de leur mère. Elle a presque perdu la tête pour accepter de vivre à côté d'un homme qui avait les yeux que pour sa fille.

— Pour obéir à son père, dit madame Cécile Boyer, qui vivait ses dernières heures elle avait accepté, parait-il, d'épouser un homme qui a deux fois son âge mais qui possède une immense fortune.

— Mariage de raison, mon cher, dit monsieur Auguste Fontaine, il n'y a que çà aujourd'hui qui prône dans la vie d'un couple. Les amours, les passions, les folies de la jeunesse ne sont que de rêves qui s'évanouissent vite derrière les problèmes de l'existence.

— La mère s'était battue jusqu'à la dernière minute, dit madame Cécile Boyer, pour que ce mariage n'eut pas lieu. Elle comptait retourner sa fille dans l'île pour la marier à ce jeune homme auquel elle avait donné parole et qui avait en quelque sorte conquit leur cœur à toutes les deux. Mais elle aurait céder devant l'insistance de son mari mourant. C'était dans la résignation la plus absolue que la fille convola en justes noces.

— Elle n'a pas fait un mauvais choix, dit monsieur Gaston Vitry en retroussant avec ses doigts ses moustaches qui débordaient de chaque côté de ses joues.

— Elle n'avait pas de choix à faire, dit monsieur Auguste Fontaine, quand le père lui avait imposé ce mariage. Elle n'avait qu'à accepter. Elle n'est pas plus malheureuse pour autant. Nous cherchons tous la sécurité pour nos enfants quoiqu'ils agissent des fois à leur guise sans prendre en compte les conséquences de certains actes.

— Les jeunes ne reconnaissent pas les dangers qui les guettent, dit monsieur Gaston Vitry, pour qu'ils se lancent aveuglement dans des aventures qu'ils croient amusantes. Nous avons toute raison de garder constamment sur eux un œil pour pouvoir intervenir au moment voulu et les empêcher de commettre des bêtises.

— Des bêtises, tu parles, parla madame Cécile Boyer, quand tu vois des grandes personnes déjà mariées et qui ont des grands enfants et même des petits enfants commettre des insanités aux yeux de la société en ignorant toutes les lois morales qui régissent l'existence des gens qu'avons-nous à dire pour essayer de comprendre certaines situations que tout le monde qualifie de perfidie et de fourberie ? Quand je pense à l'audace qu'à eu cette femme d'emmener sous son toit un homme qu'elle n'aurait pas dû, je n'en reviens pas. Et dire que l'image qu'elle avait projetée dans la société au temps où elle vivait encore avec son mari était une image que beaucoup de personne enviaient. Autant de bonnes paroles prononcées sur elle à l'époque sont aujourd'hui oubliées et elle est comptée parmi les personnes que les gens auraient souhaité le moins rencontrer. Elle ne recevait plus de l'invitation dans la bonne société et à son passage les gens évitaient à l'adresser la parole.

— C'est ce qu'elle mérite après tout pour s'être comportée de cette manière.

— Tout de même, descendre à un tel niveau pour avoir succombé à ses impulsions ! Quelle bassesse ?

— Que voulez-vous ma chère, quand on ne parvient pas à combattre ses propres inclinations, on est souvent victimes de ses actes et l'on paie toujours les conséquences.

— Ce sont les enfants qui accusent les coups les plus durs dans cette affaire. Ils sont pourtant des innocents qui ne sont pour rien dans ce qui est arrivé.

— C'est bien dommage pour eux. Les enfants paient souvent les bêtises des parents. C'est à cela que nous, parents, devrons penser avant de faire n'importe quoi. Nous pouvons le regretter dans le peu de temps qu'il nous reste à vivre.

A cet instant, dans le lointain, le tonnerre grondait et annonçait un mauvais temps qui se préparait. Quelques peu après des lambeaux de nuages s'amoncelaient dans le ciel et le temps s'assombrissait et devenait maussade. Il était temps pour les grandes personnes de se disperser chacun dans leur maison respective et les enfants rentraient à l'intérieur pour préparer les bagages afin de retourner chez eux. Avant la tombée de la nuit ils étaient déjà en voitures qui descendaient les routes sinueuses qui menaient vers le nord alors qu'une pluie battante rendait la visibilité difficile.

Copyright © Kader Rawat

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LES CHARMES DE LA PLAINE

8 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

 

LES CHARMES DE LA PLAINE

 

La nouvelle se répandit vite dans la contrée que la veuve du docteur Hoarau n'avait pas attendue longtemps pour prendre pour amant le prétendant de sa fille, Frédéric Grondin. La plupart de ces gens de la haute société avaient pour habitude de garder un œil vigilent et circonspect sur les personnes ayant atteint un rang qui ne pouvait pas les permettre de vivre dans la discrétion et dont les noms étaient souvent mentionnés lors des conversations livrées au cours d'une soirée qui réunissait notables et érudits.

Parmi ces hommes distingués qu'on pouvait compter sur les doigts dans le village de la Plaine des Palmistes qui regroupait quelques milliers d'habitants à l'époque, se trouvait un certain August Fontaine, veuf déjà depuis plusieurs années et dont la carrière dans la politique l'avait permis de jouir d'une certaine popularité sur laquelle se reposait beaucoup de ses influences pour faire avancer les affaires les plus délicates. Il y va sans dire que pendant son veuvage et à l'époque où Mme Hoarau vivait encore avec son mari, il portait envers elle une certaine admiration qui ne pouvait cacher son envie d'avoir à ses côtés une femme comme telle pour lui bercer pendant les quelques dernières années qu'il lui restait à vivre.

Âgé d'une cinquantaine d'années, il possédait une fortune devenue immense par les biens hérités des parents défunts du côté paternel, maternel et de son épouse, une demoiselle Gontier. L'immense étendue de terre sur laquelle il avait construit une belle maison de style moderne, dans laquelle habitaient quelques années auparavant, ses deux filles, avant qu'elles ne se marient pour laisser un vide qu'il parvenait avec beaucoup de peine à combler, était le seul bien qu'il lui restât et auquel se rattachait toute son histoire. Tous les souvenirs de sa vie, toutes les épreuves de son existence, tout l'amour qu'il aurait pu vouer à des êtres qui lui étaient chers et précieux appartenaient et se limitaient à cette portion de terre de laquelle il ne voulait pas se détacher pour tout l'or du monde. Son univers s'étendait devant lui mais vide de toute espèce humaine qui aurait pu lui procurer cette joie, cet amour tant recherché pour embellir une existence déjà dans son déclin. Les quelques domestiques qui étaient à son service depuis de nombreuses années étaient ses seules compagnes pendant ses heures d'oisiveté de la semaine quand il errait dans son vaste domaine en quête de distraction et de loisir. Il avait pour habitude de marcher le long des sentiers battus en compagnie d'un berger allemand et suivi par un ou deux domestiques qui trimbalaient sur leur dos des gourdes d'eau, un parapluie pour le protéger si le temps se détériorait, ce qui arrive souvent dans les hauts particulièrement pendant la saison chaude.

Mais les éclaircis des après-midis, quand les nuages se dispersaient au-dessus de la tête pour découvrir un pan de ciel bleu tant attendu, étaient toujours une invitation à une promenade qui s'achevait parfois jusqu'à fort tard. Le soleil couche après sept heures et à cet instant les paysages changent de couleur avec les lueurs jaunâtres qui viennent donner une touche supplémentaire à tous les reliefs qui se dessinent au loin et qui charment les regards des admirateurs de la nature grandiose parmi lesquels August Fontaine en faisait partie. Ses enfants, trois fils, tous mariés à des filles de bonnes familles, vivaient avec leur épouse dans les principales villes et occupaient des postes importants dans l'administration et la fonction publique et quatre filles déjà casées par des unions intéressantes à des garçons bien lotis de l'Île. Il n'avait aucun souci à se faire d'eux et après avoir occupé de leur scolarité il avait fait ce qui était en son pouvoir pour les faire obtenir ce qu'ils méritent pour leur assurer l'avenir et une ressource qui pouvait leur permettre de vivre tranquillement sans avoir besoin de faire des soucis financiers. Ainsi, ayant fait son devoir de père responsable et attentionné, il les laissait vivre leur vie comme ils le désiraient. Il est bien évident que tous ses enfants lui rendirent visite les dimanches pour passer ensemble la journée égayée souvent dans l'après-midi par des visites inopinées de quelques amis de passage dans la région, des parents venant des autres villes et villages et des notables du quartier et ils parlaient tous des évènements de la semaine qui avaient retenu l'attention des habitants de la région et même de l'île. Les filles arrivaient tôt dans la matinée avec leur mari, des garçons charmants qui avaient de la manière et gardaient toujours les mêmes marques de respect à leur beau-père et lui portait les mêmes attentions qu'il méritait et qui lui faisait tant plaisir. Les fils et leurs épouses arrivaient un peu plus tard et ils se regroupaient tous dans le jardin ombragé par de grands arbres à hautes futaies et embelli par une variété exceptionnelle de fleurs, de plantes arborescentes dont la plupart étaient plantées par madame Fontaine elle-même le long des allées qui séparaient la pelouse en plusieurs parties triangulaires, et dont la présence se faisait sentir dans ces moments solennels. Sa disparition soudaine après une courte maladie les avait affectés de telle sorte qu'ils auraient dû puiser beaucoup dans cette ressource ancrée dans la nature humaine pour surmonter de telles épreuves. Le souvenir d'une épouse tant aimée et d'une mère tant adorée ne s'efface jamais de la mémoire et bien que le temps ait quelque peu contribuer à atténuer les douleurs qui les faisaient tant de mal, ils gardaient chacun de leur côté, au fond de leur cœur meurtri, le profond chagrin qu'ils n'osaient pas démontrer par peur d'éveiller en l'autre ce même état d'âme qu'ils essayaient de cacher comme ils le pouvaient. Mais pour empêcher l'autre de s'enliser davantage dans la nostalgie d'un temps révolu, chacun faisait de son mieux pour soulever une conversation qui serait capable de distraire l'esprit de l'autre.

Le dimanche qui précédait l'arrivée de madame Véronique Hoarau et de Frédéric Grondin dans le village les conversations qui sortaient de la bouche des uns pour traverser les oreilles des autres n'avaient autre préoccupation que de faire circuler la nouvelle que tous qualifiaient de choquante et d'étonnante. Le but était plus de dramatiser une situation que personne n'était encore en mesure de connaître le fond et la forme. Mais suivant les apparences comme c'était de coutume dans la haute société les histoires racontées sur leur compte allaient bon train quoi que rien ne puisse confirmer les dires et approuver les faits. Les plaisirs que l'on peut tirer à tort et à travers par les propos niais et mesquins à l'encontre des gens qui ne cherchent qu'à vivre paisiblement leur existence démontrent combien la société cache dans son sein des tours qui peuvent faire mal même que l'intention est loin d'en arriver jusque-là. Et si l'on considère l'existence gâchée des autres, la faiblesse de certaine nature, les retombées des circonstances difficiles, une situation qui peut être qualifier de dramatique et bien d'autres cas similaires qui acculent l'être à l'ultime limite du supportable, qui d'autres si ce ne sont pas des gens de ce bas monde pour rendre encore plus difficile la vie de ces malheureux de circonstances qu'un incident de parcours a réduit dans un tel état ? Mais si l'humanité a été conçue pour jouer sa comédie il ne peut exister de moment plus approprié que celui qui accompagne les autres dans leurs malheurs pour lancer les sophismes et les ironies.

Copyright © Kader Rawat

 

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UNE FEMME MYSTÉRIEUSE

5 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

 

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

UNE FEMME MYSTÉRIEUSE

 

Au delà du village de l'Entre-deux, une route forestière s'étendaient à plusieurs kilomètres et débouchaient sur une chapelle et une école, entourées d'une dizaine de petites maisons, toutes abandonnées par leurs occupants vingt ans auparavant en raison d'une épidémie qui sévissait dans la région. C'était dans cette atmosphère de désolation et de désuétude, que le brouillard avait rendu sinistre et lugubre, qu'une femme s'était échouée, venant de nulle part et se dirigeant vers aucune destination. Une pluie battante qui faisait plier les branches des grands arbres rendait son parcours pénible et éprouvant par ce sombre crépuscule du mois de Mai quand le vent violent, soulevé par un de ces caprices de la nature, la forçait de s'agripper aux arbustes incrustés dans la terre imbibée d'eau et de se protéger derrière le tronc d'un araucaria pour ne pas dégringoler les pentes abruptes qu'elle venait d'escalader. Sa grande robe trempée et collée à son corps fragile devenait lourde comme une armure difficile à supporter et ralentissait sa progression au milieu de cette nature déchaînée. Elle se trouvait au bord de l'épuisement et était sur le point de s'évanouir quand Jean-Régis, qui passait en même occasion dans le coin, l'aperçut et l'aidait à atteindre la chapelle vide, froide et obscure. Il avait allumé un feu dans un petit coin avec les planches pourries des bancs renversés et était parti sans prononcer aucune parole.

Elle grelottait moins durant la nuit qu'elle avait passé en écoutant le vent hurlait dans le bois et en attisant le feu avec des brindilles qui se trouvaient sur le parquet sale et défoncé. Jean-Régis retournait la voir de bon matin, alors que la pluie continuait à tomber, en apportant avec lui des gibiers qu'il fit griller sur les braises et qu'elle mangeait comme une personne qui avait très faim. Elle avait bu du vin qu'il avait apporté également et quand il était parti sans échanger aucun mot, elle avait pu dormir derrière le confessionnal sur des lambeaux de toiles récupérés çà et là dans la chapelle. Par les désordres qu'elle avait constatés elle savait qu'elle ne serait pas dérangée et que depuis longtemps personne ne fréquentait la région. Elle devait son salut à un homme qu'elle ne connaissait pas, considérait cette nouvelle existence comme une deuxième naissance. De son passé elle ne voulait pas y penser ni en parler à qui que se soit. Elle avait déjà mis une croix et ne comptait pas venir dessus.

Jean-Régis  apportait pour elle pendant des jours à manger, à boire et des vêtements sans qu'ils n'échangeassent aucune parole. Pour lui, dès la première fois qu'il l'avait aperçue, elle représentait cet objet de bonheur tant recherché et retrouvé enfin; il voulait prouver son dévouement à elle et rendre sa vie agréable. Il parcourait la campagne sans but, sans objectif, emportant avec lui, dans sa mémoire embrouillée, le souvenir d'une vie chargée de méfaits, et jamais il aurait pu songer qu'un jour il aurait la possibilité de mener une vie comme il aurait souhaité auprès d'une personne envers laquelle il pourrait éprouver autant de dévotion. Cette personne se trouvait maintenant devant lui et il ne savait pas ce qu'il devait faire pour la plaire. Il avait une crainte terrible de la perdre aussi brusquement qu'il l'avait trouvée. Il se rapprochait, à chaque fois, de la chapelle en se demandant si elle s'y trouvait encore.

Elle était toujours là. Elle ne voulait pas partir plus loin, pensant qu'elle avait fait déjà du chemin pour arriver jusque là et s'il était écrit dans son destin qu'elle était parvenue au terme de ce long voyage qu'elle avait entrepris, elle n'avait qu'à accepter son sort. Elle ne trouvait plus le courage de se débattre davantage dans la vie. Elle se laissait donc entretenue par cet individu qu'elle attendait et dont elle guettait le retour derrière la fenêtre comme s'il représentait déjà quelqu'un d'important dans sa vie. Mais quand il se rapprochait d'elle, elle ressentait comme un mauvais souvenir qui se refoulait dans sa mémoire encore vive des effroyables moments dont elle aurait dû vivre dans le passé. Ses yeux ternes et larmoyants ne pouvaient cacher les douleurs ineffables dont elle fit preuve et exprimaient l'état délabré de son âme en perdition et souffrante. De cet esprit perturbé et confus elle ne pouvait que présenter un visage placide, calme et glacial comme les marbres des tombeaux recouverts de terres humides cachées sous des mauvaises herbes. Ce visage d'une femme de trente ans perdait au seuil de cette ultime jeunesse toute trace de fraîcheur; toute lueur de gaieté qui illuminait le cœur, qui embellissait l'âme, qui éclairait l'esprit s'était éteinte à jamais dans un corps devenu froid comme un cadavre dont les yeux restait figés pendant de longues heures de la journée passées au fond d'un cloître envahi déjà par l'esprit du démon.

Elle comptait ainsi achever ses derniers jours en invoquant sur elle les pires des malédictions, et en se préparant pour passer dans le monde de l'au-delà sans laisser derrière elle aucune trace de son passage. Dans cette ultime conviction de se déclarer martyre et d'endurer les pénitences nécessaires pour quitter ce monde comme Jésus l'avait fait en portant la croix et se faisant crucifié, elle pensait qu'elle aussi avait le droit de tracer un chemin semblable pour l'expiation des fautes commises ultérieurement. Mais après plusieurs semaines à attendre que la mort venait la surprendre dans son sommeil, elle découvrit qu'elle se regorgeait d'énergie, que son visage reprenait les couleurs perdues, que ses membres vibraient par une force mystérieuse, que le sang coulait à flots dans ses veines, que ses yeux brillaient d'éclats et qu'elle semblait naître une deuxième fois. Bien décidée cette fois si de vivre sa vie comme elle le souhaitait, elle se transformait en une femme pleine de vitalité et, quittant ce refuge sordide et lugubre qu'était la chapelle délabrée, elle alla s'installer dans une des maisons abandonnées et vides.

Jean-Régis qui l'assistait et l'aidait dans toutes ses démarches trouvait une place très chère dans son cœur lavé de toute souillure. Avide de recommencer à vivre et de profiter de la vie, elle accepta de partager sa couche en se jurant mutuellement fidélité devant une croix qui se trouvait encore au fond de la chapelle. De cette union où Seul Dieu était témoin, fut engendré un enfant qui trouva le jour neuf mois plus tard par un crépuscule enflammé par les derniers rayons du soleil couchant. Neuf mois de vie heureuse fut achevés dans cette même nuit où la mère poussa son dernier soupir tandis qu'à côté l'enfant criait de toutes ses forces. Jean-Régis devenait comme un fou, errait dans le bois, frappait le front sur la terre maudite et pleurait pendant longtemps en tenant dans ses bras la seule femme qu'il ait jamais autant aimé. Il l'enterrait le jour suivant dans un cimetière à côté de la chapelle et quittait cet endroit pour ne plus jamais y retourner, emportant avec lui le seul souvenir de cet amour perdu, cette fille qu'il allait confier à sa sœur.

Cette histoire n'aurait jamais pu être contée si un jour, Jean-Régis n'aurait pas croisé sur son chemin un jeune prêtre qu'il avait invité chez lui et auquel il avait fait le récit au cas où un jour son témoignage pouvait servir pour quelque chose dans l'intérêt de tout le monde. Effectivement, étant donné que ceci ne faisait pas l'objet d'une confession, auquel cas le prêtre serait obligé de garder le secret, son témoignage devant le tribunal confirmait le fait que Jean-Régis était un repenti qu'il avait bien démontré par cette ligne de conduite exemplaire qu'il avait menée durant ses trente dernières années. Ce renforcement de position de Jean-Régis Picard n'était nullement de bon augure pour Fabien Deschamps qui voyait ses chances amoindrir pour prouver son innocence et, les soupçons portés à son égard s'intensifièrent, malgré les témoignages de quelques villageois qui avaient tout fait pour attirer la sympathie des jurés sur lui.

Le verdict tomba plusieurs semaines plus tard, après une plaidoirie menée à sens unique. Faute d'argument, de preuve et d'une défense solide, Fabien Deschamps fut désormais condamné à perpétuité et cette affaire fut classée sans que personne n'en reparlât plus tandis que la vie continuait son cours.

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DES FAUTES À EXPIER

5 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

Ceci est un ouvrage de fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

DES FAUTES À EXPIER

 

Le lendemain, en regagnant la maison, Yvette constatait que la santé de sa mère s'était détériorée. Elle avait fait de fortes fièvres toute la journée et le soir elle avait commencé à délirer. Le jour d'après elle avait demandé à un voisin qui s'était porté volontaire d'aller chercher le médecin et, avant que ce dernier n'arrivât à la maison, Mme Deschamps avait déjà poussé son dernier soupire. Affligée par la disparition d'une mère longtemps condamnée par la maladie, Yvette cherchait consolation dans la prière et le jeûne.

La mère enterrée, le frère en prison elle demeurait seule devant l'existence, et l'avenir s'annonçait déjà difficile et dur. La maison fut fermée, les cadenas posés sur les portes et Yvette, emportant avec elle tout ce qu'elle jugeait nécessaire, allait voir sa sœur Julie. C’était là qu’elle pris connaissance  de ce qui s’était passé au comble de malheur. Elle était perdue. Elle alla demander hospitalité à un parent lointain qui habitait le village voisin.

Entre-temps les enquêtes, les investigations et les perquisitions se poursuivaient dans le village pour aborder le procès que tout le monde attendait. Quand, devant une audience survoltée, l'avocat nommé d'office pour défendre Fabien annonçait que son client plaidait non coupable, tout le monde savait que ce serait le procès du siècle et qu'ils attendaient tous à des révélations et de rebondissement spectaculaire. Le bruit commençait à courir que certains individus dont les noms n'étaient pas cités encore avaient dénoncé ceux qui avaient tendu à Fabien le piège fatal en jetant dans ses bras cette femme aux mœurs légères ramenée de Saint-Denis. La lumière fut faite sur cette affaire sombre encore dans la mémoire des gens du quartier, pendant les premières séances du procès qui étaient considérées comme le prélude de ce qui s'ensuivrait. Une telle révélation n'avait pu qu'attirer sur Fabien la sympathie de l'auditoire qui poussait des cris d'horreur et de stupéfaction. Le juge du tribunal aurait dû déployer des grands moyens pour faire taire la foule déchaînée et pour faire régner enfin l'ordre et le silence afin de poursuivre la séance. L'avocat de la partie civile était muni de tous les éléments nécessaires pour démontrer que l'assassin n'était autre que Fabien lui-même et les indices qui appuyaient ses arguments étaient encore bien loin de ce que les jurées attendaient. Les témoins cités par la partie civile et appelés à la barre ne parlaient que de "si", de "mais", de "à peu près", de "peut-être" mais rien de ferme, de concret, de convaincant. Les journaux firent paraître en gros titre de 'procès scandaleux', de 'crime crapuleux' et de 'corruption des mœurs'. Quand des témoins qui sortaient dans le cirque se présentaient à la barre pour parler de ce qu'ils connaissaient sur l'existence de Jean-Régis Picard c'était avec un effroyable sentiment de stupéfaction et de crainte que sa vie fut étalée dans les moindres détails.

Dans le cirque où il vivait, entouré de sa famille et d'autres habitants qui s'y trouvaient déjà avant leur arrivée, il avait mené une vie de débauche qui dépassait toutes les limites du supportable et, transgressant les lois sacrées, il entretenait avec force des relations incestueuses avec ses propres sœurs avant de leur trouver un mari et les éloigner à jamais de la région. Il terrorisait les femmes, couchait avec elles quand leur mari était parti. Il entraînait dans sa case les jeunes filles et, devant les yeux hagards de leur mère résignée, il attentait à leur pudeur quoiqu'elles poussent des hurlements qui déchiraient le cœur. Et maintenant qu'un homme comme tel avait été assassiné, était-il nécessaire d'aller chercher les raisons? N'avait-il pas fait suffisamment de mal pour se voir punir comme il le méritait? Et cette fille qui venait lui rendre visite, qui était-ce? Certains prétendaient que c'était sa fille. Il avait eu une liaison avec une femme de la bourgeoisie qui était au bord du suicide et, malgré qu'elle se trouve dans un état dépressif, il avait réussi à la ramener à la raison. Pour se venger d'un mari qui avait rendu sa vie un enfer, qui l'avait fait souffrir d'insupportables abominations pendant de nombreuses années, elle avait accepté de porter cette enfant pour lui avant de mourir comme pour laisser une trace de son passage sur cette terre. Jean-Régis qui éprouvait un tel amour pour cette femme qui changea sa vie ne parvenait plus jamais à se consoler de cette perte et les changements qui s'effectuaient dans ses habitudes étaient dues aux douleurs qu'il ressentait pendant ces années qu'il passait à expier ses fautes et à subir à tous les châtiments.

Personne n'avait jamais su qui était cette femme, et ce qui s'était passé au juste. L'enfant était confié à une des sœurs de Jean-Régis devenue veuve quand son mari fut emporté par une maladie grave. Cette femme vivait dans des conditions modestes. Elle était tellement affligée par la disparition soudaine de son époux, qu'elle commençait par sombrer dans une espèce de léthargie qui avait enlevé en elle l'envie de vivre. Elle n'avait pas d'enfant malgré qu'elle ait utilisé tous les moyens pour en avoir. Jean-Régis qui était informé de sa situation pour avoir pris des renseignements auprès des gens qui la connaissaient bien, ne pouvait trouver une personne mieux placer que sa propre sœur pour confier une tâche si importante que d'élever son enfant, lui-même ne pouvait pas le faire dans la situation où il se trouvait. Il avait proposé une forte somme d'argent à sa sœur pour garantir toutes les dépenses qu'incombait une telle responsabilité et avait attendu qu'elle lui donnât une réponse favorable. Elle n'était pas tentée par cet argent qui ne l'intéressait pas. Mais elle éprouvait la crainte de se voir bousculée par un frère qu'elle ne pouvait faire confiance pour ce qu'il l'avait fait subir dans sa jeunesse. Après avoir réfléchi pendant plusieurs jours, elle avait pris une décision. Elle acceptait de garder l'enfant en arrachant la promesse de la bouche de son frère, Jean-Régis, qu'elle avait renié, à ne jamais s'approcher d'elle sous aucun prétexte ni à venir voir cet enfant aussi longtemps qu'elle serait sous son toit. Il avait accepté la condition sans aucune réserve. Il n'avait pas de choix.

L'enfant ne fut jamais informé de cette histoire triste de famille. Quand elle était devenue adulte et avait dépassé l'âge de la majorité elle était autorisée de voir l'homme qu'elle avait entendu parler par la sœur dans de très rares occasions. Elle lui connaissait comme son oncle Jean-Régis sans se douter qu'il était son père. Mais lui qui guettait ses mouvements en prenant toutes sortes de déguisements pour ne pas se faire remarquer et en se postant au coin de la rue qu'elle traversait pour se rendre à l'école, qui s'informait de ses nouvelles par des domestiques qui travaillaient dans la maison où elle habitait et qu'il soudoyait d'importante somme d'argent, qui souffrait de ne pas la voir des fois pendant des mois quand elle était partie en vacances dans un endroit qu'il ignorait, il vivait que dans l'espoir de pouvoir trouver dans la personne de sa fille un reflet de ce qu'avait été la mère. Elle prenait cette même allure, se comportait de la même façon, parlait sur le même ton que dans ses vieux jours il voyait apparaître une partie de sa jeunesse si longtemps enfouie dans le creux de sa cervelle. Depuis qu'elle venait le voir dans une calèche conduite par un cocher robuste et qui traversait tout le village en soulevant un nuage de poussière et faisant sortir de leur case les gens curieux, il n'attendait que ce moment pour consacrer le peu de temps qui lui était accordé pour regarder sa fille et éprouver l'immense plaisir de se trouver si proche d'elle. Il avait depuis longtemps déjà rédigé son testament chez un notaire de la capitale et avait légué tout son héritage à sa fille Marie-Ange Picard.

Le Juge du tribunal, très à l'affût des moindres indices, soupçons ou éléments pour donner une grande dimension aux procès, ne pouvait pas épargner Marie-Ange Picard des multiples questions embarrassantes et très personnelles qu'elle aurait dû répondre en se présentant plusieurs fois à la barre. Elle avait à expliquer ce qu'elle allait faire chez un vieillard rabougri qui ne fréquentait ni ne côtoyait personne dans le village. Elle avait assurément des intérêts pour faire un si long déplacement dans une calèche, et passait si peu de temps auprès de cet individu. Qui était-ce? Elle avouait aimer se retrouver entourée de ce décor champêtre, au milieu de la nature merveilleuse, respirant de l’air frais, écoutant le vent siffler dans les arbres et parcourant de long en large la vaste maison vide et calme dont les planchers craquaient sous le poids des pas. Elle l'appelait oncle parce que c'était ainsi qu'il lui fut présenté quelques années de cela. Elle aurait la désagréable surprise d'apprendre au cours de ce procès de l'origine même de sa naissance, de cette mystérieuse dame qu'était sa mère et de Jean-Régis, son père. L'histoire de cet amour qui n'avait jamais pu être élucidée malgré que nombreuses personnes qui se présentaient à la barre aient amené le peu d'élément qu'ils pouvaient pour constituer l'ensemble d'une histoire comme pour rassembler les pièces d'un puzzle.

Copyright © Kader Rawat

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UNE ÉPOUSE POUR MONSIEUR CHATTERJEE 1

4 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

Une épouse pour Monsieur Chatterjee 1

 

 

Chapitre 1

 

L’épouse

 

Vers la fin de l’an 1950, dans un petit village situé au Quartier-Français, un jeune homme était installé devant une table sur laquelle se trouvait une quantité de livres et de cahiers. Il était concentré dans ses études. Sa tête était penchée sur les feuilles de papier qu’il tenait dans ses mains. La chambre dans laquelle il se trouvait était éclairée par la lueur qui parvenait de la fenêtre grandement ouverte. Les enfants jouaient en faisant un tintamarre. Une jeune femme se précipitait à l’intérieure de la chambre pour les rappeler à l’ordre, leur disant que le frère était en train d’étudier et de ne pas faire du bruit.

— Vous allez jouer dans la cour, espèces de fainéants. Et toi, Kamla, tu te crois encore petite pour te mêler à eux. Vas dans la cuisine pour aider à préparer le repas.

En même temps la mère entrait dans la pièce.

— Quel repas tu es en train de parler Parvati ? Nous n’avons rien à manger.

— Qu’est-ce que tu racontes là, maman ? Hier j’ai acheté deux kilos de riz, de la farine et je les ai mis dans le buffet. Viens avec moi. Je vais te le montrer.

Parvati entraina sa maman dans l’autre chambre.

— Pourquoi maman, tu dois parler devant Dev que nous manquons de ceci ou de cela. Tu sais bien qu’en entendant cela, il va se perturber dans ses études. Il aura bientôt les examens à passer. Il vaut mieux ne pas évoquer tous nos problèmes devant lui.

— Mais tout cela m’inquiète ma fille. Je suis tourmentée et je ne sais pas quoi faire.

— Ne t’inquiète pas, maman. Je m’occupe de tout. Il en reste un peu de riz encore dans le sachet. Je vais chercher de légumes chez le marchand et tu verras qu’à midi nous aurons tous à manger.

Au même instant, de l’autre côté de la pièce une voix se fit entendre.

— Parvati.

C’était la voisine du quartier qui se présentait avec de la toile dans les mains.

— Tiens, Parvati. Je t’ai emmené du travail. Ma sœur se marie la semaine prochaine et le plus tôt tu me le livres le mieux c’est. Tiens. Je te règle tout de suite.

—  Mais il n’y a rien de pressé.

— T’inquiète. Faut bien que je te paie.

— Merci. Aussitôt terminé je te l’emmène.

— Au revoir, Parvati.

— Au revoir.

— Tiens, maman. Prend cet argent et va acheter de la nourriture.

Parvati se dirigeait ensuite vers la machine à coudre. Elle avait à peine commencé à travailler quand Dev s’approchait d’elle.

 — Parvati. Il reste quinze jours pour les examens.

— Oh, certainement. Il va falloir régler, n’est-ce pas ?

Dev avait le visage renfermé quand Parvati le rassurait.

— Quel soucie tu te fais, Dev. J’ai tout arrangé.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Tu m’avais dit de te rappeler un peu avant la date.

— Je me rappelle très bien. Maintenant va étudier tranquillement sans te faire du souci.

 

 

 

2

 

Le lendemain, tôt dans la matinée, Parvati se rendit au temple pour prier. Il faisait beau temps et le soleil commençait à se lever. Les chants des oiseaux emplissaient l’atmosphère. Un grand figuier projetait de l’ombre sur l’escalier où se tenait Parvati quand Prem se pointait sur sa bicyclette.

— Qu’est-ce qui t’amène au temple si tôt Parvati ?

— Je suis venue offrir de l’offrande et en même temps demandé Dieu d’aider Dev à réussir à son examen. La réussite de cet examen va lui permettre de trouver un emploi. Et s’il commence à travailler, nous n’aurons plus des soucis à nous faire.

— Ainsi tu pourras te marier avec moi, n’est-ce pas ? Dis-moi que tu es d’accord. Dis le moi, Parvati.

Parvati secoua la tête.

— Nous aurons encore un an à attendre.

— Un an ?

— Entretemps, si ma situation s’améliore, nous n’avons que quelques mois seulement à attendre pour nous marier. Quand je serai prêt, je viendrai parler à ton frère et ta maman. Tu verras, toute notre situation va s’améliorer. Nous serons tous heureux. Toi et toute ta famille. Qu’est-ce que tu en penses ?

— On verra. Laissez le temps faire.

 

 

3

A Sainte-Suzanne, en début d’après-midi, M. Gopal, usurier de son état, montrait à M. Arjun Chatterjee,  des photos des femmes de la contrée.

M. Chatterjee était un homme riche. Il avait perdu sa femme quelques années auparavant et avait demeuré veuf. Il avait la quarantaine et cinq enfants à élever. Il était à la recherche d’une épouse.

 

— C’est quoi toutes ces photos de femmes âgées ? Je t’avais bien parlé d’une femme jeune, belle, élégante, comme une actrice de cinéma. Parmi toutes ces photos, il n’y a aucune qui me plait.

— Mais M.Chatterjee, à votre âge et avec cinq enfants, comment trouver une jeune femme et en plus belle pour vous épouser ?

— Et alors ? Comment ne peut-on pas trouver une jolie femme qui n’aura rien à faire comme tâche dans la maison. Elle sera comme une reine, une poupée de salon. Je la placerai devant moi, sur le lit et l’admirerai toute la journée. Ne peut-on pas trouver une femme qui voudrait bien vivre cette vie de rêve ? Cela m’étonne. Va fouiller la ville de fond en comble, déniche-moi cette femme de rêve. Et surtout ne souffle pas un mot à ma mère, ni à ma sœur, ni à mon frère. Ils sont prêts à tout faire pour me mettre les bâtons dans les roues. Va. Et surtout, ne prends pas trop de temps. Je suis pressé de me marier.

 

 

 

4

Quelques jours plus tard, Parvati s’apprêtait à quitter la maison quand elle rencontrait Dev sur le palier.

 — Tiens, Dev, combien il te faut pour l’inscription à ton examen ? 10000 francs te suffit ?

— 15000 francs pour l’inscription seulement et il faut aussi compter 5000 francs pour les accessoires, Parvati.

— Combien ? 20000 francs ?

— 20000 francs sera bon.

— Bien. Je vais chercher l’argent. Cependant, entre à la maison et attends-moi arrivé et nous irons ensemble au marché. A tout à l’heure.

— A tout à l’heure.

A cette heure matinale, il n’y avait pas beaucoup de gens dans les rues de la ville. Une voiture s’était arrêtée devant la porte d’un usurier. M. Chatterjee descendit et se dirigea vers le propriétaire du magasin.

— Ah ! Te voilà, M. Khanna. Je suis venu récupérer les 50000 francs que tu me dois. Le délai de remboursement est largement dépassé. Je ne peux plus attendre plus longtemps. Tu fais en sorte de me remettre l’argent tout de suite. J’en ai grand besoin. D’abord je dois faire réparer ma voiture qui a des problèmes mécaniques et ensuite même mes chaussures sont usées à force de marcher.

— Je suis navré, M. Chatterjee. Je n’ai pas l’argent pour le moment. Vous devez attendre encore un peu. Mon client m’a promis de me le donner sous peu et je ne peux faire autrement que de l’attendre.

— Tout cela n’est pas mon problème. Des accords ont été passés Mr Khanna. J’en ai grand besoin de mes 50000 francs……..

 — Bonjour M.Khanna, fit Parvati, excusez moi de vous déranger mais j’ai quelque chose de très important à vous dire. Je peux vous parler.

— Je suis occupé Mademoiselle Parvati. Pourquoi ne venez-vous pas dans l’après-midi ?

— Pourquoi la demander de venir dans l’après-midi M. Khanna ? Vous ne savez pas dans quelle difficulté elle se trouve et quel problème elle doit avoir. Occupez-vous d’elle. Je peux attendre. — Asseyez-vous, mademoiselle.

— Laissez-moi terminer avec vous d’abord, M. Chatterjee.

— Pourquoi vous vous souciez de l’argent que vous me devez. M. Khanna. Demandez à cette fille d’abord ce qu’elle a besoin. Allez-y, mademoiselle, dites à M. Khanna ce que vous voulez. J’attendrai. Je ne partirai pas d’ici avant qu’elle ne soit partie.

— Mademoiselle Parvati, suivez moi.

Quand ils se retrouvaient à peu de distance, M. Khanna demanda :

— Que puis-je pour vous ?

— Mon frère va devoir passer son examen final et pour cela afin de payer l’inscription et les dépenses nécessaires j’ai besoin de 20000 francs, M. Khanna.

— Tout cet argent pour un examen, Mademoiselle Parvati.

— Oui Monsieur.

— Je suis vraiment désolé. Je n’ai pas un centime dans la caisse pour le moment.

— Vraiment ? Comment est-ce que je vais faire ? J’avais tellement l’espoir que j’aurai cet argent chez vous. Voyons. Je suis prête à hypothéquer la maison si vous voulez une garantie pour le prêt.

— Non. Mademoiselle Parvati. Croyez-vous que je vais vous demander à hypothéquer votre maison pour vous faire un prêt de 20000 francs. Je vous connais depuis longtemps et je connais votre frère et toute votre famille. Jamais je ne vous refuserai quoique ce soit si j’en avais la possibilité. Si vous pouvez attendre un peu, je suis sûr que je serai en mesure de vous aider. Mais aujourd’hui je ne peux rien faire. Je suis vraiment désolé.  

 

5

Il faisait nuit. La pluie tombait abondamment. Prem dormait quand des coups redoublés résonnaient sur la porte. Il se réveillait en sursaut et se demandait qui était-ce. Quand il ouvrit la porte, il était surpris de voir Parvati.

— Mais qu’est-ce qui t’amène à une heure pareille Parvati, et par un si mauvais temps ? Tu aurais pu attendre demain ou me demander de venir te voir. Personne n’est à la maison. Prends cette serviette et essuies toi les cheveux. Qu’y a –t-il de si important à me dire ?

— Je me suis demandée à maintes reprise si je devais venir ou non. J’ai besoin de te voir le plus tôt possible. C’est pour cette raison que je suis venue.

— De quoi s’agit-il ? Dis-moi.

— Je dois faire le nécessaire pour payer l’inscription de Dev. Là où j’espérais avoir de l’argent n’a plus un centime à me prêter. Il me faut 20000 francs. Est-ce que tu peux me le prêter ?

— 20000 francs ? Où est-ce que je vais trouver une telle somme, Parvati ? Si tu peux savoir combien cela me fait mal de ne pouvoir répondre à ta demande. La première fois tu viens me demander quelque chose et je n’arrive pas à te le donner.

— Ce n’est pas grave. Je me doutais que tu n’as pas cette somme. Si je ne t’aurais pas demandé, Dev m’aurais reproché de ne t’avoir pas consulté avant. Voilà pourquoi je suis venue ici.

 

6

Assis dans un fauteuil du salon de la famille Gopalsingh, M. Kapor s’adressait à la mère en présence de Dev :

— C’est un homme immensément riche. Il veut se marier. Je suis absolument certain que s’il voit votre fille, il deviendra fou.

— Nous sommes pauvres. Pourquoi ne cherche-t-il pas une fille dans des familles riches ?

 — C’est son deuxième mariage.

— Deuxième mariage ? Que-t-il arrivé à sa première femme.

— Elle est morte depuis longtemps.

— Des enfants ?

— Six enfants.

— Six enfants ?

— Quel âge a-t-il ?

— La cinquantaine passée ?

— Quoi ? La cinquantaine passée ? Six enfants. Et vous êtes venu proposer cet homme pour épouser ma sœur ?  Sortez. Je ne veux plus en entendre parler. Je ne veux pas que ma sœur épouse un homme de cet âge, quand même.

— Au moins vous pouvez le voir.

— Non. Pas du tout. Je ne veux pas le voir. Personne dans cette maison ne veut le voir. Sortez.

— C’est comme vous voulez.

 Parvati qui se tenait au seuil de la porte avait tout entendu de la conversation.

— Attendez. Cet homme riche dont vous faites allusion, est-ce que je peux le rencontrer ?

— Pourquoi pas. Bien sur que vous pouvez.

— Pas ici. Demain à cinq heures devant le temple. Je souhaite m’entretenir avec lui.

— Entendu. A cinq heures devant le temple.

— Tu ne dois pas rencontrer cet homme Parvati, dit Dev

— Pourquoi ?

— Personne ne s’intéresse à le connaître.

— Moi, ça m’intéresse.

— Tu es devenue folle.

— Pourquoi. C’est interdit de le voir. Je ne suis pas en train de me marier avec lui. J’ai le droit d’écouter ce qu’il a à dire ; et puis on verra ce qu’il y a à faire.

Il n’y a rien à faire. Tu n’as pas à aller le rencontrer.

— Dev a raison Parvati, dit la mère, ce n’est pas bien d’aller rencontrer un homme que tu ne connais pas.

— Est-ce que vous croyez que cela me fait plaisir de le rencontrer ? Je souhaite écouter ce qu’il a à dire.

— Pas question. M. Khanna, vous n’allez rien faire.

— Si. M. Khanna, rendez-vous demain à cinq heures devant le temple.

Quand ils se retrouvaient à l’intérieur de la maison, la mère demanda :

— Pourquoi tu insistes à voir cet homme Parvati.

— Je vais vous répondre, maman, dit Dev.

— Si tu sais pourquoi, Dev, parles donc.

— Elle veut tout faire pour payer mes études, assumer toutes les charges de la maison quitte à devoir payer un prix fort. Je ne suis pas d’accord avec ce principe. Je ne pourrais jamais accepter l’idée de voir ma sœur sacrifier son bonheur pour notre bien-être.

— Je le ferai pour qui si ce n’est pas pour vous ? Un jour quand tu travailleras tu seras capable toi aussi de t’occuper de tes frères et sœurs. Ils sont encore petits et ont besoin des soins. Nous ne pouvons pas rester les mains croisées et les regarder vivre dans la misère et la souffrance. C’est un homme riche, n’est-ce pas ?

— Je ne peux tolérer une telle union. Jamais. Je ne veux pas te voir te marier avec un veuf âgé.

— Oui, Parvati, dit la mère, tu as sacrifié tout ton temps à élever tes frères et sœurs et tu crois pouvoir trouver le bonheur auprès d’un veuf que tu ne connais même pas et en plus à t’occuper de ses enfants ?

— Faites la comprendre, maman, dit Dev, je crois qu’elle a perdu tout sens de raisonnement.

— Pas du tout. Je suis très lucide et je sais bien ce que je fais. Mais que croyez-vous ? Quand je vais me marier et que j’aurais quitté la maison je ne vais pas me soucier de vous ? Je ferai tout pour que vous soyez heureux. A moins que vous préférez que je continue ma vie de cette manière jusqu’à ce que je tombe et meure. Et si c’est ainsi que vous voulez……..

— Mais qu’est-ce que tu racontes, Parvati. Personne ne souhaite te voir achever ta vie ainsi. Je t’avais dit que je suis prêt à abandonner mes études pour aller travailler mais tu as insisté pour que je continu pour décrocher mon diplôme.

— Bien sûr, avec ton diplôme tu as plus de chance de trouver un travail et aussi aider à prendre soin de la famille. C’est pour cette raison que je tiens à ce que tu achèves tes études. Tes frères et sœurs sont en train de grandir et nous avons toute raison de nous préparer pour les aider.

— Je vais pouvoir m’occuper de toi aussi, ma grande sœur. Tu as fait tellement pour nous.

— Ne t’inquiète pas pour moi, Dev. Tu dois te marier aussi et tu auras une femme et des enfants aussi et tu dois prendre soin d’eux. Tu vois, la vie est un cercle vicieux et personne ne s’y échappe.

—  Ce n’est pas une raison pour vous abandonner. Je reconnais toutes les peines que vous avez données pour s’occuper de nous, tous les sacrifices que vous avez faits. Mais pourquoi vous vous intéressez à un homme qu’on ne connait même pas.

 — J’ai mes raisons, Dev. Un jour tu comprendras.

 — Un jour. Mais qu’y a-t-il à comprendre ?

 — Nous avons toujours vécu dans la misère et si une chance se présente pour pouvoir en sortir je ne me le pardonnerai jamais de ne pas la saisir.

 Pas à n’importe quel prix Parvati. Je t’en supplie, pas à n’importe quel prix. Réfléchie bien avant de prendre des décisions importantes. Tu sais bien combien cela nous fera de la peine si tu te trompes.

 — Fais-moi confiance, Dev.

 

 

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LE JARDIN DU ROI

4 Mai 2020 , Rédigé par Kader Rawat

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

 

Le Jardin du Roi

 

 

En ce début du mois de Novembre de l’année 1848 un fiacre que deux chevaux tiraient le long de la rue royale se dirigeait vers le Jardin colonial où se trouvait le Palais Législatif qui réunit en assemblée extraordinaire la réunion ayant à l’ordre du jour la proclamation de l’abolition de l’esclavage. La rue à cette heure de la matinée était déjà bondée d’une multitude de gens, tous se dirigeant dans la même direction et ayant le même but d’aller accueillir Monsieur le Gouverneur et son cortège qui ne devait pas tarder d’arriver.

Le cocher n’avait autre choix que de ralentir l’allure tant les chevaux étaient à bout de souffle par la chaleur qui s’annonçait que par la transpiration qui se dégageait pour avoir parcouru un long trajet en si peu de temps afin d’être à l’heure au lieu de rendez-vous. Il frayait avec l’adresse habituelle son chemin dans la foule qui grossissait au fur et à mesure que la voiture se rapprochait de sa destination. A l’intérieur se trouvait un homme dont les cheveux grisonnants et le visage marqué de rides indiquait son âge avancé et à son côté une belle jeune femme exprimant l’impatience que démontre généralement une personne ayant la crainte de laisser passer une occasion qui ne se présenterait pas sitôt. Elle se penchait fréquemment à la fenêtre pour essayer de deviner la distance qui restait encore à parcourir et ne pouvait rester insensible aux décors que les belles maisons de style colonial qui se défilaient devant ses yeux hagards et remplis d’admiration laissaient dans son état d’esprit. Quelle était la réelle motivation d’un tel comportement, qu’est ce qui aurait pu entrainer une aussi belle femme à démontrer un tel intérêt à cet évènement politique assez particulier, personne ne pouvait le deviner. Pourtant elle ne se trouvait pas là par hasard et son cœur ne se mettait pas à battre plus fort pour rien en se rapprochant de l’entrée du jardin obstruée déjà par une foule immense qui obligeait le fiacre de s’arrêter pour déposer les deux seuls passagers avant de faire demi-tour.

L’homme descendit en premier au milieu de la foule déferlante ; ensuite il tenait avec une certaine légèreté la femme par la taille pour la déposer avec délicatesse sur les pavés du trottoir.

— Merci père, dit-elle en mettant de l’ordre dans son état, redressant les plis de sa robe, rajustant quelques mèches de ses cheveux agressées par la brise pendant le voyage. 

— Tu vois comment les gens nous regardent ? Ils nous croient mari et femme.

— Nous donnons vraiment une telle impression, père ? 

— Aux yeux des gens qui ne nous connaissent pas, il n’y a pas de doute. Tu sais bien ma fille que tu es grande maintenant et que tu ne passes pas inaperçue. 

En disant cela le père jeta sur sa fille un regard admiratif et était fier de présenter son bras qu’elle tenait pour se diriger vers l’entrée principale du Jardin Colonial. Quelques gardes républicaines étaient présentes pour rétablir l’ordre et frayer un passage au milieu de la foule. Monsieur le Gouverneur et son cortège se rapprochaient. Le roulement des tambours se fit entendre déjà au loin et les régiments d’infanterie et de cavalerie se rangeaient de deux côtés du chemin, écartant ainsi l’attroupement qui créait un brouhaha assourdissant.

— Pressons-nous jusqu’à la Grande Fontaine, père. 

— La Grande Fontaine ?  répliqua le père, stupéfait.

— Oui, père. Tout près de l’arbre aux multiples lianes. 

— Comment sais-tu tout ça Vanessa ? 

— Clément d’Ambreville m’a donné rendez-vous. Il nous trouvera une place privilégiée pour voir passer Monsieur le Gouverneur. Il est de service aujourd’hui. 

Clément d’Ambreville était le fils du riche propriétaire Henri Joseph d’Ambreville, arrivé dans l’île en tant qu’agent de la Compagnie des Indes dans l’année 1761. Il était au service de la Compagnie jusqu’à sa déconfiture en 1767. Retenu dans la Colonie par quelques amis spéculateurs il avait obtenu, grâce à ses relations parmi quelques personnes qui travaillaient dans l’administration royale, la concession de plusieurs hectares de terre encore en friche dans la région de Bagatelle située dans l’Est mais d’une fertilité à faire pousser toutes espèces avec une grande facilité. Il était parmi les premiers colons à poursuivre l’exploitation des cultures des arbres fruitiers et des plantes légumières qu’il vendait à des prix intéressants à la population. Ces espèces de première nécessité avaient besoin d’être plantées dans toutes les régions de l’île afin de fournir aux gens qui s’y rendaient pour travailler de la nourriture. L’occasion ne pouvait pas paraître plus propice pour donner une dimension à l’exploitation de ces cultures. D’autres cultures telles que les épices, aromatiques, médicinales succèderaient et propulseraient définitivement les exploitants à des gains pécuniaires considérables.

Aux faites, dans un premier temps, il était important à ces spéculateurs, dans le domaine agricole, de créer plusieurs pépinières qui serviraient de réservoirs d’une très grande variété de plantes destinée à être répandues dans toute l’île. Henri Joseph d’Ambreville avait su s’y prendre pour avoir une longueur d’avance sur plusieurs de ses concurrents.

Pendant que les colons commençaient à arriver et à exploiter les terres encore en friches reçues en concession Henri Joseph était parmi les rares fournisseurs en espèces végétales qui seraient en mesure de répondre aux demandes des clients pressés à alimenter leurs propriétés, champs, domaines de ces cultures qui, ils étaient bien persuadés, allaient faire leur fortune. Pendant la période de la révolution française quand les activités ralentissaient considérablement Henri Joseph avait cumulé déjà une fortune immense qu’il allait placer en ville dans une banque où il acquit une notoriété qui faisait toute sa fierté. Sa fortune établie, il ne trouva aucune peine à rencontrer la fille qu’il ferait sitôt sa femme et qui n’était autre que la fille du banquier qui s’occupait de son compte et qui l’aidait aussi en quelque sorte à gérer sa fortune. Cette fille encore jeune et bien belle lui donna en tout neuf enfants élevés tous dans la tradition et ayant tous reçus une bonne éducation qui les avait aidés considérablement à prendre les meilleures décisions dans les occasions importantes de la vie. Clément, le dernier, né juste après la signature du traité qui fit les Anglais quitter définitivement l’île était le préféré. Après avoir quitté l’école polytechnique avec succès et diplômes il avait choisi de devenir militaire malgré que sa mère le persuade de prendre autre chose. Elle nourrissait la crainte de perdre son fils sur le front comme elle en avait déjà perdu un frère lors des affrontements contre les anglais quelque temps de cela.

Clément d’Ambreville était un célibataire endurci. Il aimait fréquenter les bonnes sociétés, se faisait inviter dans des maisons ayant acquises une haute réputation, fréquentait les officiers de la garde républicaine et de la marine. Il se rendait souvent à la rade de Saint-Denis pour rencontrer quelques amis avec lesquels il allait passer des soirées dans des cabarets, des hôtels ou des théâtres où un artiste de renom venant de France présentait un spectacle. C’était ainsi qu’il avait rencontré Marie-Hélène de La Chaumière alors qu’elle apparaissait dans la loge en compagnie de la Marquise de la Savane, femme dont la réputation dans l’île plaçait bien au-dessus de toutes les sociétés. Marie-Hélène était une de ses beautés qui rendait fou les hommes dont le regard accrochait le sien. Son visage qui exprimait la douceur, ses yeux remplis de tendresse, son nez aquilin, relevé au bout pour la donner un air de princesse, laissaient pantois chacun de ses admirateurs qui étaient comme foudroyés par une telle apparition. Ce qui fut arrivé à Clément ce soir où leurs regards s’étaient croisés alors que dans la salle encombrée de personnalités la musique de Vivaldi coulait à flot, pénétrant dans chaque recoin de sa cervelle, éveillant dans son cœur les fibres sensibles de l’amour, les iris de ses yeux restaient figées devant une beauté qui allait hanter son imagination jusqu’au moment où le désir d’aller l’adresser la parole dans sa loge en présence de la personne qui l’accompagnait eut été assouvi. Marie-Hélène n’avait que dix-huit ans et son cœur s’était mis à battre comme elle ne l’avait jamais ressenti avant. Etait-ce l’amour qui pouvait déclencher une réaction pareille dans un cœur encore vierge et qui ne s’était jamais battu pour autre chose que pour satisfaire ses propres désirs tout le long de sa vie qui n’avait rien de particulier jusqu’au jour où ce même cœur se transforma à jamais par le flux de l’amour injecté par ses regards étincelants et remplis d’admirations lancés par Clément. Deux cœurs s’étaient rencontrés, s’étaient conversés dans le silence, s’étaient invités, s’étaient acceptés sans aucune condition. L’amour est né de cette rencontre. Ils s’étaient rencontrés en plusieurs occasions dans des endroits discrets sans pour autant mettre en péril la réputation de la jeune fille et c’était ainsi que lors de leur dernière rencontre Marie-Hélène avait eu cette invitation de se rendre devant le jardin colonial.

Le père qui voulait faire plaisir à sa fille ignorait complètement cet état de chose. Il était tout de même curieux de savoir qui était cet homme qui semblait avoir conquis le cœur de sa fille qu’il chérissait et surveillait tout le temps.

Vincent-François de la Chaumière suivait sa fille en cherchant dans la foule l’homme qui allait leur montrer le chemin. Cette idée ne le faisait pas plaisir que d’être complice et témoin de la rencontre arrangée entre sa fille et un homme qu’il ne connaissait pas du tout. Mais en imaginant que c’était dû à la naïveté et à l’innocente décision prise par la personne qu’il aimait le plus au monde il se ressaisit et suivait sa fille déjà prise d’un engouement et d’un enthousiasme démontré par la précipitation avec laquelle elle s’enfouissait dans la foule. Il avait du mal à la suivre et malgré la marée déferlante qui mettait tout le monde en ébullition il parvenait à se hissait à sa hauteur pour la protéger et pour se mettre à ses côtés en attendant l’arrivée du cortège.

Au même moment quelques cavaliers surgissaient de la foule et un passage de deux mètres de large était créé quand un des cavaliers aperçut Helene. Il fraya un chemin, dégagea les gens qui obstruaient et invita Helene et son père de le suivre. Ils traversaient le grand portail en fer forgé du Jardin Colonial et se dirigea le long du grand bassin avant d’atteindre un podium récemment monté et occupé déjà par quelques notables de la ville. Un monsieur portant redingote et chapeau haut de forme qui, semblait-il, avait déjà été prévenu de leur présence les accueillit et les plaça dans un endroit sur le podium où la vue était dégagée et où ils pouvaient, à l’écart de la foule déchainée qui criait « vive le roi », admirer Monsieur le Gouverneur et son cortège se dirigeant vers le Palais Législatif.

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