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Une invitation particulière

17 Mai 2016 , Rédigé par Kader Rawat

Une invitation particulière

Au cours de ce dîner improvisé et préparé à la hâte par madame Payet et Suzanne, Frédéric n'en finissait pas de s'étonner devant des plats divers une soupe aux crabes, une sauce aux crevettes pêchés dans la rivière, de concombres coupées en morceaux, de salades de laitues fraîchement cueillies dans le potager, de grosses tomates assaisonnées de la vinaigrette et du poivre, du riz mélangé avec d'oignons frites, du pain de campagne. Installé dans une salle à manger amplement éclairée par des becs à gaz suspendus au plafond, Frédéric et Henri demeuraient à table pendant longtemps à remplir leurs verres de petite quantité de ce liqueur qui incitait l'appétit et aidait la digestion. Henri avait mis du temps avant d'évoquer ses souvenirs stimulés assurément par la consommation de quelques verres de vin pays. Il se montrait par la suite loquace et parvenait à se rappeler des séquences qui lui revenaient à la mémoire et qu'il avait complètement oubliées. Dans son état normal il aurait eu bien du mal à remonter dans la profondeur de son imagination pour fouiller le passé, le décortiquer avec une exactitude étonnante. C'était de cette manière qu'il parlait de la première fois qu'il avait fait la rencontre de Mme Hoarau quand celle ci venait de débarquer dans le pays en compagnie de son mari. Elle était une de ces ravissantes femmes de l'époque qui avaient tout pour plaire et que chaque individu qui l'approchait se sentait soulagé, satisfait par la moindre considération portée à leurs égards. Mme Hoarau avait cette distinction qui éveille le respect, l'estime dans l'état d'esprit de ses admirateurs. Henri avait pour habitude de se rendre chez le docteur pour remettre une importante somme d'argent que son père lui confiait. Il attendait souvent ce moment qui lui permettait de faire ce long chemin à pieds pour se retrouver devant la maison des Hoarau et pour profiter de l'occasion pour s'attarder devant la porte afin de porter ses admirations sur toutes ces femmes distinguées qui évoluaient devant lui sans lui remarquer. Le docteur Hoarau, en gentilhomme avisé, ne le recevait jamais dehors. Il eut donc le privilège de s'introduire dans la somptueuse demeure, de s'asseoir sur un sofa confortable et même de siroter un verre de boisson agréable que la bonne le servait. Il avait l'habitude pour l'occasion de porter une tenue convenable et, en tant que fils de colon, il avait tout intérêt de soigner son apparence. Au début Mme Hoarau était une femme réservée qui ne se montrait pas souvent en société ni en public. Mais quand on la voyait elle était toujours accompagnée de son mari qu'elle aimait énormément. Les années passées ensemble dans l'île les avaient tout de même permis de conserver, d'entretenir la chaleur de cet amour qui n'avait pas connu vraiment de faille. Les enfants nés de cette relation avaient en quelque sorte consolidée le lien entre les époux et les facilités qu'ils avaient eues dans la vie les avaient rapprochés. Aucun nuage n'était venu obscurcir ce long parcours entrepris par deux êtres soudés par le serment et le vœu de vouloir vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire. De ce mariage stable dont le secret ne réside que par le fait de devoir vivre pour plaire à l'autre, les enfants qui y grandissaient en tiraient avantage. Leur destin y dépendait beaucoup et, pour forger leur caractère, pour leur inculquer de l'éducation, pour définir en quelque sorte une ligne de conduite, cette stabilité était nécessaire. Les bénéficiaires ne pouvaient pas se plaindre et quand ils se faisaient entraînés par le courant de la fortune et que toutes les portes s'ouvraient comme par magie ils n'en cherchaient pas plus et c'était là le vrai bonheur, dans cette harmonie qui régissait l'existence. Peu de familles parvenaient à concilier autant de facteurs importants et menaient une vie à leur guise sans laisser apparaître les moindres signes de faiblesse. Mais comme tout change avec le temps, et que l'habitude devient une deuxième nature, nombreuses années parvenaient à modifier énormément des choses de la vie. Mme Hoarau, bien que fortement attachée à son mari, prenait le destin de ses enfants en main et était seule à décider de leur sort. Cet accord avait été conclu suite à une entrevue personnelle avec son mari trop absorbé dans ses affaires pour s'occuper des enfants. Il avait laissé à sa femme le plein pouvoir sur la façon dont elle espérait aborder leur avenir. Elle informait par contre son mari de toutes les décisions graves qu'elle entreprenait concernant les enfants et lui tenait au courant des résultats obtenus. C'était ainsi qu'elle sortait progressivement de ce cocon familial pour rencontrer nombreuses personnes impliquées dans l'éducation de leurs enfants. Elle allait voir les maîtres pour se renseigner des progrès de ses enfants en classe. Elle choisit elle-même l'établissement scolaire qu'ils devaient fréquenter, fit leur inscription, discuté avec le directeur pour qu'ils obtiennent une classe intéressante où ils auraient toutes les possibilités de poursuivre leur éducation dans les meilleures conditions possibles. Ces démarches et les intérêts qu'elle portait à l'enseignement la firent acquérir la réputation de mère soucieuse de l'éducation de ses enfants et bon nombre de personnes suivaient ses exemples et en firent de même. Elle se retrouvait en peu de temps entourée d'autres mères de famille qui venaient la faire des confidences sur leurs problèmes personnels, qui la demandaient des conseils pour régler quelques affaires épineuses, sollicitaient son aide quand c'était nécessaire pour qu’elle intervienne en leur faveur auprès des personnes concernées et enfin la donnaient une telle importance qu'elle commençait par apercevoir qu'elle tenait une bonne place dans le cœur de tous ces gens. Quelques années plus tard, avec une réputation acquise sans le vouloir mais bien méritée pour ses nombreux actes de bienfaisance, Mme Hoarau figurait parmi les personnes dont les noms étaient souvent mentionnés au cours des conversations livrées dans les meilleures sociétés. Elle n'en tirait ni fierté ni arrogance d'autant d'égards portés sur sa personne. En plus de cela, elle endossait déjà le titre de la femme du docteur qui dans une société encore à l'aube de sa croissance la plaçait sur un piédestal que quiconque enviait. Au cours de nombreuses réceptions données pour célébrer quelques œuvres de charité, pour l'inauguration des hôpitaux ou même pour fêter un évènement lié au corps médical et dans lesquelles elle accompagnait son mari pour faire acte de présence elle se familiarisait avec une aisance étonnante avec d'autres personnes de haut rang avec lesquelles elle entretenait des conversations traitant des thèmes aussi divers que l'astronomie, la science et la technologie qui n'étaient pas encore des matières bien répandues à l'époque et dont les principales sources d'informations ne se trouvaient que dans des livres spécialisés que seuls les scientifiques possédaient. Son mari recevait par la poste de nombreuses revues qui parlaient de découvertes, d'inventions, d'actualités qu'elle prit beaucoup de plaisir à lire, à comprendre. Elle avait tout de même poursuivi son éducation jusqu'au baccalauréat avant que ses parents ne décident de la suivaient dans ses moindres occupations liées aux études. Tous ces labeurs ne pouvaient que la servir au moment où elle se confrontait à la réalité de l'existence et où elle avait à mettre en valeur son savoir faire et ses connaissances. Elle cherchait à faire autant pour ses enfants et pour elle c'était un immense plaisir de les assister, de les aider, de les encourager d'acquérir cette éducation si essentielle pour l'avenir, si précieux, si indispensable. De la femme amoureuse qu'elle était, elle avait su s'adapter à la femme responsable et consciente de ses devoirs envers ses enfants. Maintenant qu'elle était une femme mûre, épanouie, raisonnable quand elle avait décidé de gérer les affaires de son mari, c'était à ce moment que Frédéric qui ne l'avait aperçue qu'une fois devant l'église s'intéressait à la connaître pour demander la main de sa fille. Cette soirée passée en compagnie d'Henri Payet s'achevait bien tard avec l'esprit, l'imagination de Frédéric rempli de perspectives prometteuses, de plans solidement conçus, d'avenir réconfortant, de rêves pressées à réaliser. Frédéric avait eu à peine le temps de dormir cette nuit là tant il était transporté dans un monde imaginaire dans lequel il se voyait en train de vivre un amour sans pareil dans la compagnie de Nathalie. Ses préoccupations dans les jours qui suivaient étaient consacrées à se préparer assidûment pour le jour où il devait rencontrer Mme Hoarau afin de faire bonne figure quand il serait présenté à elle. Henri Payet qui devait la rencontrer dans les jours suivants trouverait une bonne occasion pour organiser cette rencontre sans éveiller de soupçon. Il voulait tout simplement éviter de se faire passer pour l'entremetteur parce qu'il voulait rester en dehors de cette affaire. Ainsi il n'aurait aucun compte à rendre à personne ni aucune explication à donner et ne se retrouverait pas dans une mauvaise posture si jamais par la suite les choses ne se passaient pas comme ils l'espéraient. Frédéric était tout à fait d'accord sur le principe et ne demandait pas plus que d'être introduit auprès de la personne concernée. Il assumerait tout seul le reste quelque soit le résultât. Il était conscient que toute la réussite de cette entreprise ne dépendait que de son savoir faire. Au delà du village de Tampon s'étendait la Plaine des cafres et plus loin la Plaine des Palmistes, un ancien cratère des siècles de cela et recouvert depuis d'une riche végétation et d'une variété exceptionnelle de plantes qui ne laissaient pas insensibles les géologues et même les botanistes. Le courant d'air frais qui parcourait la région en permanence et l'aspect pittoresque du site attiraient bon nombre de personnes en quête d'un coin tranquille et d'un lieu de repos pour passer les mois chauds de l'année. C'était ainsi que s'élevaient de part et d'autre de belles maisons rustiques qui donnaient un aspect de villégiature à cette plaine partagée à étage successif. La première fois que Mme Hoarau se rendit dans ce coin choyé, elle fut conquise par la douceur du lieu, la tranquillité et la forte senteur des fougères et des orchidées. Les enfants étaient encore petits quand elle convainquit son mari de faire construire pour la famille une grande maison entourée d'un jardin fleuri. Elle avait même investi dans la construction une importante somme d'argent pour agrémenter les pièces intérieures, pour les travaux de décors et pour l'édification d'une cheminée de briques nécessaire en hiver quand il fait très froid. Les beaux meubles en bois qui garnissaient les pièces étaient de première qualité et bien que la maison reste fermée une grande partie de l'année, des précautions étaient prises pour que les meubles gardent leurs éclats et leur consistance. L'humidité étant considérée comme le pire ennemi des objets laissés à l'abandon, Mme Hoarau avait engagé un couple âgé qui habitait dans un pavillon à côté pour entretenir la maison, les accessoires, le jardin et la cour. Plusieurs fois par an et plus souvent pendant la saison chaude les Hoarau organisaient des réceptions et conviaient nombreux amis, parents et relations avec lesquels ils avaient des liens étroits. Ils arrivaient tous en voitures, certains depuis la veille et pour lesquels des dispositions étaient pris pour passer la nuit et ils se réunissaient le jour convenu pour s'amuser dans le jardin devant un feu de bois au-dessus duquel des gibiers étaient suspendus. Certains étaient regroupés dans la maison où un gramophone jouait la dernière chanson à la mode et où une piste de danse attendait ceux qui en avaient l'envie; d'autres se trouvaient dans la cour où une longue table garnie d’abondant amuse-gueule, des gâteaux, des pâtés, des salades, des fruits, des boissons attendaient les invités. Frédéric Grondin se trouvait justement au milieu de cette fête en compagnie d’Henri Payet un mois après qu'ils s'étaient quittés la dernière fois. Le procédé était simple pour que Frédéric Grondin ait son invitation pour marquer sa présence dans une telle société. La dernière fois qu'Henri Payet avait rencontré Mme Hoarau il l'avait fait part qu'un ami qui était agent commercial souhaitait la rencontrer pour discuter affaire. Mme Hoarau avait pris des renseignements sur la personne en posant quelques questions pour satisfaire sa curiosité et pour se faire aussi une idée de qui il s'agissait et, étant donné qu'elle donnait une réception dans peu de temps, pourquoi ne pas profiter pour emmener la personne. Ce qui avait en quelque sorte arrangé les affaires. Agent commercial paraissait une étiquette qui donnait une certaine importance à la personne et Frédéric lui-même n'aurait pas trouvé meilleur terme pour qualifier ses activités et il lui en fit infiniment reconnaissant. Les invités continuaient à arriver au milieu de l'après-midi de ce samedi tant attendu et ils étaient tous habillés convenablement. Dans le climat agréable de la plaine et par une journée ensoleillée les femmes, qui portaient des robes dans lesquelles leur corps était bien moulé et qui étaient couvertes presque toutes de chapeau de couleurs variées, se rendirent dans le jardin pour faire de petits groupes et pour livrer conversation à cœur joie. Leur visage souriant, relevé par le fard et autres produits de beauté devant coûter extrêmement chers, exprimait la joie de vivre et avait un tel éclat qu'aucun défaut n'était perceptible. L'air vivace, pimpantes, coquettent elles brillaient, étincelaient dans la lueur jaunâtre du soleil couchant. Les hommes se retrouvaient dans la cour, certains parlaient de la politique, d'autres des affaires, des potins et des ragots. Frédéric connaissait nombreux de ces personnages qu'il avait au moins une fois croisés sur son chemin. Sa présence dans ce milieu ne pouvait pas laisser insensible bon nombre de gens qui lui connaissaient de visage. Il se trouvait en compagnie d'un riche négociant qu'il venait de rencontrer et qui se trouvait lui-même par hasard dans la fête, ayant fait tout récemment connaissance de Mme Hoarau et avait conclu avec elle un marché fort intéressant, ce qui expliquait en quelque sorte de quelle manière l'on pouvait exprimer sa reconnaissance et comment un remerciement pouvait être aussi significatif. Frédéric se sentait quelque peu éclipsé au milieu de tous ces gens importants et, désirant faire bonne figure pour laisser la meilleure impression de lui-même particulièrement aux yeux de Mme Hoarau à laquelle il n'était pas encore présenté, il n'hésitait pas de se lancer dans des discussions sérieuses touchant l'économie, le commerce, les affaires, la politique, ce qu'il y avait de mieux pour raviver une conversation, la donnant une dimension qui incitait ses interlocuteurs à y intéresser de vives voix. Le docteur Hoarau était présent à la réception, étant de retour peu de temps de cela mais dont la santé n'était pas bonne, une grippe qu'il traînait depuis quelque temps et qui l'avait affaibli de telle sorte qu'il ne demeurait pas pour longtemps parmi les invités. Frédéric avait eu tout de même l'occasion de le rencontrer et Henri Payet avait fait la présentation. Ils avaient échangé quelques brèves paroles de politesses et s'étaient séparés chacun de son côté, emportés par les incessantes sollicitations qui rapprochaient et éloignaient les uns les autres dans ce cercle qui ne cessait de grossir. Les lumières étaient allumées, la musique se jouait à fond, les gens avaient commencé à manger, à boire, à danser, à parler de tout et de rien. Frédéric se trouvait en compagnie de quelques messieurs parmi lesquels Hubert Boyer, homme influent qui siège au Conseil Général, Christophe Dijoux, adjoint maire du village qui présentait lors des campagnes électorales des dernières élections un programme d'intérêt général qui attirait nombreux sympathisants, un agent administratif haut placé et un directeur de service maritime. Mme Hoarau était en compagnie d’Henri Payet et se trouvait à peu de distance du groupe. Frédéric ne trouvait pas meilleure occasion pour se retirer discrètement du groupe et se diriger à la rencontre de Mme Hoarau. — Bonsoir madame Hoarau. Depuis que je suis arrivé je cherche une occasion de vous rencontrer et de vous remercier en même temps de l'honneur que vous m'avez fait en m'invitant à cette réception. Ah quel festin ! Permettez-moi de me présenter. Frédéric Grondin, dit Frédéric en tendant la main à Mme Hoarau. — Je suis contente que vous soyez venu, monsieur Grondin. — Frédéric. Vous pouvez m'appeler Fréderic. — Effectivement Fréderic, Henri m'a parlé de vous et je me suis dit que c'est une bonne occasion pour vous demander de venir assister à une petite fête que je donne, répondit Mme Hoarau en présentant sa main que Fréderic tenait avec une extrême délicatesse et un enthousiasme qui démontrait combien il était reconnaissant, j'espère que vous vous amusez bien. — Énormément, je vous remercie, répondit Fréderic en libérant discrètement la main de Mme Hoarau. Je dois vous féliciter de la réussite d'un tel banquet. Tout a été si bien calculé qu'on ne peu que profiter de chaque instant de bonheur qui nous attend. — C'est très flatteur de votre part. Mais pour moi c'est un peu trop tôt de le dire. Enfin j'espère que tout le monde seront satisfaits. — Mme Hoarau a l'habitude d'organiser des fêtes aussi grandioses, dit Henri Payet, elle connaît le secret pour maîtriser la situation. — Il ne faut pas exagérer. Il n'y a rien de comparable aux autres festins donnés ailleurs. C'est une petite fête qui réunisse parents proches et bons amis. Il est bien de se rencontrer de temps à autre pour passer de bons moments ensemble. Cela permet de resserrer le lien familial qui prend un peu de recul avec le temps passé dans le travail, de permettre aux amis absorbés dans leurs occupations quotidiennes de se retrouver autour d'une table pour évoquer de vieux souvenirs. Autrement nous avons tous tendance à nous laisser emporter par tous nos menus soucis que nous commençons par oublier l'existence des autres. Les rapports que nous avons toute raison d'entretenir ne doivent pas subir à une telle transformation tout simplement parce que nous négligeons à prendre l'initiative nécessaire pour remédier la situation. Il suffit de réaliser comment l'on ne peut pas reconnaître un membre de sa famille quelque part ailleurs pour comprendre combien il est important de garder l'amitié en continuant à fréquenter les autres. La faute incombe aux grands de donner l'exemple pour que les générations qui viennent après puissent en faire autant. Sinon qui est la faute si les enfants ne connaissent pas un membre de leur famille? Qui? — Effectivement, l'évolution a toujours tendance à changer la société, dit Frédéric, la modeler selon les idées nouvelles qui ne sont pas en conformité avec les principes de base nécessaires à préserver la vraie valeur morale qui contrôle nos actes et dirige nos pensées. Les déclins constatés dans la nature humaine et qui passent toujours par les faiblesses des sentiments provoquent énormément de dégâts dans les rapports que les êtres établissent entre eux-mêmes. C'est une recrudescence incontrôlable dans le comportement humain qui devient dangereux au fil des années voir même des générations. Rien et personne ne pourrait arrêter ce fléau dévastateur qui en gangrène la société, la rende malade de telle sorte que beaucoup d'innocents en payaient les frais et cela est bien dommage. — C'est pour cette raison qu'il faut absolument faire des efforts pour éviter d'arriver jusque là, dit Mme Hoarau en invitant Frédéric à se rendre dans le jardin, "vous avez une vision très perceptible de ce que l'avenir peut représenter et je suis contente de vous l'entendre dire. Nous avons, me semble-t-il, les mêmes idées et je suis confiante que nous allons bien nous entendre. Henri me dit que vous êtes dans les affaires et puis-je savoir de quelle affaire s'agit-il?" Mme Véronique Hoarau et Frédéric Grondin marchaient l'un à côté de l'autre dans la grande allée bordée des marguerites et éclairées des lampadaires. Les dames s'étaient regroupées pour livrer conversation loin des oreilles indiscrètes et sans se faire dérangées par leur mari. Elles papotaient en poussant de grands éclats de rire qui résonnaient jusque dans le lointain. Mme Hoarau et Frédéric continuaient de parler pendant un bon moment avant que quelques personnes qui désiraient rencontrer Mme Hoarau se joignirent à eux et mirent fin à leur discussion qui s'avérait fort intéressant. Ils se séparèrent en se promettant de se retrouver une prochaine fois pour continuer la conversation. C'était ainsi que Frédéric obtint l'accord de Mme Hoarau de venir la rendre visite dans les jours qui suivirent pour parler affaire. Quand la fête approchait à sa fin, Frédéric avait fait les démarches nécessaires pour saluer Nathalie qu'il avait trouvée en compagnie de plusieurs jeunes filles au fond du jardin. Il avait hésité d'aller l'adresser quelques paroles afin de ne pas attirer l'attention des autres qui devaient assurément garder sur lui un œil rempli de méfiance et de curiosité. Il était tout de même satisfait de sa soirée.

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