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Un amour de jeunesse: Chapitre 6 Je donne naissance à un fils

16 Avril 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

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Tome 2   

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 Tome 3

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CES PAYS LOINTAINS

 

Tome 1

La belle étrangère

Tome 2

Le domicile conjugal

Tome 3

Un ange à la maison

 

Le bon vieux temps

 

Les naufragés

 

 

Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

 

© Kader Rawat Février 2013

 

Tous droits réserves

 

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Chapitre 6

 

Je donne naissance à un fils

 

Devika était une femme remarquable. Elle m'avait plu tout d'abord par sa façon très particulière de me livrer conversation dans laquelle elle me découvrait des aspects cachés de son caractère. Elle me parlait souvent de sa vie à Maurice avec ses parents. Issue d’une famille nombreuse elle avait connu une enfance heureuse dont le souvenir refoulait dans sa mémoire bien souvent. Elle avait pris un infini plaisir de parler de ce temps pendant que nous nous retrouvions les soirs après le repas dans le salon. J'appris qu'elle habitait à Quatre-Bornes et que son père était avocat. Elle était élevée dans une superbe maison à étage en compagnie de ses cinq frères et de ses quatre sœurs. Parmi les membres de sa famille certains étaient docteurs, d'autres instituteurs et avocats. Elle était destinée à réussir dans la vie. Après avoir terminé ses études au collège Queens Elizabeth, ses parents décidaient de l'envoyer en Angleterre pour étudier la médecine.

Elle avait voyagé avec de grandes ambitions. Elle avait à peine vingt ans quand elle débuta ses études médicales. Elle ressemblait beaucoup à ces filles indiennes que j'avais connues au lycée. Elle était belle. A l'hôpital où elle se rendait pour suivre ses cours d'anatomie elle rencontrait un jeune docteur qui ne nommait Ajay et qui se montrait très intéressé à elle. Elle ne tarda pas à tomber amoureuse du séduisant docteur et à avoir avec lui de nombreuses aventures avant qu'elle n'apprenne qu'il était marié et qu'il vivait avec sa femme dans une villa à quelques kilomètres de l'hôpital. Elle était déjà enceinte et aurait dû interrompre ses cours pour accoucher. Le docteur Ajay Chowdurry était originaire de l’Inde. Il avait connu en compagnie de Devika un bonheur immense. Il réussit à persuader Devika d'abandonner ses études pour élever son enfant. C'était une décision difficile à prendre. Quand elle échoua à ses examens, elle décidait de consacrer son temps à s'occuper de son enfant et à attendre le docteur Ajay qu’elle voulait rendre heureux. Elle fut logée dans un modeste appartement où le docteur alla le trouver pour passer des moments agréables. Elle lui donna deux enfants en tout avant que ne s'éclatât le scandale qui allait mettre un terme à cette vie heureuse qu'elle avait commencé à mener. La femme d'Ajay était venue la trouver pour la proférer des menaces. Comment savait-elle qu'elle habitait cet appartement ? Le docteur Ajay avait commencé à négliger sa femme et ses trois enfants depuis qu'il connaissait Devika. Il se rendait rarement à son domicile conjugal. Il n'était pas non plus en bon terme avec son épouse. Ses enfants en souffraient beaucoup. Sa femme avait été informée de sa liaison avec Devika. Elle avait fait venir son oncle de l'Inde pour mettre de l'ordre dans son ménage. Devika savait qu'elle ne pouvait pas garder Ajay pour elle. Elle n'avait pu rien faire pour empêcher le docteur de retourner en Inde. Elle se retrouvait toute seule avec ses enfants. Mais le docteur Ajay l'avait laissé une importante somme d'argent pour élever les enfants. Elle ne voulait pas dépenser cet argent. Elle l'avait gardé précieusement dans une banque et s'était juré d'en avoir recours si c'était vraiment nécessaire. Devika décida de déménager. Elle loua deux petites chambres dans le quartier pauvre de la ville. Elle avait commencé à travailler. Elle ne percevait pas beaucoup d'argent et faisait d'énorme sacrifice pour atteindre la fin du mois sans se faire des soucis d'argent Elle recevait régulièrement de l’argent de ses parents à Maurice et se permettait l'achat de quelques bricoles qui étaient utiles pour la maison et des vêtements dans le marché aux puces. Quand elle apprit que son oncle se rendait en Angleterre et souhaitait la rencontrer elle décida de quitter le pays. Elle retirait tout l'argent qu'elle avait dans la banque, vendit tous ses meubles et embarqua avec ses enfants dans le premier navire qui l'emmena à Marseille.

Elle logeait pendant quelques jours dans un petit studio. Elle trouvait de l'emploi chez un dentiste. Ses deux années de cours de médecine l'avaient donnée suffisamment d'expérience pour la permettre de percevoir un salaire confortable. Elle habitait déjà pendant plusieurs mois dans l'immeuble des Immigrés quand je débarquais. Ses enfants étaient très sages et bien élevés. Ils m'appelaient tante et venaient souvent me voir pour prendre de mes nouvelles. Quand je me rendais chez Devika je les trouvais toujours plongés dans leurs études. Le fils s'appelait Raj et la fille Nargis.

Devika m'inspirait une confiance absolue. Elle me paraissait si sincère, si franche, si honnête que je n'avais pu m'empêcher de la mettre au courant de ma situation et de raconter ma vie dans les détails. Après le dîner, quand les enfants étaient couchés, Devika venait me voir dans ma chambre pour parler des choses de la vie jusqu'à fort tard le soir. Parfois je me rendais chez elle pour causer de tout et de rien sans jamais nous lasser. Nous partagions nos confidences, évoquions nos souvenirs, parlions de nos griefs, des déceptions que nous avions essuyées, des bonheurs que nous avions connus pour éprouver ensuite un grand soulagement.

Nos voisins étaient des gens respectueux et tranquilles. Je me plaisais parmi ce petit monde qui représentait pour moi une grande famille à laquelle je tenais énormément. Mes visites chez le gynécologue me rassuraient de la grossesse parfaite que je faisais. Mon ventre était énorme au moment où j'approchais les dernières semaines. J'effectuais en compagnie de Devika de longues marches dans le quartier. Cela me donnait l'occasion de visiter certains recoins cachés de la région. Nous profitions des dimanches pour emmener les enfants se promener au bord de la mer, dans des parcs ou des foires animées par les gens du quartier.

Devika qui n'était pas habituée de sortir prenait énormément plaisirs de ces randonnées. J'avais l'impression de l'avoir redonné du goût à l'existence. Je dois toutefois avouer qu'elle était une femme très brave pour affronter la vie toute seule. Il est arrivé un temps où les femmes ne veulent plus être dominées par les hommes. La preuve en est que les femmes également parviennent à assumer des responsabilités sans avoir besoin de l'aide de personne. L'émancipation de la femme modifie le rapport qui unit l'homme à la femme. Il est toutefois indéniable que des inégalités existent encore dans l'attribution des salaires. Mais la force de chose ne tarderait pas à remédier des situations comme telles. La femme ne représente qu'un objet de plaisir sur lequel les hommes imaginent pouvoir défouler leur débiliter. Les violences qu'on entend tous les jours ne se font que par la main et l'esprit de l'homme. Les viols, les crimes, la guerre ne sont que l'acte de l'homme.

La femme a toujours été la première victime. L'homme est né égoïste et veut tout avoir à lui tout seul. Le partage n'est pas son fort. La femme est désignée à procréer et à peupler le monde. Elle conçoit dans le calme et délivre dans la douleur. Les hommes ne savent rien, ne sentent rien. Ils se croient pourtant forts.

Un couple très particulier venait habiter notre immeuble. Ils ne cessaient pas de se disputer et d'élever la voix depuis qu'ils occupaient la chambre au-dessus. C'était désagréable de les entendre à longueurs de journée et la nuit. Le concierge aurait dû intervenir à plusieurs reprises. Ils avaient une étrange façon d'aimer. Ils étaient partis un beau matin et n'étaient plus revenus fort heureusement pour nous.

Un samedi après-midi je me trouvais au centre ville en compagnie de Devika. Je profitais de la demi-journée pour faire des emplettes et pour acheter des layettes. Nous attardions souvent dans des grandes surfaces et des arcades. Devika me conseillait de ce que je devais m'acheter avant mon accouchement. En prenant le chemin du retour à une heure tardive je tombais sur Rachid. Je ne lui avais pas reconnu. Il avait complètement changé. Il était vêtu d'un vêtement sale et déchiré. Il avait l'air content de m'avoir rencontrée. Il voulait savoir où je me logeais. J'avais préféré ne pas lui donner mon adresse et avais fais de mon mieux pour me débarrasser de lui le plus rapidement possible. Je prenais tout mon temps dans le métro pour raconter à Devika de quelle manière j'avais connu Rachid et ce que j'avais appris sur lui. Elle approuvait la façon dont je m'étais comportée envers un individu de ce genre, me disant que nous ne devrions faire confiance à personne. Je ne savais pas de quelle manière Rachid parvint à connaître mon adresse. Il s'était présenté à deux reprises devant ma porte alors que j'étais absente. Je jouissais d'une bonne réputation dans mon quartier et craignais que Rachid ne vienne ternir cette image que je voulais garder. Bien résolue de lui dire que je ne voulais plus le voir sous aucun prétexte je l'attendais de pied ferme pendant plusieurs jours sans qu'il ne se présente.

Un matin je me réveillais avec des douleurs atroces. Devika me fit transporter à l'hôpital où je mis au monde un beau bébé que je nommais Abkar et qui signifie "grand". Cet enfant fut toute ma joie, tout mon bonheur, toute ma raison d'être. Je me sentais fière de l'avoir conçu et l'avoir eu au terme de grands sacrifices et de grands efforts. Quelques jours plus tard, à ma sortie de l'hôpital, j'avais le cœur serré en lui trouvant déjà privé de son père. Je devais lui en trouver un si c'était nécessaire. Mais qui acceptera de jouer ce rôle dans ce monde quand l'enfant ne lui appartient pas ? Pourtant son vrai père existe. Je me disais que je ferais mieux d'aller à sa recherche et de lui annoncer la nouvelle. Bien que j’ignore son adresse je savais en tout cas qu'il habitait Paris. Mon intention était de lui informer qu'il avait un enfant. Libre à lui maintenant de le reconnaître ou pas. Je voudrais qu'Akbar soit élevé dans des conditions normales. L'absence d'un père dans unfoyer cause un grand handicap à l'enfant qui y grandit. Les enfants de Devika me faisaient pitiés parfois. Ils avaient l'air profondément éprouvés par la vie. Je voulais éviter que mon fils connût un sort semblable. Il est bien vrai que le destin est varié. Si je tournais mon visage vers des nouveaux horizons c'était pour préparer l'avenir de mon fils. Devika me donnait entièrement raison de vouloir retrouver le père d'Akbar.

– Un enfant a besoin d'un père pour s'occuper de lui,  me disait-elle, et la femme a besoin de l'homme qui sera capable de l'aimer aussi profondément qu'elle le désire.

– Je ne suis pas sûre si Christophe a besoin de moi dis-je. Il m'a certainement déjà oubliée. Cela ne change rien de la situation.

– L'enfant est de lui. Il est bien le père ? Donc où est le problème ?  répondit Devika.

– C'est ridicule pour moi d'imaginer que ma vie pourrait s'arranger aussi facilement. Quand je pense aux peines que j'ai données pour porter cet enfant pendant neuf mois je peux difficilement accepter l'idée de lui voir méprisé ou maltraité par l'homme qui partagera ma vie. Tu as eu la chance Devika d'avoir connu le seul homme qui a su t'aimer avec autant de dévotion. Ce n'est pas pour autant qu'il est resté fidèle à toi. La plupart des hommes sont cruels. Ils se permettent de jouer avec le cœur des femmes. Ils délaissent leurs progénitures à notre charge sans se faire le moindre souci. Nous sommes toujours victimes de leurs irresponsabilités. Quelle confiance nous inspirent-ils vraiment ? Pourquoi avons-nous besoin d'eux ? Nous avons notre courage et nous devrons leur prouver que nous pouvons nous battre nous aussi pour gagner notre vie, pour n'avoir plus besoin de nous dépendre désormais d'eux.

 – Et moi j'en souffre énormément de cette rupture. Je n'ai jamais eu le courage de dire à mes enfants que je suis séparée de leur père. Je leur fais toujours croire qu'il est parti dans un autre pays et qu'il ne retournera pas sitôt.

– Pourtant ils sont arrivés à l'âge de connaître la vérité. Tu dois la leur dire un jour ou l'autre.

– Tu as raison, Yasmina. Je dois les préparer pour leur faire un tel aveu.

– Tu dois aussi penser à te marier Devika.

– Mais de quoi me parles-tu là ? Il ne s'est rien passé de méchant entre Ajay et moi. Je garde encore l'espoir de le retrouver, Yasmine. Je veux lui garder fidélité. Aucun homme ne m'intéresse au monde si ce n'est pas Ajay. Je me débrouille pas mal. Je pourrais continuer à vivre ainsi tout le temps si cela s'avère nécessaire. L'attente ne me fait pas peur.

– J'ai connu un amour factice. J'ai été dupe. Je n’ai rien à attendre de cet amour. Je souhaiterais bien rencontrer Christophe. Nous pouvons décider ensemble de ce qu'il nous reste à faire. Mais avant tout j'ai besoin de mettre un peu d'ordre dans mon état d'esprit fragile encore après mon accouchement. Franchement te dire, pour l'instant cela ne me tente pas d'associer ma vie, mon existence, et celle de mon fils au destin d'un homme qui ne se soucie pas de nous. Je préfère assumer mes responsabilités comme je peux.

– N'as-tu jamais songé de rentrer chez toi à la Réunion Yasmine, pour retrouver ta famille? Cette idée me trotte souvent dans la tête. Mais moi comment retourner dans mon pays à Maurice avec deux enfants sur les bras. Les parents m'attendent avec des diplômes ? Ma vie est déjà foutue en l'air. Je ne les ai pas donnés de mes nouvelles depuis que j'ai quitté Londres. Je suis venue me réfugier ici pour cacher ma honte. Je n'ai pas de visage à montrer à mes parents. Je sais que j'ai commis un péché grave et je n'ai pas d'excuse pour me présenter devant mes parents. Je sais que je ne serais jamais acceptée au sein de ma famille pour l'avoir déshonorée. Donc la seule chose qu'il me reste à faire c'est d'expier mes fautes, de supporter mes souffrances Et puis je dois reconnaître que l'amour que j'éprouvais pour Ajay au début de notre liaison m'avait fais transgresser les lois de la moralité. Je savais qu'il était marié et je lui avais encouragé à commettre l'adultère tout en étant sa maîtresse. Je suis en train de subir aux conséquences et me résigne à accepter mon sort comme tel. En élevant mes deux enfants, j'ai eu des expériences de la vie que je ne peux oublier sitôt. Je te vois aujourd'hui dans la même situation que j'étais cinq ans de cela.

– Je dois te remercier pour les aides que tu me portes et les précieux conseils que tu me donnes pour m'éviter de commettre des erreurs. Ces quelques jours que j'ai passés au lit m'ont permis de réfléchir sur la façon dont j'envisage d'aborder l'avenir. Cela m'attriste de te voir te tuer dans le travail dès le matin jusqu'au soir sans pouvoir consacrer un peu de ton temps à tes enfants. Je n'aurais pas souhaité vivre comme ça.

Devika partageait mes idées et m'avouait qu'elle vivait une existence contraire à ce qu'elle souhaitait. Elle ne pouvait pas satisfaire ses aspirations dans un monde qui la déçoit et la fit subir les épreuves les plus dures. Notre vie, elle et moi, n'était qu'une copie conforme qui avait tendance à nous rapprocher et à nous unir dans nos liens d'amitiés. Je profitais quelque peu de ce rapprochement pour parler un soir à Devika de mon désir d'habiter une grande maison à la campagne mais quand elle imaginait les charges à supporter et les risques à courir à demeurer toute seule elle avait préféré ne jamais penser. Mais l'idée ne la déplut pas d'habiter à deux une grande maison. Après avoir fait mes calculs j'étais arrivée à la conclusion que nos revenus modestes ne nous donnaient guère la possibilité de louer une maison du genre colonial qui nous rappelait beaucoup certains coins bien choyés de notre île. Nous n’avions jamais plus parlé après.

Avant de reprendre mon travail je décidais de chercher une personne pour s'occuper d’Akbar. Il se portait bien par la grâce de Dieu. Je lui avais fait faire ses premières visites médicales et avais commencé déjà ses vaccins. Il prenait ses biberons à sa soif régulièrement et se réveillait même le soir pour en chercher davantage. Il poussait des grands cris tard dans la nuit et je craignais qu'il ne réveillât les voisins. Les enfants de Devika aimaient beaucoup jouer avec lui. Ils passaient des heures devant le berceau pour lui faire des grimaces et pour lui toucher les mains et les joues avec leurs petits doigts. Devika m'invitait souvent chez elle pour boire une tasse de thé le soir. Nous nous installions dans le salon pendant que les enfants jouaient dans la chambre à côté et qu’Akbar dormait dans mes bras. Notre conversation se rapportait souvent sur nos menus problèmes. Devika voulait m'emmener une jeune femme pakistanaise qu'elle connaissait depuis un certain temps. Elle me donnait l'assurance de son honnêteté et de sa bonté. Elle s'appelait Sheinaz et vivait avec ses parents depuis que son mari avait trouvé la mort un an de cela. Elle se présentait chez moi quelques jours plus tard. Je l'engageais tout de suite.

Mon congé de maternité approchait à son terme. Akbar commençait à s'adapter au rythme de la vie. Il se montrait sage dans la journée de manière que Sheinaz n'éprouvait pas de problème à s'occuper de lui. Cela me permettait de me reposer. Je descendais en ville pour faire des courses et me permettais de m'absenter de la maison pour un bon moment sans me faire du souci sachant qu'Akbar était en main sûre. Sheinaz  attendait mon arrivée pour rentrer chez elle. Pour inscrire les enfants à l'école Devika aurait besoin des pièces administratives qu'elle devait récupérer à Londres. Elle décida de s'y rendre avec les enfants. J'étais inquiète quand elle était partie. Elle me téléphona dans mon travail le jour suivant pour me dire qu'elle avait fait un bon voyage. Elle se logeait dans une pension de famille et serait de retour dans une semaine. Je l'attendais avec impatience.

Une semaine plus tard elle me prévenait qu'elle était retenue pour compléter d'autres démarches dont elle n'avait pas voulu me révéler la nature par téléphone.

Je compris que cela devait être très important. Je brûlais du désir d'en savoir davantage. Elle rentrait un samedi après-midi. Dès que je l'avais aperçue au fond de l'allée, je savais qu'elle avait une bonne nouvelle à me donner. Elle me racontait que quand elle était en Angleterre elle avait hâte de faire un tour dans l'hôpital où elle suivait les cours. Elle était allée rencontrer des anciens collègues pour prendre de leurs nouvelles. C'était là qu'elle apprit que le docteur Ajay la cherchait et qu'il avait laissé probablement des messages au concierge de l'immeuble qu'elle habitait quand le docteur était parti. Elle se précipitait vers l'immeuble. Le concierge affirma qu'il y avait un message pour elle mais il ne se souvenait plus où il l'avait mis. Après de vaines recherches qui duraient plusieurs heures le concierge parvenait à mettre la main sur l'unique lettre qu'il remit à Devika.

C'était une lettre qui datait plus d'une année auparavant. Le docteur Ajay la découvrait ses profonds sentiments et ses désirs les plus chers de pouvoir partager son existence avec elle. Il ne cessait de penser à elle et aux enfants. Il souhaitait tellement les avoir auprès de lui. Il les avait cherchés partout pendant des semaines. Il les attendait à tout moment. Elle devrait s'adresser chez un notaire à Londres où elle serait informée des autres dispositions prises à son égard. Le notaire la reçut dans la journée même. Il sortit son dossier et l'informa que le docteur Ajay Chowdurry avait mis à sa disposition une très grande maison à New-Delhi, 146, Ramprasad Road. Si Devika acceptait de rejoindre le docteur Ajay à New-Delhi elle n'avait qu'à donner son accord au notaire qui ferait le nécessaire pour les passeports, le visa et les billets de passage. C'était une décision qui demandait réflexion. Devika voulait avoir mon avis avant de téléphoner au notaire. Je ne pouvais pas faire mieux que de l'encourager à aller rejoindre le docteur Ajay en Inde. Elle devait saisir sa chance. L'avenir de ses enfants y dépendait beaucoup. Elle avait pendant longtemps pataugé dans la misère pour ne pas éprouver de la joie de voir de belle perspective s'ouvrir devant elle. Combien ne remerciait-elle pas le Dieu Vishnou d'avoir entendu ses prières. Elle avait des idées confuses et ne savait comment démontrer son enthousiasme.

L'ombre de la tristesse s'était emparée de moi quand je constatais que j'allais perdre une amie. Devika se dirigeait vers le bonheur que tout le monde aspire. J'étais heureuse de constater que sa vie s'arrangeait de cette manière. Mes bénédictions les accompagnaient partout. A qui allais-je confier mes peines et qui allait m'écouter et me consoler ? Maïs si le destin avait voulu nous séparer de cette manière après que nous ayons trouvé dans la douceur de l'amitié tous les bonheurs qui nous avaient accompagnés dans notre vie solitaire, nous étions obligés de l'accepter sans nous rechigner. Nous n’avions aucun regret pour ces moments inoubliables que nous avions passés ensemble et dont nous gardions de merveilleux souvenirs. Je me réconfortais en énumérant les raisons plausibles qui poussaient les gens étroitement liés à se séparer. Je parvenais à atténuer mes peines en imaginant Devika dans son bien-être, entourée de sa petite famille, à savourer le confort que sa nouvelle vie allait la procurer. Ce tableau me revenait si souvent à la mémoire que je ne pouvais ne pas le raconter à Devika. Elle éprouvait les mêmes peines à se séparer de moi. Mais elle ne me cachait pas ses joies d'aller à la rencontre de l'homme qu'elle n'avait cessé d'aimer. Je cherchais donc à partager avec elle ce bonheur auquel elle aspirait tant.

 

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A love of youth Chapter 5

8 Avril 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

       By working this novel I focus on information that help me to choose a theme that would  interest readers fond of stories of manners, problems of society. I still feel a great pleasure to talk about the past and evoke the sequences as they presented at that time. The image that gives our society with this intermixing of people of various origin - where different beliefs - can make me treating this topic related to cohabitation, to evoke the sublime understanding between people of varied ethnic and to imagine a story that could be experienced by each of us or people we know. This is one reason why I'll be able to say that many people can recognize or identify themselves through each of the characters mentioned in the narrative. For this it would have been enough for me to go look in the crowd for a central character and follow him or her in his/her movements. A young girl filled with ambitions and a poor family seems like a good pretext for an ideal start to address the subjects I want to develop.

Kader Rawat

 

 

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A love of youth

 

 

Chapter 5


Alone in an immense city


I felt lost in front of the immense city. It seemed old and had a strange fascination on me. The peculiar aspects of the buildings frightened me. I stood up on the embankment after saying goodbye to Florence. I felt alone and had no idea of what to do. Rachid asked me to wait for him. He wanted to find an appropriate lodging for me. I was in a tough situation, so it was useless to ask me twice. I was happy and even touched by his kind gestures. He had a greater experience than me to find a lodging. Therefore, I trusted him. I stayed a long time in the shade projected by the high wall of a building. It was doing warmth. A tremendous hunger gnawed at me. I bought some croissants and fruit juice in the café across the street. The clock of the church indicated ten and a quarter when Rachid joined me in an old car. Two of his cousins accompanied him. They were  amusing and talkative. Later, we drove along the narrow shady streets, boarded by dilapidated buildings. The car made a lot of noises while climbing the hills.I knew that we avoided the towns and took shortcuts by crossing the districts of immigrants.I was tired and fell asleep. I woke up when the car stopped in front of an old building.It was a humble pension mostly occupied by immigrants. A room was free on the second floor.Rachid came and ask me if I would enjoy staying here. I wanted to take a rest and answered I did not mind spending a few days here. They brought my luggages to my room while I paid the bill at the desk.

Rachid invited me to have lunch in a restaurant situated within walking distance of the pension.In spite of my embarrassment,  I could not refuse.We spent a pleasant moment together. While we were around the table talking about everything, a friend came to see Rachid and whispered something in his ear. His face thoroughly changed. I understood that it was serious. Rachid was sorry to leave for a moment. I seized the opportunity to say to him I had to go back to unpack my suitcases and take a rest. I thanked him for what he did for me. While Rachid and his buddy went to a corner to speak, I left the restaurant and went quietly to the pension. It was three o'clock when I finally arrived in my room. I ran some water and stayed a long time in the bath. In the evening, I slept like a log. The following morning, as I was on the terrace for breakfast, Rachid came to tell me that I will not see him for a while. He had some work to do in other cities.I assured him that I will get by and he must not worry about me. However he insisted to introduce me to a distant cousin called Mamoud. He was a boy of approximately twenty years. I met him a little later. He was Algerian and had been working for some years in Marseille. His parents were killed during the Occupation. He was living with an aunt who did not take care of him and spent her time drinking to drown her sorrows. She had lost her husband and children during the bombing of the cities. Later, while getting to know him better, he told me how he had always been unhappy in life. He worked hard to live. He had difficult moments but had not stopped struggling in misery. He often grabbed the hands that were  presented to him. He succeeded in giving a sense to his way of living. The things he told me about him made me feel sorry for him. I often gave him tips for the services I asked him to accomplish. He often shopped for me even late at night. I called him to tidy my room. He deserted all his works at the risk of being reprimanded by his boss. He devoted himself a lot to me. I understood that he had a strong admiration for me. I was happy and proud to be obeyed and respected in this way.

After some time, I wanted to move. I did not feel at ease in the pension. I was fed up with the problems of neighbors.When we met in the corridor or on the terrace they did not stop talking about their life.It made me sad to know the difficulties they faced. Most of them were foreigners who settled there a long time ago. They were immigrants with no paper. They were not declared and did all jobs.The boss exploited them and took advantage of them. They were interested in earning money and avoid problems with the authorities. When the police controlled the area, they found refuge in cellars or attics. Some even left for a time before coming back to continue their miserable life.

Mamoud announced me that he knew that an apartment was in rent in the city. He asked me whether I was interested.I told him that I wished to visit the house and meet the owner before taking a decision. An appointment was fixed on a Saturday morning.

We entered a narrow path that ended in a corridor boarded with empty boxes and bottles well ordered, pieces of pipes and car wheels. Air chambers were hung to lots of wires. At the bottom, few beams from Singapore, corrugated iron and pieces of plywood damaged by the rain and the sun leaned against the decrepit wall. A patch of sky showed itself. Some scaffolding were put on both sides. I understood that repair works were in progress. Stairs in stone were covered with sand.I immediately knew that I could never live in such a place. I wanted to turn around. We were accompanied that day by a man named Toula. He supposed to find a discreet tenant to install me in the house. I must confess that I did not have enough money to pay such a living. I paid attention not to spend too much. It was a difficult test for a woman who wanted to get involved in the world. But I was intensely curious. It was possible that I had inherited this feature of character from my father and developed it later.

I was introduced in a sumptuous house occupied by two old persons. They asked me lots of indiscreet questions, and I felt uncomfortable. I did not want to be impolite and answered quietly and intelligently. I must confess that I told lies to hide the truth. I could not stop admiring the furniture made of massive wood that embellished the room. Some furnitures were decorated with beautiful sculptures.When the husband left, the woman asked me if I was interested to occupy a room without paying any fee. The bedrooms I visited were sumptuous. It made me dream. Living there without paying for a rant seemed strange. I immediately understood that they were pimps. I succeeded with ingenuity to leave this place. While returning to the pension I did not stop blaming Mamoud for taking me to such a place. He swore that he ignored this truth and that he only tried to help me. I believed him and thought that he was not supposed to know everything. It is hard to understand the nastiness of people. I excused him and quickly forgot this incident.

For the last time,  I put on my beautiful adornments. I went out early to buy the newspapers in a kiosk at the corner of the street. I searched for a job, and during lunch, I noted the addresses and telephone numbers to contact the persons.I needed money to buy maternity dresses. My savings melt away, and I was not able to react. I had foreseen it. I knew that I would have to make my own way. It was time to react.

I found a job as a saleswoman in a small store.The salary was not attractive but was sufficient for me to pay my bills at the end of the month. I rented a small room in a building located at walking distance from my workplace.It saved me from long waiting lines to take the subway. The price of the rent was correct. I used part of the money that I saved up to buy furniture and kitchenware. The district where I settled was of ill fame.I did not know it in the beginning. I learned it quickly after.

One evening, as I went home late at night after going to the cinema to watch ‘Doctor Zivago’, I had the surprise to meet Rachid. He was waiting for me since the beginning of the afternoon. Mamoud had given him my new address. I was pleased to see him after few weeks of absence. He had lost weight. I asked him news from Florence and Bakar.He had not seen them since the last time. I thought that during his absence, he was with them. I asked him to come home and share meal with me. I had macaroni cheese in the refrigerator. Some salad and tomatoes accompanied the dish. I had already bought bread while leaving the cinema. 

He thanked me immensely for my invitation. At the table, he told me that he had problems.I thought that he needed money, and he hesitated to ask me. I was not in a position to lend him money.I made him understand simply that I was not able to lend him money. His problem was not this. His life was in danger. He got involved in a deal with the drug. He had to make a delivery in Nantes.He transported five kilograms of heroin, but before reaching the city he discovered that he was followed. If he was arrested he would spend ten years in prison.Therefore he had abandoned everything in a renting car and had taken the plane.

The idea did not please me that he wanted to find refuge at home. I did not want to have problems with the justice. I prayed that he should leave as quickly as possible. Till now my life had not been a bed of roses and I did not want to complicate it more. Yet in spite of the decision that I had taken to fire him, when it was late, I had no courage to do it. He slept on the sofa until the morning. I prepared the breakfast and left my apartment early to go to work. I spent a particularly unlucky day. All sorts of thoughts crossed my mind.I feared to be followed by agents of the anti drug squad haunted me. I walked in the street with fear.The return of Rachid was not a good omen for me. My life was suddenly disrupted. I wanted to go to a distant place to avoid problems. But where could I go? Big cities frightened me.

Rachid implored me to let him stay a few days. I made him understand that he could not hide forever. He left the following day without warning me.I felt better.I did not feel esteem for him anymore. Maybe the things he told me about him had let a strange impression in the mind. I knew that the house had a bad reputation.Quite often in the evening some men knocked at my door. Before me, the flat was occupied by a prostitute. She was young and remarkably beautiful. She had a high level customers. One day she left with an Italian and never came back. The neighbor told me this story. I decided to search for another house.An old building situated apart drew my attention. A board indicated "Building for the Immigrants" gave me an idea of the kind of people living there. I met the caretaker on a Saturday morning. She asked me a lot of questions before deciding to introduce me to the owner of an apartment situated on the third floor.An old lady lived there before retiring. We got on well quickly.

I had my furniture transported some days later, and I settled there at the end of the month. My neighbor was a Mauritian woman named Devika. I met her the following day. The few words we exchanged had persuaded me that we were going to get along well. I had not been mistaken. Devika became my best friend.

 

  Original title : Un amour de jeunesse©Kader Rawat

  Translated by ©Kader Rawat   

 

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A love of youth Chapter 4

2 Avril 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

  By working this novel I focus on information that helps me to choose a theme that would interest readers fond of stories of manners, problems of society. I still feel a great pleasure to talk about the past and evoke the sequences as they presented to me at that time. The image that gives our society with this intermixing of people of various origin - where different beliefs - make me treating this topic related to cohabitation, to evoke the sublime understanding between people of varied ethnic and to imagine a story that could be experienced by each of us or by people we know. This is why many people can recognize or identify themselves through each of the characters mentioned in the narrative.

Kader Rawat

 

 

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A love of youth

 

 

Chapter 4

 

I leave the country

 

Short before my departure, I met a young Muslim boy who seemed interested in me. He was the son of an important trader of Saint-Denis. He often phoned me to speak about his feelings for me. My mother knew about our relation since the first day as I had decided to tell her everything. She said nothing. I understood that she accepted the situation. She was sometimes curious and asked questions to know more about the boy's intention. My father knew nothing of the situation, and that was somewhat dishonest on our part. My mother's help gave me the liberty that encouraged me to new adventures.

She allowed me to meet him during the day. He used to come to pick me with his car, and we drove to faraway districts. He often stopped in quiet areas and made love to me. I only let him kiss me. I wanted to make love with him and then announced him later that I was pregnant. However, it was the first time of my life that I had such a dishonest idea. It was indignant. How could I imagine acting so badly with a person who was in love with me? If I confess my state, I would feel better. Why did this dreadful aspect of human nature suddenly awake within me? I felt ashamed acting with hypocrisy and ingratitude. My situation incited me to commit innumerable silliness without feeling any remorse? I did not succeed in repulsing the pain that grew on me. Why did I compromise an innocent in my sins? I did not want to admit defeat. Yet my defeat was certain. My fall already took me far to an empire where I was lost. I wanted to cheat to raise up.

Why did I invent a similar lie? Is this a way to give a sense to my life? I had concocted the most terrible plan, the most ignominious act that placed me to the rank of impostors. How could I make a man believe that the child I was carrying was his, whereas I knew it was not true? Did I think about the consequences of my behavior? Would I have after this the courage to say to this man who would be so happy to become a father that the child was not of him? It would be absurd to want to complicate my existence this way. An innocent had not to pay for a culprit. A mass of ideas arrived in my mind and made me see the reality of my situation. I did not succeed in seeing the truth as it is. I tried to distort the facts to arrange my situation. For me, the countdown had already begun. Nature wanted that I did not use any method to change the course of my existence. I would better live my destiny as it was written.

I decided to break up with this young man. My mother could not understand the true reasons that made me decide to put an end to this relationship. She did not stop blaming me for having not been able to keep a boy who proved his love for me. She shifted the fault on me and did not stop reminding me that I was a difficult girl. At my age, I should have already married and got children. If I keep on repulsing boys, I will stay all my life alone. I locked myself in my room and cry a lot to feel better. Sometimes I wished to die.

 I was upset. My mother wanted me to marry a boy from Reunion. It was not easy to meet someone who had the same aspirations. Nevertheless, it was too late. I had reason to find pretexts not to drag with me innocents who did not know my state.

The time to embark was approaching. I felt no hesitation launching me in this new adventure. I had decided to leave this restful and calm place and threw myself in this vast seething world that would teach me the rules of life. I was only a beginner when I embarked on this ship. The three foghorns pierced my heart while I was looking at the crowd giving us their last greetings. Tears of sadness and regret flooded on my face, and I wanted to return back to my island and never leave it. It was too late, the foamy waves were already impassable obstacles, and I was already a prisoner on the ship.

At sunset when the last rays of the sun illuminated part of the ocean and blazed the horizon, a great number of passengers left the bridge to face the long journey. I preferred to admire as night approached, the phosphorescent landscape that spread in front of me until the total extinction of all brightness. I kept on watching the awful abyss while listening to the waves breaking on and the strange noises of the machines that propelled the ship. It was a moonless night and a few stars shone in the firmament. A light breeze rose and made me shiver. My friend came and took me to my cabin.

It was an extremely narrow cabin. Florence confessed she had to fight to get me a place with her. Another gangling youngster shared the cabin. Her name was Tatiana, and her body was so hot that she only tried to rub to men. We told her that we would not tolerate her to bring men into the cabin. She would have to do her dirty tricks elsewhere. At first, I felt sick, and without the treatments that the doctor on board gave me, I could have lost my child. Florence took care of me like a mother. I was surprised by the interest she bore to me and I kept on thanking her for that. Tatiana had also devoted herself like a nurse and helped Florence during long sleepless nights that she spent at my bedside. It took time for me to recover. My state was not a secret anymore. The doctor had to make his reports to the chief; Tatiana arranged with him to keep quiet. During my convalescence, I received numerous visits from friends who were part of the team. They were about thirty. Some of them asked me embarrassing questions. I understood their curiosity and refrained from hurting them. I had recently endured a lot. I had lost weight and had become ugly. I avoided looking at me in the mirror. Will I hold out until France? I still had a long crossing. I gathered my courage and decided to face the days to come. The ports on the coast of Africa was good to me. It allowed me to get vitality, force, the energy I lack and that came from this black and mysterious continent. I mixed with people and discovered their culture and customs. It felt surrounded by mysteries. An uncommon civilization was in front of me. A terrifying fright seized me. I knew that it was not a world in which I could get used to.

All my life I’ve moved in with people I could recognize all around the world. It was among those people that my destiny decided to bring me. I will never be happy elsewhere.

More than two weeks had flowed out when the ship entered the Pacific. I felt better and did not suffer sea sickness. I went for a walk during the long and stuffy days. It was a way to entertain myself and to make time pass. I went through narrow corridors, to restaurants or sat down in the cinema to watch a movie with Brigitte Bardot. It was not boring during the day. Sometimes I was tired and stayed in my cabin, reading a book of Delly or Françoise Sagan. I went on the bridge only when the sun had disappeared behind the horizon and when night began. At this time, people were seen at every corner of the ship. It pleased me to be among those people who made this journey with me. I used to search for the company of older persons with whom I talked till late in the evening. Some friends sometimes invited me to have an ice cream in a remarkably calm area.

My complexion was nicer and I began to take the weight. I was ten weeks pregnant and surprised by my weakness for food. Being far away from my parents made me so sad because, during my hours of loneliness, I thought of them. This nostalgic feeling preoccupied me as I was alone and disturbed me so much that I could not enjoy a moment anymore. I often spent the evenings in a dark corner of the ship thinking about my destiny. I could not see a lot of perspective for my future. My friends had fun on the crammed dance floor. The feast was in full swing at this late hour of the night. I never felt like joining even if my friends implored me to accompany them in their quest of distractions. I preferred looking at the firmament, marking the stars I noticed the day before, and listening to the incessant noises of the engines, and the surge of the waves.

I was asleep in my berth when Florence entered in the cabin with two friends Mauritian . It was three o'clock in the afternoon. The heat was oppressive. When I saw them, I sat on the edge of the bed and arranged my hair. They had a funny way to look at me and were not talkative. They dressed in extremely mediocre quality clothes. Florence had met them some days before and had found them amusing. The first one named Abou Taleb and the other Rachid. They were going to Europe with other Mauritian friends. Coming from different areas of Mauritius, they traveled to find work abroad. Emigrating allowed numerous families to escape from poverty. I had plenty of time to familiarize with many Mauritian friends and discover their exceptional human qualities. Florence often met Taleb, and they spent their time together. I stayed alone in my cabin. Tatiana often left. She shared the luxurious apartment of a German general. She was often seen beautifully dressed in the company of distinguished men. Her disappearance worried everybody. The small group was affected, and we had no respite. The research began as soon as the Captain was informed. The ship was inspected from top to bottom. Disconcerting news reached and shocked us. The German who received Tatiana was suspected by the agents of the C.I.A to have tortured prisoners in concentration camps. He was also sought-after by the justice for having infringed law many times. People were afraid. No one wanted to stay for a long time on the bridge. Rumors spread that the German hid somewhere on the ship and was extremely dangerous. He died in awful conditions. Tatiana was tortured but was alive. We should have grouped together to take care of her. Her state was serious according to the doctor. She had to be transported urgently to the hospital. It required days to reach Marseille. She died of internal bleeding. Her body was repatriated. We were overwhelmed by sadness and affliction. I feared the future. I entered a world full of mystery and uncertainty. I wondered if I could manage to cope with this world alone. A strange feeling seized me and made me doubt of what was waiting for me in the future. After spending three weeks on the ship, a lot of faces were familiar to me, and people often came to talk to me. I used to stay close to the bulwark to take advantage of the freshness of the night. I already considered this small world as a family. A lot of people were strolling on the bridge at that time. Small groups gathered almost everywhere. The children filled the air with strident screams while running as idiots. They bumped into those who hindered their way during their infernal races and disappeared in the darkness. When they were tired they went to bed. The rest of the night was quiet and restful.Those who did not fall asleep stood up until early morning. I returned to my cabin around midnight to try to sleep.

In a small world, friendship is found easily. I had just met a French family who did not stop talking about the fabulous trip they made to the islands of the Indian Ocean. Their story fascinated me and awoke in me the nostalgia for the country. I was not absorbed for long in my thoughts when a friend came to tell me that the chief wanted to see me. I guessed what he wanted to talk about. I entered in his cabin, and found him in a bad mood. He has a sullen face and his eyes were full of anger and made me lower the eyes. I had the impression that he was going to reprimand me severely and could not prevent me from feeling the fright. However, I was ready to listen to the sentence he was going to pronounce. He invited me to sit in the chair close to the table where he stood. I felt guilty and did not have any element to defend myself.

‘I was informed of your state a little late. Otherwise, I would have sent you back to your island. Are you aware that you trespassed?’

‘Yes Sir. I certainly wanted to leave Reunion.

‘You did not choose the best way. The contract you signed stipulates that in case of false declaration, of incompatibility, of nonconformity to the rules, you would be disqualified. It is not necessary to go through the details to understand the reasons why you act this way. I thought a lot before deciding to speak to you. Believe me. I am not happy of this dirty trick you played. Considering in what state you are I do not see how I must punish you. Now I must inform the direction of this incident and tell you that you will have problems.’

 Later I joined Florence in the cabin. She was waiting for me to know about what have been said. We discussed the projects I intended to launch, as soon as we reached Marseille. Really, I had no idea.

 

 

 Original title : Un amour de jeunesse©Kader Rawat

        Translated by ©Kader Rawat   

 

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A love of youth Chapter 3

30 Mars 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

     “I wait long before I see mature in my mind something that I want to talk about. By working this novel I focus on information that helps me to choose a theme that would interest readers fond of stories of manners, problems of society. I still feel a great pleasure to talk about the past and evoke the sequences as they presented at that time. The image that gives our society with this intermixing of people of various origin - where different beliefs - make me treating this topic related to cohabitation, to evoke the sublime understanding between people of varied ethnic and to imagine a story that could be experienced by each of us or people we know. This is one reason why many people can recognize or identify themselves through each of the characters mentioned in the narrative.  A young girl filled with ambitions and a poor family seems an ideal start to address the subjects I want to develop.”

Kader Rawat

 

 

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A love of youth

 

 

 

 

Chapter 3

 

I discover that I am pregnant

 

I started to feel nauseous in the morning.I panicked and became mad when I imagined that I was pregnant. I decided to see a doctor to be clear in my mind about it. Florence was surprised about the situation. I confessed to her that I did not take precautions every time I had sexual relation with my lover. I could go out freely at that time. My parents were persuaded that I would behave myself well. A physician practiced his profession in a quiet place of the city. My friend told me that he was discreet and received few patients. He could examine me without risking revealing my secret in case the result was positive. I decided to see him on a Friday evening.

I left the doctor's surgery almost unconscious in Florence's arms. I did not know what to do. I did not want to keep this baby.What a shame!

My father was managing well in his business. He was developing his activities in the sales of second-hand cars.He planned to import new cars and welcomed business men from abroad. The bankers he dealt with were invited for dinner at home. He moved in the high society and started to be recognized as an important person.

I looked at my father's glorious ascension with admiration. It was also the beginning of my own decadence. My mother and I were in good terms. She treated me with sweetness and attention. I was in a difficult situation and did not know how to solve my problems. What a shame for me when my parent would learn that I was pregnant! When I thought how my father managed to offer us a happy life, I felt ashamed and worried a lot. We had everything we needed and he also offered me small presents from times to times. I could not stop blaming myself for making such a mistake. What should I do?

I had taken herbal teas with no result.I wanted to commit suicide. My friend asked me to be patient. She knew an old woman who lived at Le Brûlé and who could find me remedies to abort. I did not have the choice. I implored her to make it quick before it was too late. My friend came back with a sad expression. The old woman died some time ago.

I had two solutions: commit suicide so as not to suffer the humiliation and shame or to go in a place where people did not know me and where I could wait for my child without feeling any fear. The suicide seemed difficult to carry out. Moreover, I knew that it is forbidden in our religion. I was not prepared for such a sacrifice. It was obvious that I had suffered a bitter disappointment. How much my heart was wounded! How much I suffered inside! No one knew it. It was useless to feel sorry for me!I deserved my fate. These secret pleasures cost me a lot. I was coping with the most serious problem of my life. I had to find a solution, take an important decision; my future depended on it. It was strange as I felt a deep desire to keep this child.I already started accepting it as a part of myself although he was the child of the shame. In any case, it was my child. Why should I get rid of him?

I wondered how I could solve my problems before being thrown out of the house when my parents would learn about my situation.I had to act. A friend I met on the street told me that an agency situated at Rue de la Compagnie was searching models for a fashion house in Paris. I was pregnant, so being a model sound quite inappropriate to me, but it was the only possibility for me to leave; so I would do my best. The escape seemed the best solution. I still looked thin. My body could give me luck again. Why not seize it?

The conditions proposed were excellent for me. I had to provide my papers for the procedure. I was major and could manage everything by myself. The agency bought my ticket; so that I could board the first ship for France. My parents used to give me pocket money I had saved. This sum was not prodigious, but could use it in difficult moments. I used to listen to the news on the radio and read the local, national and international newspapers my father brought home at midday.I was ready to cope with a new world. I feared to have difficulties in adapting myself to the climatic condition; and, I was sensitive to the cold weather. I spent sleepless nights analyzing the difficulties that I was going to face. What else could I do? Could I explain to my parents that I was waiting for a child? It was insane. I had to be discreet in such a situation. I felt an immense sadness for my parents.They put all their hopes in me. I did not deserve to be with them. I had committed an unforgivable sin. I had to expiate my mistakes. They would be so disappointed by my escape. Unfortunately, I had no other way to move away from them. I did not feel courageous enough to confess the truth. I would ruin their world. I chose to go far away.

I was worried to make such a long journey in my state. I had heard about the seasickness many people of weak constitution endured when making a long journey. I was aware of the risks I was taking and the difficulties I will have to face. Escaping and throwing me in the torments of life with no experience frightened me a lot. I had always been attached to my house. I wondered how I will adapt myself to a hard life in a world where everything might happen. Was I able to face the existence all alone in a different world? I’d rather not think about it. I prepared my departure secretly. I was careful not to attract the attention of my parents. My mother was close to me. She had the premonition that she was going to lose me. Maybe the repeated absences of my father had strengthened our relationship. Maybe the idea of leaving her in the next days had awakened in me this strange compassion. I liked both of them more than I demonstrated in this confession. And I also knew that they loved me a lot and have always tried to make my life comfortable. We need to warm our heart and gives us confidence in ourselves. Will I find such a feeling somewhere else? In what situation was I and how will I go out of it? I had already committed serious mistakes for which I ignored how I would be punished. I was going to commit a silliness that could cost me so much. My mother would be visibly shaken. She would never forgive me. She would suffer a lot. I preferred her to endure my departure than she knew I was pregnant. I wrote a long letter underlining the happy life I had with them and explaining that I was going far away for reasons I could not mention. This journey was a veritable luck for me. I wanted them to understand it, and I assured them I was in the right hands. I hoped to limit their fear. They would ask my friends the sheer motive of my departure. Since the beginning, I had decided to say nothing to my friends, except to Florence, my best friend, who will be traveling with me. They would speculate about the truth. How much pain will I make behaving this way, and how much harm will I do while carrying this child in me? Was it the fruit of the devil I was carrying within me so that my existence was changing so radically, taking me away from opulence to enter the miserable life of a fugitive? I foresaw the dark future that waited for me at the end of the path and had no means to turn around. How could I find the strength to throw me in the world like this? I did not know what I was leaving behind me, what I was losing in life. The path of emigration seemed long and uncertain to me.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A love of youth Chapter 2

25 Mars 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

 

“The picture that our society in Reunion Island gives, allows me to evoke in my novels the relationship that exists between people of a different stamp. Discover these people of the colony through the scheming, struggles, fights, loves and passions that separate and approach them. My novels are available in paper format and Kindle ebooks, immediate downloading. Good Reading. »

 

 

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A love of youth

 

Chapter 2

My school years

In the high school, a young teacher from France metropolitan had a particular interest for me. I also felt a certain admiration for him.He was a good guy, of middle size, with long hair like the Beetles. He was married and had two lovely children that I had seen once in the company of his wife, probably a Parisian, in a car parked in front of the school. He taught us history. I was not particularly brilliant on this subject. I had to make enormous efforts to get good marks. I paid a lot of attention to his lessons.I was often designated to prepare and comment in class the lives of famous figures in history, the reigns of the Kings of France in the middle Ages and before.I made researches on the great conquests of history. When I was interrogated by the teacher, I had no hesitation to speak about everything I knew about these famous men, their weaknesses for women who shared their life.

My studies helped me to increase my knowledge, illuminate my mind in several domains that would never have interested me outside my school program. I hoped to be able to complete my studies successfully and felt able to work with energy and diligence. I already had clear ideas of this world and looked at the future with hope and confidence. I was not short of encouragement from my parents and had the opportunities and the comfort I needed.

At that time, radical transformations took place in the surroundings. The landscapes changed aspects and features.Several buildings were constructed to lodge the poor and unprivileged families who were living in unhealthy lodgings. I was selected to speak about the advantages and inconveniences of locating the school in agglomerated places. I asked pupils in the playground a mass of questions about their conditions within the school. I succeeded in gathering precious information to deal with and develop the topic. I left a strong impression on those who listened to me that day.

My father had always taught me to be simple, humble and pleasant. It was the reason why I had a lot of friends. I was often informed of their secrets, their misadventures, and their love deceptions.

In the early days of his youth, I had an opinion of what was sexuality. Some intimate friends had shown me obscene photos their buddies lent them. For me, it was a curiosity to try to understand these photos I found horrible. I had never imagined that such things could exist. It had truly often unsettled me a bit, and these obscene pictures haunted my imagination when I was alone in my room at nights. In my classroom, I was keen on general literature. I was interested in the life of the main French and foreign writers. I had the pleasure to read world famous works. I selected many romantic novels that fed my imagination in a way and registered with the regional library in Saint-Denis. I was allowed to take six books home for a period of one month with the possibility to extend the delay if I wanted to keep them longer. I read till late in the evening after my home works. During the third quarter, I had worked too hard. I began to feel tired. My parents worried about my health. They took me to a doctor. I should have stayed in bed for several days to avoid sinking into a depression.

I was not insensitive to the evolution of the society. I made observations on everything I saw when walking on the streets or during a walk. With time passing by, I accepted that life could include distractions that only young people could benefit. Some friends I’ve known for years tried to make me understand that I had to change my attitude towards the young boys who flirted with me. I did not want to throw myself in the lion’s mouth. I thought that I would not harm anyone if I looked lovely and was attentive to those Casanovas.

I resolved to do what I wanted. My mother was the first to notice the changes in my habits and let me know about her concerns because I often went home late. I looked beautiful. I did nothing wrong in high school. I only spent time in the library chatting idly with friends. I still cannot explain why I preferred staying with my friend than being home. My father was informed of my delays. He came to my room and asked why I was always late. I explained that the guys I stayed with late were not bad company. I was responsible enough to know what I had to do and not to do. It was not an answer my father wanted to hear.I felt sorry. I had found no other explanations. A little later, I apologized to him and assured him I did nothing wrong or incriminating. He felt better and told me that he trusted me and knew I had my head screwed on my shoulder. As New Year Eve parties approached, all the pupils were happy.We did not have a lot of homework anymore and spend time amusing ourselves. I wanted to take advantage of this opportunity. My presence in groups of young with a “will-o'-the-wisps” reputation astonished many suitors I had rejected before. It seemed I was welcome in this circle I had always avoided. Some boys I had hurt might think I was an easy prey. I could not imagine the way I had behaved in high school had displeased to the young wolves. They were ready to eat me alive. In spite of my efforts not to fall into the traps of existence, I amused myself like a mad girl among a crowd of unknown persons. This environment was so new and strange that I felt quite lost. I had the impression to be in a labyrinth, searching desperately for my path.While the feast escalated, the few friends who were with me joined their boyfriends who dragged them to the games. I stayed alone until some friends implored me to join them. I found their company so pleasant that I spent the whole evening with them. As night approached, some few electric bulbs gave light into the big room. I started to enjoy these pleasures while mixing with the crowd. I did not realize I was amusing me in the arms of these boys I had rejected many times. It was the beginning of a new life that will not stop taking an important place.During my studies, I met a metropolitan boy who seemed kind to me. Since we had met, he would not leave me. He was the nephew of a teacher. He was spending a few week vacations on the island. He spoke to me about the world as if he had been living for a long time. He was cultured, and I was fascinated by his intelligence. He wanted to visit my home. I discussed with my mother. She refused as she thought it was not a good thing to be friend with boys and let strangers come home.

 “He is not a stranger. He is a friend!” I retorted.

  “If he is a friend, meet him outside. I do not allow anybody home. How long have you been friends? It is not of your habit to make friend with boys. You think your father will be happy to know it? Our religion does not allow this behavior.I advise you to change if you want to keep your head held high. Our honor depends on how you behave."

I felt an immense sadness. I seized all the opportunities to meet him in discreet places where we could speak freely. I was in love with this boy who had a different religion. It made my life difficult.When I evaluated the situation, I knew that I was wrong. I did not have the courage to leave this man I loved so much. My mother discovered I was in love. She was deceived. She could not accept I loved a metropolitan boy. What would she say to her husband? She made threats and insulted me for this dissolute life I was leading. She started to search for a husband for me before I would dishonor the family. Many times, we had unexpected visits, and I introduced to men far from my tastes and aspirations. Some wore an Arabic strange and course suits, long beards. They frightened me such that I wanted to go. No one suited me. I was not allowed to leave the house without any reason. I was terribly sad as I could not meet the man I loved and who was in my thoughts. After a week without him, I felt a strong desire to see him even though it was necessary to run a high risk. I hoped I would find an excuse to trick my mother who continually kept an eye on me. Florence gave me a letter from my lover who was announcing he had to go in France soon. I wanted to meet him before his departure. I was desperate. I could never see him again. I was so sad and sorry that I wanted to die. When my friend left, I had the idea to ask my love to come to see me in the evening.I was sure that he would make it. I regretted I could not solve things this way. I had only one solution: go to his home. How could I deceive my mother's vigilance? She kept watch on all my movements. I asked Florence to give Christophe a message asking him to come to see me in the evening. I let the window of my room open. He arrived at midnight and entered my room. I murmured to him how unhappy I felt far from him. He understood the deep feelings I had for him and took advantage of my weakness to make love with me. I experienced an intense pleasure. We separated at dawn and promised to meet again as soon as possible.

I met him several times, and we made love for hours without tiring. I was happy. The day Christophe had to leave I locked myself in my room and cried for a long time. Florence soothed me away. She knew my least secrets.

 

 

Original title : Un amour de jeunesse

Translation by ©Kader Rawat   Author

 

 

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A love of youth Chapter 1

24 Mars 2013 , Rédigé par Kader Rawat

 

 “The picture that our society in Reunion island gives, allowed me to evoke in my novels the relations that exist between people of different stump. I invite you to discover these people of the colony through the scheming, struggles, fights, loves, passions that separate and approach them."

 

 

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A love of youth                                         Chapter 1

 

                                       

 

 

               My birth coincides with the end of the Second World War

 

 The birth of a child has always been an important event in the history of a family. The birth of the first baby is expected with new sensations, strong emotions, huge expectations and a great joy. Only the woman, who carries him during nine long and sometimes painful months, knows about the difficult moments of pregnancy. On the other hand, she feels an intense happiness in giving birth to a creature that brings light and joy in a home and represents the symbol and proof of love between two persons. Their existences are welded and strengthened so that the father can share the same emotions and deep joys.

My birth coincided with the end of the Second World War. It was a difficult period for the population of Reunion Island, French Colony at that time. The shortage of goods had allowed dishonest merchants to take advantage of the situation. The island didn't succeed in pulling out of misery. People grouped together early in the morning in front of the shops, their ration coupon in the hands, to buy a few kilos of cassava root, corn or bacon. Several unscrupulous persons were arrested, prosecuted and fined. The black market was a common way of selling. Times were tough and relentless. However I felt comfortable there, tiny, stark naked, letting out a piercing scream as soon as the umbilical cord was cut and I was moved away from the maternal warmth. This could be interpreted as a distinctive sign of freedom. For Mom it was a relief after nine long months of pregnancy. I was heavy, three and a half kilograms at least and delivery had lasted long. Several persons were present that day to help Mom to give birth to me.

It was a Friday, just after the great prayer. My father came back as I was still in the arms of the person who made my first treatment. When I was put in the brand new cradle that was near the bed, my father came close to me and gave Azan in my right ear and Ikamah in my left ear. Every Muslim child who was just born must hear the evidence of faith and the call to adore the Creator. When I was born, I was particularly admired thanks to the funny faces I had when crying for my meal. My mother didn’t feel well enough to satisfy my daily needs. She should have given me powdered milk that my father could buy at merchants he knew in town. He was a storekeeper in a company specialized in fabric and building material importation that just opened in Saint-Denis.

My father was from Mauritius also called “Sister Island”. As the war raged in Europe, my father often went to Reunion to sell goods. He traveled by boat, carrying suitcases filled with rag bag and went up and down the paths of the highs to sell his goods. This is how he earned money. My mother lived in a large family in the Mountain. It was the time when many families left the city to shelter in the highs for fear that the Germans bombed the capital. My mother was the fifth child of a Christian family and was twenty years when she met my father. She was a beautiful girl, with a clear complexion, long brown hair, a pointed nose and looked like Nastasia Kinsky of “Tess of the D’Urbervilles”, Thomas Hardy’s famous novel, bring to the screen by Roman Polansky.

 The first time my father saw her was on a Sunday morning as she came back from the church of the ‘Délivrance’ in Saint-Denis. He was struck by her beauty, her nonchalant walk, her ease but he was not in love with her yet. My father was 22 years old at that time. Combed like Rhett Butler in Gone with the wind, a thin mustache above the lips, he was charming and exalted a charisma that left no woman insensible. But my mother was not attracted by him. She lived in a family with many children at kilometer 15th and all her time was taken by her brothers and sisters and the daily household chores. Her father worked in a furniture workshop in the Port. He had to leave the house very early in the morning and come back late in the evening. Her mother was sick and could not manage to do the household alone. My mother was called Sylvie. Her three older sisters were already married and lived in other cities and villages of the island. His older brother who had already graduated from school worked in a transport company in the west. He lived in a flat in La Possession, a few kilometers away from his workplace and lived together with a girl he met at the vocational school when he was a student there. He visited them once or twice a month. Three brothers and two sisters aged between eight and seventeen were still dependent on their parents.  The three brothers were boarders in a high school situated in Saint-Denis and the two sisters were pupils at the school in La Montagne. They left early in the morning and returned home at five in the afternoon. My mother picked them at the end of the path, most of the time with an umbrella as it often rained in the region.

My mother liked to be well turned out. She often went to the city to shop for the house and took the opportunity of window shopping in the main streets, although she had no money to pamper herself. She admired the beautiful dresses in the windows, dreamt of wearing nice branded shoes and stayed for a long time in front of a jewelry store to admire gold chains, diamond rings, and pearl necklaces.  By chance, one day as she was waiting for the bus at Barachois station, she ran into my father who had just arrived on the island and passed by there. He insisted to accompany her home, although she thought it was not a good idea. He sat next to her in the bus but said no word during the journey that lasted an eternity (that’s what she would say later) as my mother feared to get noticed by people who knew her and reprimanded by her parents when informed she was seen in public with a man. It was a decisive moment for these two persons who tried to ignore each other and had no feeling that could have brought them closer. But it is necessary to understand that such approach, as daring as it may seem, was the trigger that was going to bring closer those two persons who had nothing in common. It was the beginning of a mechanism that no rule could stop. When my mother understood this man was interested with her, she didn't believe it. She could not understand how love could exist between a man she ignored everything about and herself who was of a different confession. In her innocent heart, fragments of the elixir injected by the eyes of the man, his sweetness, the few words he hardly had time to pronounce, appeared. She began to think about him. And from now on, this thought was slowly contaminating her feelings without a break. When he came to the house, her heart quivered. She began to feel something for him and the most difficult had to be done. My father was ready to do everything to reach his goals. He also lived in a large family whose financial situation was far from being comfortable. A family of ten children depended on the revenues of an old and sick father. The children who were able to manage themselves had no choice. Beau Basin where the family lived in an old house made of sheet metal was a city with no appeal at the time, and the opportunity to find a job was nearly inexistent. Each member of the family had to take his destiny in hand and try to contribute the best he can to feed the others.

Reunion Island still was a small French colony lost in the Indian Ocean. It had potentialities that only well-advised people would recognize. My father was part of these very few people ready to bet a lot to take as much advantage as possible of the precarious situations. He decided to stay on this island, to take up every challenge, to face every obstacle that could stand on his way.

He simply asked my mother if she would accept to share his life. She took her time to make her decision and to inform her parents before giving her agreement to my father.

He found a flat in the capital and they started to live together. In Europe, the war ended. One year later I arrived in this world.

I was the happiness that filled my parents in their everyday life. I increased nevertheless the expenses of the family and my parents had to be extremely cautious not to spend the poor salary before the end of the month. I was precocious and was rarely sick. I was happy when I had had my meal. I easily got used to people around me and when I grew up, the neighbors took me home for the day. I had the bad habit of damaging everything when I was a child. I used to climb on the dressers, to open the drawers, to get onto the tables, to break everything nearby and amuse myself likewise. I sulked and threw me frankly on the floor when I was kept prisoner in a playpen. I liked so much to gesticulate that I hardly could stay doing nothing. I often looked for shelter in my parents arms.

My parents were religious people. Since my very young age, I understood why they feared God. They woke up early in the morning and spent a lot of time reading the Coran. My father went to the mosque for the five mandatory prayers at scheduled hours. In the morning, when he came home with some bread and croissants bought at the bakery Sorbe situated two streets from home, I was already awake. He wore a white courta and a Turkish cap on the head. He came to see me in my narrow and dark room with a small bed and a closet for my clothes. He sat next to me a few minutes, asked me if I had slept well, if I had made beautiful dreams while stroking my face. Then he joined Mom in the kitchen. She always sat on a sofa near the door to take advantage of the lighting and read the Coran. Her head was covered with a delicate colored shawl bought to itinerant merchants.

I often joined them while they drank the hot and steaming tea. I sat on dad's knees and leaned my head against his shoulder. I wanted to doze off a little while listening to their voices. They spoke for a while before Dad decided to go to work. The sunbeams began to leach through the windows. It was daylight. I was one year old when Reunion Island changed its status and became a French Department.

When I grew up and that my parents let me go out alone, I used to play with friends who lived very near my small house. We enjoyed going for a walk to admire the windows of the stores. We passed through areas where we could have a look through the grids, open courtyards covered with lawns wet with the dew of the morning and the big houses. I liked to contemplate the beautiful colonial houses framed by beautiful and gigantic fruit trees that made the owners and occupants proud.

My mother taught me the basis of my religion. I recited long verses of the Coran before going to bed and often prayed with her. When I entered school, I used to wake up early in the morning. I took my time to prepare myself; before choosing a dress I stayed a long time in front of the closet. My friends liked clothes. I didn't want to dress myself differently. My mother often shouted at me and reminded me that it was useless to be nice to go to school. I had difficulties to explain to her that it was important for me to wear fashionable clothes. In class I was a hardworking pupil and I was known as a brilliant and disciplined student.

I often accompany my parents to visit the other districts of the island. We left the house early in the morning before the sun rises. We drove a long time along the coasts of the mountains. We often stopped on the sides of the road to admire the landscape while the engine of the car cooled. The journey was exhausting but I appreciated this moment a lot. It gave me the opportunity to discover lovely places of my island. Some friends from Mauritius or Madagascar often stayed home, and Dad took them around the island to show them the volcano, the circuses. I was lucky to see those very interesting places and admire the imposing and picturesque landscapes that fascinated me.

I became a maiden when I was ten years. My mother who had not prepared me for such an event was upset about my fast growing. One afternoon, as I came back home after school, teardrops in my eyes because I lost blood that didn't stop, my mother panicked and pushed me to the bathroom to wash me and show me how to do and explain me what is the menstruation. At first, I was embarrassed and when in the evening my father looked at me with contentment, I guessed my mother already told him. I felt ashamed that made me think about the change that had happened to me.

At school, my life became interesting. I made friends with lots of girls and spent pleasant moments with them. I was living in a changing society. I became aware of the reality of the things very early and quickly understand that to make my way at school, I had to respect the rules and to know that success belongs to those who have initiatives and that luck favors the brave. In the meantime, my father's situation improved. He bought a second-hand pick-up Peugeot 404 to go to work and dropped me off at school. My father intended to use the pickup to sell goods at the highs on weekends in order to make ends meet. He had many projects for the future. He wanted to buy a house in the city. He was ambitious and wanted to succeed. Therefore he didn't want to fold his arms. He decided to move, to seize the opportunity. The city of Saint-Denis offered several perspectives of success. Business appeared the best way to make fortune very quickly if the person could be on a good thing.

One of his friends put him in touch with a district trader who offered to buy his pickup. As he didn't intend to sell it, he proposed twice the price he paid for it. The person accepted the offer. The profit he made was the equivalent to one month salary. My father had the idea to launch a business of second hand cars.

One day, as leaving school, my mother told me we will have to go to Mauritius. We had received a telegram informing that my paternal grandfather was ill. My father had already requested our passports to the Prefecture. Then he asked the director of my school the authorization for some days leave. This journey was memorable to me. I feel it happened yesterday. One of my father’s friends dropped us on Le Port embankment in the afternoon. We were to embark on the Jean Laborde. I was sick all night long and had a very bad trip. My stay in Mauritius was short. I saw my grandfather once in his bed before he passed away. One week later we were back to Réunion.

While returning from school in the afternoon, I used to stroll on the way. I chatted for hours with friends at the corners of the streets. Sometimes I went to their home and stayed late at night before going back home. We listened several times to the same pieces of music on a gramophone and copied lyrics on a sheet of paper. My mother didn't want to understand that I was with friends and often reproached me for my bad conduct and even suspected me to spend my time with boyfriends. To prove that she was wrong, I invited my friends at home and my mother was happy to meet them.

When I was sixteen, I was beaming with joy and discovered, while walking in the streets, the looks of the men on me. I never let boys woo me and avoided to talk to them. I held to my reputation. I respected the advice my mother gave me. I preferred slipping away as soon as I sensed the intention of the boys who wanted to speak to me at the school gates. I had no buddy when I started my study at Butor high school. I didn't want any.

Sometimes I exchanged some words with schoolmates but we only spoke about home works and lessons. I preferred my girlfriend's company with whom I felt at ease.

I felt no regrets behaving this way. I didn't know that I was transgressing the laws of the high school while trying to masquerade as a serious and chaste girl. The suitors were not patient anymore. However I was not going to change my behavior. I continued to be insensible to their attentions, indifferent and deaf to their call.

 

 

 

 

Original title : Un amour de jeunesse

Translation by     ©Kader Rawat          Author 

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UN AMOUR DE JEUNESSE : Seule dans une ville immense Chapitre 5

8 Mars 2013 , Rédigé par Kader Rawat


Seule dans une ville immense

 

J'étais perdue devant l'immensité de cette ville. Elle me paraissait vieille et exerçait sur moi une étrange fascination. Les aspects singuliers de la ville me donnaient la frayeur. Je me tenais debout sur le quai après avoir fait mes adieux à Florence. Je me sentais seule et n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Rachid m'avait demandée de l'attendre. Il voulait me trouver un logement convenable. J'étais dans une situation où je n'avais aucune raison de me faire prier. J'étais contente et même touchée de l'attention qu'il me portait. Il était mieux placé que moi pour faire le choix d'un logis. Je lui fis donc confiance. Je demeurais longtemps dans l'ombre que projetait le mur haut d'un bâtiment. Il commençait déjà à faire chaud. Une faim terrible me tenaillait l'estomac. J'achetais dans un bistrot d'en face des croissants et du jus de fruit. L'horloge de l'église indiquait dix heures et quart quand Rachid me rejoignit dans une vieille bagnole. Il était accompagné de deux de ses cousins que je trouvais sympathiques et bavards. Un peu plus tard nous roulions le long des rues étroites, ombragées par des vieux immeubles délabrés. La voiture faisait énormément du bruit en grimpant les côtes. Je savais qu'on évitait les agglomérations et qu'on passait par des raccourcies en traversant les quartiers des immigrés. J'étais très fatiguée et je sombrais dans un profond sommeil. Je me réveillais plus tard quand la voiture s'arrêta devant une vieille bâtisse. C'était une pension de famille modeste occupée en grande partie par des immigrés. Une chambre était libre au deuxième étage. Rachid venait me demander si je me plairais ici. Je voulais me reposer et répondis que je ne voyais pas d'inconvénient de passer quelques jours. Mes bagages étaient transportés dans ma chambre pendant que je réglais la note au comptoir.

Rachid m'invita à déjeuner dans un restaurant z’arabe situé à peu de distance de la pension de famille. Malgré mon embarras je n'avais pu lui refuser ce plaisir. Nous avions passé un moment agréable ensemble. Pendant que nous étions encore à table à bavarder des choses de la vie un ami était venu voir Rachid et lui avait chuchoté quelque chose à l'oreille. Le visage de Rachid avait changé de teint. J'avais compris que c'était grave. Rachid m'avait demandé de l'excuser. Il devait s'absenter pour quelque moment. Je saisis l'occasion pour lui dire que je devais aussi rentrer pour défaire les valises et pour me reposer. Je lui remerciais pour toutes les peines qu'il s'était données pour moi. Pendant que Rachid et son copain se rendaient dans un coin pour parler je quittais le restaurant et me dirigeais tranquillement vers la pension de famille. Il était trois heures quand enfin je me retrouvais dans ma chambre. J'avais fait couler un bain et avais demeuré pendant longtemps dans la baignoire. Le soir j'avais dormi comme un mort. Le lendemain matin pendant que je me trouvais sur la terrasse pour prendre mon petit déjeuner, Rachid était venu me voir pour me dire que je ne le verrais pas pendant un certain temps. Il avait du travail à faire dans les autres villes de France. Je lui assurais que j'allais pouvoir me débrouiller et qu'il n'avait pas à faire des soucis pour moi. Il voulait tout de même me présenter un lointain cousin qui s'appelait Monsieur Mamoud. C'était un jeune garçon d'environ vingt ans. Je fis sa connaissance un peu plus tard. Il était algérien et travaillait depuis quelques années à Marseilles. Ses parents étaient tués pendant l'occupation. Il habitait chez une tante qui ne s'occupait pas de lui et qui passait son temps à boire pour noyer ses chagrins. Elle avait perdu son mari et ses enfants quand les allemands avaient bombardé les villes. Plus tard en faisant ample connaissance il me racontait comment il avait toujours été malheureux dans la vie. Il travaillait durement pour vivre. Il avait connu des moments difficiles et n'avait cessée de se débattre dans la misère. Il s'agrippait bien souvent aux mains qui lui étaient tendues. Il parvenait ainsi à donner un sens à sa vie. Ce qu'il me racontait sur lui même me faisait éprouver à son égard de la pitié. Je lui donnais souvent de fois des pourboires en échange des services que je lui demandais. Il allait faire mes commissions à des heures même indues de la nuit. Je fis appelle à lui quand je voulais mettre de l'ordre dans ma chambre. Il délaissait tous ses travaux aux risques même dirais-je de se faire réprimander par son patron pour répondre à mon appel. Il se dévouait beaucoup pour moi. Je compris qu'il avait une grande admiration pour moi. J'étais contente et même fière de me voir obéir et respecter de la sorte.

Au bout de quelque temps je voulais déménager. Je n'étais pas à l'aise dans une pension de famille. J'avais la tête fatiguée avec les problèmes des voisins. Quand ils me rencontraient dans le couloir ou sur la terrasse ils ne cessaient de me raconter leur vie. Cela me faisait de la peine de prendre connaissance des difficultés qu'ils faisaient face. La plupart était des étrangers établis là-bas depuis longtemps. Ils étaient des immigrés qui n'étaient pas en règle avec la justice. Ils n'étaient pas déclarés et faisaient toute sorte de boulots. Le patron les exploitaient et tiraient sur leur dos des avantages. Ce qui les intéressait c'était de gagner de l'argent et d'éviter d'avoir affaire avec les autorités. Lors des contrôles des polices ils allaient se réfugier dans des caves ou des greniers. Certains quittaient même l'endroit pour un certain temps avant de revenir pour continuer leur vie misérable.

Monsieur Mamoud m'annonçait qu'il avait appris qu'un appartement était à louer au centre de la ville et me demandait si j'étais intéressée. Je lui avais parlé auparavant de mon intention de m'installer ailleurs et lui avais en même occasion demandé de renseigner si un appartement n'était pas à louer dans les environs. Je souhaitais visiter la maison et rencontrer le propriétaire avant de prendre une décision. Un rendez-vous était fixé pour un samedi matin.

Nous nous engageâmes de bonne heure dans un étroit sentier qui débouchait dans un couloir entassé de chaque côté des caisses vides, des bouteilles vides bien rangées, des morceaux de tuyaux, et des caoutchoucs d'automobile. Des chambres à air étaient accrochées à des fils de fer. Au fond quelques gros madriers de Singapour, des tôles ondulées et des morceaux de contreplaqués abîmées par la pluie et le soleil étaient appuyés contre le mur décrépit. Un pan du ciel se découvrait. Des échafaudages posés de part et d'autre me firent comprendre que des travaux de réparation ou de construction étaient en cours. Les escaliers en pierres de taille étaient couverts des grains de sable. Je savais tout de suite que je ne pouvais jamais habiter un endroit pareil. Je voulais faire demi-tour. Nous étions accompagnés ce jour là par un monsieur qui se nommait Toula. Il était sensé trouver un locataire discret pour installer dans la maison. Je dois toutefois avouer que je ne disposais vraiment pas beaucoup d'argent pour envisager d'habiter un appartement. J'avais commencé déjà à ménager mes dépenses. C'était une épreuve difficile pour une femme qui voulait se lancer dans le monde. Je me montrais par contre très curieuse. Il était fort possible que j'avais hérité de mon père ce trait de caractère qui se développait en moi tardivement.

Je fus introduite dans une somptueuse demeure occupée par un couple d'âge mur. Ils me posèrent une foule de questions indiscrètes qui me mettaient mal à l'aise. Je n'avais pas voulu me montrer impolie et avais répondu avec calme et intelligence. Je dois toutefois avouer que je les avais mentis quelques fois pour cacher la vérité sur moi-même. Je ne cessais d'admirer les meubles en bois massifs quiembellissaient le séjour. Certains mobiliers étaient décorés de belles sculptures. Quand le mari s'était retiré un peu plus tard la dame me demandait si cela me plairait d'occuper une chambre sans avoir besoin de payer de loyer. Les chambres à coucher qu'elle me fit visiter étaient somptueuses. C'était de quoi me faire rêver. Mais de les occuper sans payer de loyer me paraissait quand même étrange. Je compris tout de suite que j'avais affaire à des proxénètes. Je parvenais avec beaucoup de souplesse à quitter cet endroit. En regagnant la pension je ne cessais de reprocher monsieur Mamoud de m'avoir emmenée dans un lieu pareil. Il me fit le grand serment qu'il ignorait cet état de chose et qu'il ne cherchait qu'à m'aider. Je lui croyais sur parole et me disais aussi qu'il n’était pas sensé tout savoir. Et encore aller comprendre la méchanceté des gens était une autre affaire. Je l'excusais et oubliais bien vite cet incident.

Je mis pour la dernière fois mes belles parures. Je sortais tôt le matin pour acheter des journaux dans un kiosque qui se trouvait au coin de la rue. Je cherchais du travail, et pendant mon déjeuner, je relevais les adresses et les numéros de téléphone pour prendre contact avec les intéressés. J'avais besoin d'argent pour m'acheter des robes de grossesse. Mes économies filaient entre mes doigts sans que je ne puisse rien. Je l'avais prévu de toute façon. Je savais en tout cas que je devais me débrouiller toute seule. C'était le moment pour moi de réagir.

Je réussi à trouver un emploi comme vendeuse dans un magasin modeste en ville. Le salaire n'était pas intéressant mais me suffisait pour régler mes dépenses de la fin du mois. Je louais une petite chambre dans un immeuble à peu de distance de mon lieu de travail. Cela m'évitait de longues files d'attente pour prendre le métro. Le prix du loyer me convenait. J'utilisais une partie de l'argent que j'avais mis de côté pour acheter des meubles et des ustensiles de cuisine. Le quartier où je m'étais installée était malfamé. Je ne le savais pas au début. Je l'apprenais tout de même bien vite.

Un soir en rentrant chez moi à une heure tardive après avoir été au cinéma du coin pour voir le docteur Zivago, j'eus la surprise de rencontrer Rachid. Il attendait mon arriver depuis le début de l'après-midi. Monsieur Mamoud lui avait donné ma nouvelle adresse. Cela m'avait fait un grand plaisir de lui revoir après ces quelques semaines d'absence. Il avait drôlement maigri. Je lui demandais des nouvelles de Florence et de Bakar. Il ne les avait pas revus depuis la dernière fois. Je croyais que pendant son absence il se trouvait avec eux. Je lui priais de rentrer à la maison et de partager le repas. J’avais dans le réfrigérateur des gratins. Quelques feuilles de salades et des tomates assaisonnées étaient suffisantes pour accompagner le plat. J’avais déjà acheté le pain en sortant de la salle de cinéma. 

Il me remerciait infiniment de mon invitation. A table il m'apprenait qu'il avait des problèmes. Je pensais qu'il avait besoin d'argent et qu'il hésitait à me le demander. Je n'étais moi-même pas en position de lui venir en aide financièrement. Je lui fis tout simplement comprendre que je n'étais pas dans une position à pouvoir lui avancer de l'argent. Son problème n'était pas là. Sa vie était menacée. Il était mêlé dans une affaire de trafique de drogue. Il avait une livraison à faire à Nantes. Il transportait cinq kilos d'héroïne pur mais avant d'atteindre la ville il découvrit qu'il était suivi. S'il se faisait arrêté il aurait dix années à passer en taule. Donc il avait tout abandonné dans une voiture en location et avait pris la fuite.

L'idée ne me plaisait pas de lui voir venir se réfugier chez moi. Je ne voulais pas avoir des ennuis avec la justice. Je priais donc qu'il s'en aille le plus rapidement possible. Ma vie jusqu'à lors n'était pas en rose et je ne voulais pas la compliquer davantage. Pourtant malgré la décision que j'avais prise de lui mettre à la porte, quand il se faisait bien tard je n'avais pas eu le courage de le faire. Il coucha sur le divan jusqu'au matin. J'avais préparé le petit déjeuner et avais quitté tôt mon appartement pour me rendre à mon travail. La journée que j'avais passée était mauvaise. Toutes sortes de pensées me traversaient l'imagination. La crainte de me voir suivie par des agents de la brigade antidrogue me hantait. Je marchais dans la rue en éprouvant des craintes. Le retour de Rachid n'était pas d’un bon augure pour moi. Je voyais mon existence basculer tout d'un coup. Je voulais fuir encore une fois pour éviter des désagréments. Mais fuir pour aller où? Les grandes villes me faisaient peur.

Rachid me suppliait de lui laisser rester encore quelques jours. Je lui fis comprendre qu'il ne pouvait pas se cacher éternellement ainsi. Il partit le jour suivant sans me prévenir. Je me sentais soulagée. Je n'éprouvais plus de l'estime pour lui. Peut-être que ce qu'il m'avait appris sur lui avait laissé une étrange impression sur mon état d'esprit. J'avais dis un peu plus haut que le quartier jouissait d'une mauvaise réputation. Bien souvent le soir des hommes venaient cogner à ma porte. Avant moi une prostituée occupait la maison. Elle était jeune et très belle. Elle avait une clientèle de choix. Un jour elle partit avec un italien et n'était plus revenue. La voisine me racontait cela. Je décidais de chercher une maison ailleurs. Une vieille bâtisse située dans les écarts retenait mon attention. Une pancarte indiquait "Immeuble des Immigrés" me donna une idée du genre de personnes qui l'occupaient. Je rencontrais la concierge un samedi matin. Elle m'avait posé énormément de questions avant de se décider de me présenter au propriétaire d’un appartement situé au troisième étage. C’était une vieille dame longtemps à la retraite avec qui j’avais sympathisé en très peu de temps.

Je fis transporter mes meubles quelques jours plus tard et m'y installais à la fin du mois. Ma voisine était une mauricienne et s'appelait Devika. Je la rencontrais dès le lendemain de mon arriver. Le peu de paroles que nous avions échangées m'avait persuadé que nous allions bien nous entendre dans les prochains jours. Je ne m'étais pas trompée. Devika devint bien évidemment ma meilleure amie.

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UN AMOUR DE JEUNESSE : Je prends la fuite Chapitre 4

27 Février 2012 , Rédigé par Kader Rawat

Chapitre 4

 

Je prends la fuite.

 

Peu de temps avant mon départ je fis la rencontre d'un jeune garçon arabe qui se montrait intéressé à moi. Il était le fils d'un grand négociant de la ville de Saint-Denis. Il me téléphonait souvent pour me parler de ses sentiments à mon égard. Ma mère fut informée de nos rapports depuis le premier jour quand j'avais décidé de tout la raconter. Elle avait gardé le silence, ce qui me fit comprendre qu'elle était d'accord. Elle se montrait-des fois curieuse et me posait des questions pour savoir davantage sur l'intention de ce garçon. Mon père ne fut pas informé de cette démarche quelque peu malhonnête de notre part. La complicité de ma mère me donnait des libertés qui me furent m'engager dans des nouvelles aventures. "Tu as dépassé l'âge", dit­-elle. Elle m'autorisait à le rencontrer dans la journée. Il venait me chercher dans sa voiture et m'emmenait promener dans des lointains quartiers. Il s'arrêtait dans un coin bien tranquille et me faisait l'amour. Je lui laissais seulement m'embrasser et me caresser. Il me vint une fois l'idée de lui laisser me prendre et de lui faire croire plus tard que j'attendais un enfant de lui. Or c'était la première fois de ma vie que je voyais germer en moi-même des idées aussi malhonnêtes. Cela faisait toute mon indignation. Comment avais-je pu imaginer de causer un tel tort à une personne qui éprouvait de l'amour pour moi ? Si j'avais au moins le courage de lui avouer mon état, cela m'aurait peut-être soulagée. Pourquoi cet aspect exécrable de la nature humaine s'éveillait-il soudain en moi ? Je ne ressentais ni honte ni pudeur pour agir avec hypocrisie et ingratitude. Ma situation embarrassante m'incitait à commettre d'innombrables bêtises sans que je n'éprouve aucun remords. Je ne parvenais pas à repousser le mal qui manifestait en moi. Pourquoi vouloir mêler un innocent dans mes pêchés ? Je ne voulais pas m'avouer vaincue. Pourtant ma défaite était certaine. Ma chute m'entraînait déjà dans un lointain empire où j'étais perdue à jamais. Je voulais tricher pour me relever de ma situation.

Mais à quoi cela servirait-il d'inventer une grossièreté pareille? Est-ce de cette manière que je parviendrais à donner un certain sens à ma vie ? J'avais concocté le plan le plus hideux, le plus ignominieux qui me plaçaient au rang des charlatans. Comment pouvais-je faire croire à un homme que l'enfant que je portais dans mes entrailles était de lui quand je savais que c'était faux? Avais-je une seule fois réfléchi que si je réussissais dans mes entreprises quelles seraient les conséquences ? Aurais-je, après, le courage de dire a cet homme, après lui avoir procuré les joies d'être père, que l'enfant n'était pas de lui ? Ce serait absurde de ma part de vouloir compliquer mon existence de cette façon. Un innocent ne devait pas payer pour le coupable. Mon imagination me ramenait une foule d'idées qui me faisait voir claire de ma situation. Je ne parvenais pas à voir la vérité en face. Je cherchais à déformer les faits pour arranger ma situation. Pour moi le compte à rebours avait déjà commencé. La nature l'exigeait que je ne devais servir aucune méthode pour changer le cours de mon existence. Ce serait dans mes intérêts de la vivre telle que me l'avait tracée ma destinée. Je tenais absolument à respecter ces règles.

Quand je décidais de rompre avec ce jeune homme c'était pour mettre les choses au point. Ma mère ne pouvait pas comprendre les vraies raisons qui me firent décider de mettre un terme à cette liaison. Elle ne pouvait s'empêcher de me reprocher de n'avoir pas su tenir avec un garçon qui avait en plusieurs occasions prouvé son amour pour moi. Elle reposait toutes les fautes sur moi et ne cessait de me rappeler que j'avais la tête dure et que j'étais une fille difficile. A mon âge j'aurais dû être mariée et avoir des enfants, disait-elle. Si je continuais à repousser les garçons, je demeurerais vieille fille toute ma vie. Je préférais m'enfermer dans ma chambre et pleurais un bon coup pour me soulager. Parfois j'avais vraiment envie de mettre un terme à mon existence.

 J'étais terriblement contrariée dans l'état où je me trouvais. Ma mère voulait que j'épouse un garçon de bonne famille de la Réunion. Ce n'était pas facile de tomber sur un garçon qui avait les mêmes aspirations que j'en avais. D'ailleurs c'était déjà trop tard et j'avais mes raisons de trouver toutes sortes de prétextes pour ne pas entraîner dans mon sillage des innocents qui n'en savaient rien de mon état.

Le moment où je devais m'embarquer s'approchait. Je n'éprouvais aucune hésitation à me lancer dans cette nouvelle aventure. J'avais bien décidé de quitter ce lieu paisible et tranquille pour me diriger vers le vaste monde grouillant qui avait tout à m'apprendre sur les règles de l'existence. Je n'étais qu'une novice quand je m'embarquais sur ce navire dont les trois coups de sirènes me transperçaient le cœur tandis que je regardais dans une vision troublante une multitude de gens nous lançant leurs derniers signes de salutation. Des larmes de tristesse et de regret m'inondaient le visage quand l'envie me prenait de retourner vers mon île et de ne plus jamais la quitter. Il était trop tard quand je constatais que les vagues écumeuses présentaient l'obstacle infranchissable et que j'étais déjà prisonnière sur une galère qui ferait toutes mes infortunes.

Au coucher du soleil dont les derniers rayons illuminaient une partie de l'océan et embrasait l'horizon, bon nombre de passagers avaient quitté le pont pour affronter le long voyage qui les attendait. J'avais préféré porter mes admirations, à l'approche de la nuit, sur l'étendue phosphorescente qui s'étalait devant moi jusqu'à l'extinction totale de toute luminosité. Je continuais quand même à regarder dans le gouffre effroyable en écoutant les vagues déferler à côté et les étranges bruits des machines qui faisaient avancer le bâtiment. C'était une nuit sans lune et peu d'étoiles scintillaient dans le firmament. Une brise légère s'élevait et me donnait des frissons. Mon amie était venue me chercher et m'avait emmenée dans ma cabine.

C'était une cabine bien étroite. Florence m'avouait qu'elle aurait dû se bagarrer pour m'obtenir une place auprès d'elle. Une autre jeune dégingandée partageait notre cabine. Elle s'appelait Tatiana et avait tellement le corps en chaleur qu'elle ne cherchait qu'à se frotter avec des hommes. Nous l'avons bien fait comprendre que nous ne tolérions pas qu'elle emmenait des hommes dans la cabine. Qu'elle aille faire ses saloperies ailleurs cela ne nous concernait pas. Dans un premier temps je tombais gravement malade et sans les traitements que le médecin du navire me faisait suivre j'aurais pu perdre mon enfant. Florence s'occupait de moi comme une mère. J'étais tellement touchée par ses marques d'intérêt à mon égard que je ne finissais pas de la remercier. Tatiana également s'était dévouée comme une infirmière et avait relayé Florence pendant des longues nuits blanches qu'elle passait auprès de mon chevet. Je mettais du temps pour retrouver ma santé. Mon état n'était plus un secret. Avant que le médecin n'allât faire son rapport à notre chef d'équipe Tatiana s'était arrangée avec lui pour qu'il garda le silence. Pendant ma convalescence je reçus nombreuses visites de la part des amies qui faisaient en quelque sorte toute notre équipe. Elles étaient une trentaine au totale. Leur curiosité me mettait à bout de nerfs. Certaine me posaient des questions embarrassantes. Je comprenais leur nature curieuse et me retenais pour ne pas les blesser dans les sentiments. J'avais beaucoup souffert ces derniers temps. J'avais perdu quelques kilos et étais devenue laide comme tout. J'évitais de me regarder dans le miroir. Pourrais-je tenir le coup jusqu'à la France ? Il me restait encore une longue traversée. Je prenais mon courage à deux mains et décidais d'affronter les jours à venir. Les escales dans les villes de la côte d'Afrique me faisaient beaucoup de bien. Cela me permettait de prendre de la vitalité, de regagner de force, de l'énergie qu'il me manquait et qui provenait de l'air qui sortait de ce grand continent noir et mystérieux. Je me mêlais aux gens et découvrais leurs cultures et leurs coutumes. Je me sentais entourée des mystères. Une civilisation peu commune s'étendait devant moi. Une frayeur terrible s'emparait de moi. Je savais que ce n'était pas un monde dans lequel je pourrais m'habituer.

J'avais côtoyé durant toute ma vie des gens que je savais reconnaître dans tous les coins du monde. C'était auprès de ces gens que ma destinée m'avait désignée de vivre. Je ne serai jamais heureuse ailleurs.

Plus de deux semaines s'étaient écoulées quand le navire s'engageait dans le pacifique. J'étais complètement guérie et ne souffrait pas des maux de mer. Je me promenais un peu partout pendant les longues et pénibles journées chaudes et étouffantes. C'était une façon pour moi de me distraire et de faire passer le temps. Je traversais des couloirs étroits, me rendais dans des restaurants ou m'asseyais dans la salle de cinéma pour voir un film de Brigitte Bardot. Je m'arrangeais de sorte à ne pas m'ennuyer dans la journée. Parfois quand je me sentais fatiguée je demeurais dans ma cabine plongée dans un livre de Delly ou de Françoise Sagan. Je ne montais sur le pont seulement quand le soleil avait disparu derrière l'horizon et quand il commençait à faire nuit. A cette heure-ci les moindres recoins du navire étaient encombrés. J'éprouvais un plaisir de me retrouver parmi les gens qui entreprenaient ce voyage en même temps que moi. J'avais pris l'habitude de rechercher la compagnie des vieilles personnes avec lesquelles je livrais conversation jusqu'à fort tard le soir. Quelques amies parfois m'invitaient à déguster de la glace dans un coin bien tranquille.

J'avais regagné mon teint en quelques jours et commençais à prendre du poids. J'étais à dix semaines de ma grossesse et je m'étonnais de ma gourmandise. Mon éloignement avec mes parents me faisait beaucoup de peine d'autant plus que, pendant mes heures de solitude, je pensais à eux. Ce sentiment nostalgique qui m'accaparait au moment où je me trouvais seule me perturbait l'existence de manière à m'empêcher de savourer les instants de bonheur qui se présentaient. Je me retirais donc souvent les soirs dans un coin sombre du navire pour réfléchir sur mon sort. Je ne voyais pas beaucoup de perspective en vue. Mes amies s'amusaient dans la salle de danse qui était bondée de gens. La fête battait son plein à cette heure tardive de la nuit. Je n'étais jamais tentée de me retrouver dans ce milieu. Mes amies pourtant me suppliaient de les accompagner dans leur quête des distractions. Je préférais regarder le firmament, repérant les étoiles que j'avais remarquées la veille, écoutant les bruits incessants des machines et le déferlement des vagues.

J'étais assoupie dans ma couchette quand Florence entrait dans la cabine avec deux amis mauriciens. Il était trois heures de l'après-midi. La chaleur était accablante. En les apercevant, je m'étais assise sur le rebord du lit et avais commencé à mettre un peu d'ordre dans mon état. Ils avaient un drôle de façon de me regarder et étaient peu bavards. Ils étaient vêtus des vêtements de piètres qualités. Florence les avait rencontrés quelques jours auparavant et les avait trouvés sympathiques. L'un s'appelait Abou Taleb et l'autre Rachid. Ils se dirigeaient vers l'Europe en compagnie d'autres amis mauriciens. Sortant des différents quartiers de l'île Maurice, ils effectuaient ce voyage dans le but d'aller trouver du travail ailleurs. Le chemin vers l'émigration aidait nombreuses familles de se relever de l'état de pauvreté où elles se trouvaient. J'avais tout le temps de me familiariser avec bon nombre de ces amis mauriciens pour découvrir en eux des qualités exceptionnelles de la nature humaine. Florence rencontrait souvent Taleb et ils passaient leurs temps ensemble. Je demeurais toute seule dans ma cabine. Tatiana s'absentait souvent. On me racontait qu'elle partageait l'appartement luxueux d'un général allemand. Elle fut aperçue dans des belles robes en compagnie des hommes distingués. Sa disparition paniquait et inquiétait tout le monde. Notre petit groupe fut affecté de manière à ne pas nous donner un moment de répit. Les recherches avaient commencé dès que le fait fut signalé au Capitaine. Le navire fut fouillé de fond en comble. Des nouvelles inquiétantes nous parvenaient et nous choquaient. L'Allemand qui recevait Tatiana chez lui était soupçonné par des agents de la C.I.A. d'avoir torturé des prisonniers dans des camps de concentration. Il était également recherché par la justice pour avoir en plusieurs occasions enfreint la loi. Cet état de chose avait mis la crainte dans l'esprit des gens. Personne ne voulait demeurer pendant longtemps sur le pont. Des rumeurs couraient que l'allemand se cachait quelque part dans le navire et qu'il était très dangereux. Il fut retrouvé mort à notre grand soulagement dans des conditions effroyables. Tatiana était martyrisée mais encore en vie. Nous aurions dû nous regrouper pour s'occuper d'elle à tour de rôle. Son état était grave selon le diagnostic du médecin. Elle devait être transportée d'urgence à l'hôpital. Il fallait attendre des jours pour atteindre Marseille, la prochaine escale. Elle mourut suite à des hémorragies internes. Son corps fut rapatrié. Nous étions accablés par la tristesse et la désolation. J'avais commencé à éprouver des craintes pour l'avenir. Je me voyais m'enfoncer dans un monde rempli de mystère et d'incertitude. Je me demandais si je pourrais me débrouiller toute seule dans ce monde qui m'attendait. Un sentiment étrange s'était emparé de moi et m'avait donnée des doutes sur ce qui m'attendait plus tard.

Après trois semaines de traversée beaucoup de visages m'étaient familiers et se tournaient bien souvent dans ma direction pour m'adresser un salut respectueux. J'avais l'habitude de me tenir près du bastingage pour profiter de la fraîcheur de la nuit. Je considérais déjà ce petit monde comme une famille. Beaucoup de gens se regroupaient à cette heure ci sur le pont. Des petits groupes se formaient un peu partout. Les enfants remplissaient l'atmosphère de leurs cris stridents en courant comme des abrutis. Ils bousculaient ceux qui entravaient leurs chemins pendant leurs courses infernales et disparaissaient dans l'obscurité. Quand ils se fatiguaient ils allaient se jeter au lit pour dormir comme des morts. Le reste de la nuit était calme et paisible. Ceux qui ne trouvaient pas le sommeil veillaient jusqu'au petit matin. Je regagnais ma cabine vers minuit pour essayer de dormir.

Dans un monde restreint les amitiés se recherchent et se trouvent facilement. Je venais de faire la connaissance d'une famille française qui ne cessait de me parler d'un voyage fabuleux dans les îles de l'océan indien. Leur récit me fascinait et m'émerveillait de manière à éveiller en moi la nostalgie du pays. Je n'étais pas longtemps absorbée dans mes pensées qu'une amie venait m'avertir que notre chef voulait me voir. Je devinais à peu près de quoi il s'agissait. En entrant dans sa cabine je lui trouvais d'une humeur grave. Son visage renfrogné et ses regards remplis de colère me firent baisser les yeux. J'avais l'impression qu'il allait me réprimander sévèrement et ne pouvais repousser le sentiment de frayeur qui S'était emparé de moi. J'étais tout de même prête à écouter les sentences qu'il allait prononcer. Il m'invita à m'asseoir sur la chaise tout près de la table où il se tenait. Je me sentais coupable et n'avais aucun élément de défense.

- J'ai été informé de votre état, malheureusement un peu trop tard. Sinon je vous aurais fait retourner dans votre île. Vous êtes consciente du délit que vous avez commis, je suppose ?

- Oui, monsieur. Mais je voulais absolument quitter la Réunion.

- Vous n'avez pas choisi la bonne voie. Le contrat que vous avez signé stipule clairement qu'en cas de fausse déclaration, d'incompatibilité, de non conformité aux règles vous êtes disqualifiée. Il n'est pas nécessaire que je rentre dans les détails pour savoir les raisons qui vous ont poussé à agir de telle sorte. J'ai tout de même réfléchi longtemps avant de me décider de vous parler. Croyez-moi, je ne suis pas content du tout de ce vilain tour que vous nous avez joué. Mais à l'état où vous vous trouvez je ne vois pas comment je dois vous punir. Désormais je suis obligé d'avertir la direction de cet incident et je dois vous signaler que vous aurez des ennuis.

Un peu plus tard je rejoignis Florence dans la cabine. Elle m'attendait pour en savoir plus sur ma situation. Nous discutions de ce que j'avais l'intention de faire aussitôt arriver à Marseille. Je n'avais aucune idée.

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UN AMOUR DE JEUNESSE : Je suis enceinte Chapitre 3

14 Mai 2011 , Rédigé par Kader Rawat

 

Je suis enceinte

 

Je commençais plus tard à avoir la nausée à mon réveil le matin. Je ne tardais pas à m'affoler quand mes règles n'arrivaient pas. Je devenais folle en imaginant que j'étais enceinte. Je décidais de consulter un médecin pour avoir le cœur net. Mon amie s'étonna devant la situation. Je lui avouais que je n'avais pas pris mes précautions toutes les fois que j'avais eues des relations sexuelles avec mon amant. Je pouvais sortir librement à cette époque. Mes parents étaient persuadés que j'allais me montrer sage. Un vieux médecin exerçait son métier dans une région bien tranquille de la ville. Mon amie me fit comprendre que le médecin était discret, qu'il recevait très peu de clients et que je pourrais me faire examiner par lui sans aucun risque de voir divulguer mon secret au cas où le résultât était positif, ce que je craignais. Je décidais de me faire examiner par lui un vendredi soir.

Je quittais le cabinet du médecin à demi évanouie dans les bras de Florence. Je ne savais vraiment quoi faire. Je ne devais absolument pas garder cet enfant. Quel honte !

Les affaires de mon père marchaient très bien. Il avait commencé à faire fortune dans les ventes des voitures d'occasion. Il était en projet de se lancer dans l'importation des voitures neuves. Il recevait des hommes d'affaires venant de l'étranger. Les banquiers avec lesquels il traitait affaires étaient souvent invités à la maison pour dîner. Il fréquentait des personnes influentes de la politique et jouissait d'une popularité à laquelle il tenait beaucoup.

Je suivais la glorieuse ascension de mon père avec une grande admiration. Je constatais en même temps le début de ma déchéance. Ma mère et moi  étions en bons termes. Elle me traitait avec douceur et attention. Je me trouvais dans une situation difficile et ne savais comment résoudre mes problèmes. Quelle honte à moi quand mes parents allaient apprendre que j'étais enceinte! Quand je pensais aux peines que mon père se donnait pour nous faire mener une existence heureuse, je me sentais couvrir d'une honte indicible que je ne parvenais pas à cacher et qui m'inquiétait beaucoup. Au fait nous ne manquions de rien et de plus j'étais tellement gâtée par des petits présents que mon père me faisait de temps à autres que je ne cessais de me reprocher d'avoir commis là une erreur monumentale. Que faire?

J'avais pris des tisanes qui ne donnaient aucun résultat. Je voulais mettre fin à mes jours. Mon amie me demandait d'être patiente. Elle connaissait une vieille femme qui habitait au Brûlé et qui pourrait me trouver des remèdes pour me faire avorter. Je n'avais pas le choix. Je la suppliais de faire vite avant qu'il ne soit trop tard. Mon amie était venue me voir avec un air triste et désolée. La vieille femme dont elle m'avait parlé était morte depuis longtemps déjà.

Il ne me restait que deux solutions : me donner la mort pour ne pas subir à l'humiliation et la honte ou me rendre dans un endroit où les gens ne me connaissaient pas et où je pourrais porter mon enfant sans crainte. Le suicide me paraissait quand même un acte difficile à accomplir. D'ailleurs c'est interdit dans notre religion et je le savais. Je n'étais pas préparée pour faire un tel sacrifice. C'était évident que j'avais essuyé une cuisante déception. Combien mon cœur était meurtri! Combien je souffrais à l'intérieur de moi-même! Personne ne le savait. A quoi bon maintenant me morfondre su mon sort? J'avais mérité ce que j'avais cherché. Ce quelques plaisirs dérobés m'avaient coûté si cher que je me voyais me confronter avec le plus grave problème de mon existence. Je devais pourtant trouver une solution, prendre une décision importante sur laquelle dépendait mon avenir. Je m'étonnais devant la terrible envie de garder cet enfant. Je commençais déjà par l'accepter comme une partie de moi-même malgré que ce fût l'enfant de la honte. En tout cas c'était mon enfant et je ne voyais pas pourquoi je devais m'en débarrasser.

Je cherchais des moyens  à résoudre mes problèmes avant de me faire chasser de la maison quand mes parents prendraient connaissance de ma situation. Cela ne devait pas tarder si je demeurais les mains croisées. Je parvenais à l'aide d'une amie que je rencontrais en chemin d'apprendre qu'une agence située à la rue de la Compagnie cherchait des mannequins pour une grande maison de mode à Paris. Etre mannequin dans mon état me paraissait inapproprié mais si c'était une possibilité pour moi de partir, je me disais que je ferai tout mon possible. La fuite me semblait la meilleure solution. Mon ventre n'avait pas encore commencé à grossir. J'avais encore un corps qui pourrait me donner ma chance. Pourquoi ne pas la saisir ?

Les conditions qui me furent proposées me paraissaient excellentes. J'avais quelques pièces à fournir pour les formalités. J'étais majeure et pouvais effectuer toute seule mes démarches. L'agence prenait charge de mon billet et effectuait toutes les démarches nécessaires pour m'embarquer dans le premier paquebot qui partait pour la France. Je gagnais de l'argent de poche avec mes parents pour me permettre de faire de l'économie. Cette somme n'était pas importante. Je pourrais l'utiliser dans des moments difficiles. J'avais l'habitude d'écouter aux informations de la radio et de m'informer des actualités locales, nationales et internationales dans les journaux que mon père amenait à la maison le midi. Je me préparais pour affronter un monde nouveau que j'allais découvrir. Je craignais de devoir faire face aux problèmes d'adaptation. Je redoutais donc le froid. Je passais des nuits blanches à analyser les difficultés que j'allais rencontrer. Mais comment arranger les choses ? Est-ce que je pourrais aller expliquer à mes parents que j'attendais un enfant et que je l'avais conçu de telle manière ? C'était insensé. Je voudrais me montrer circonspecte dans une telle situation. J'éprouvais une immense tristesse de faire du tort à mes parents. Ils reposaient sur moi tout leur espoir. Je ne méritais guère de me retrouver auprès d'eux. J'avais commis un péché impardonnable. Je devais donc expier mes fautes. Combien ils seraient déçus de constater ma disparition. Je ne trouvais pas d'autre moyen de m'éloigner d'eux. Je ne me sentais pas aussi courageuse pour leur avouer la vérité. J'avais la crainte de ternir leur univers dans lequel ils ne faisaient que commencer à briller. Je n'avais d'autre choix que de partir bien loin.

J'étais inquiète d'entreprendre un si long voyage dans l'état où je me trouvais. J'avais entendu parler des maux de mer que nombreuses personnes de faible constitution souffraient en effectuant de long voyage. Je me doutais un peu des risques que je prenais et des difficultés que j'avais à affronter. Fuir et me jeter dans les tourments de la vie sans aucune expérience me faisaient redouter l'aventure palpitante qui m'attendait. J'avais toujours été une fille qui était très attachée au toit paternel et me demandais comment je ferai pour m'adapter à une vie houleuse dans le théâtre d'un monde où il se passait des choses dont je ne pouvais imaginer. Est-ce que j'étais vraiment capable d'affronter l'existence toute seule dans un monde différent ? Je préférais ne pas y penser. Je préparais mon départ avec discrétion. Je prenais tellement de précaution qu'à aucun moment j'avais éveillé des soupçons dans l'esprit de mes parents. Pourtant ma mère s'attachait beaucoup à moi ces derniers temps. Elle avait le pressentiment qu'elle allait me perdre. Peut-être que l'absence répétée de mon père avait resserré nos liens. Ou peut-être que l'idée de devoir la quitter définitivement dans les prochains jours avait éveillé en moi cette étrange compassion. Je les aimais tous les deux plus que ce que j'ai démontré dans cette confession. Et je savais aussi qu'ils m'aimaient beaucoup pour avoir toujours cherché à rendre mon existence confortable. Nous avons besoin de cette chaleur qui réchauffe le cœur et nous donne confiance en nous-mêmes ? Pourrai-je trouver ailleurs une telle chaleur alors que j'avais décidé de les quitter ? Dans quel pétrin je me trouvais et de quelle manière j'allais m'en sortir ? J'avais déjà commis des fautes graves pour lesquelles j'ignorais la sentence qui m'était réservée. J'allais commettre une bêtise qui pourrait me coûter bien cher. Ma mère accuserait tous les choques. Elle ne me pardonnerait jamais. Elle souffrirait beaucoup. Mais je préférais qu'elle souffre de mon départ que l'achever en l'apprenant dans quel état je me trouvais. J'avais pris soin de rédiger une longue lettre dans laquelle je ne cessais de parler de la vie heureuse que je mène auprès de mes parents et de l'obligation dans laquelle je me trouvais de partir bien loin pour des raisons que je ne pouvais mentionner. Je leur fis comprendre la chance qui m'était offerte pour faire ce voyage et les assurais de la bonne main dans laquelle je me trouvais. J'espérais ainsi limiter leurs angoisses. Ils essaieraient de s'informer auprès de mes amies pour connaître le motif exact de mon départ. J'avais eu l'idée depuis le début de ne mettre personne au courant de mes démarches à l'exception de mon amie Florence qui voyageait avec moi. Ils feraient toutes sortes de suppositions sans jamais connaître la vérité. Quel mal devais-je les faire en agissant de cette manière, et combien de tort je les causais en portant cet enfant dans mes entrailles ? Etait-ce le fruit du mal que je concevais en moi pour voir mon existence basculer de cette manière et dans une dimension à me faire quitter l'opulence pour entrer dans la vie exécrable d'une fugitive? Je voyais déjà l'obscur avenir qui m'attendait au bout du chemin et n'avais aucun moyen de retourner en arrière. Comment trouver le courage de me lancer dans le monde de cette manière ? Je ne savais pas ce que je laissais derrière moi, ce que je perdais dans ma vie. Le chemin de l'émigration me paraissait long, pénible et incertain.

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UN AMOUR DE JEUNESSE : Mes années scolaires Chapitre 2

14 Mai 2011 , Rédigé par Kader Rawat

Chapitre 2

Mes années scolaires.

Au lycée un jeune professeur métropolitain portait à mon égard un intérêt particulier. J'éprouvais également pour lui de l'admiration. C'était un type bien, de taille moyenne, mince avec de longs cheveux bien coiffés. Il était marié et avait deux beaux gosses que j'avais entrevus une fois en compagnie de sa femme, une parisienne probablement, dans une bagnole qui était stationnée devant l'établissement scolaire. Il nous enseignait l'histoire. Je n'étais pas très brillante dans cette discipline. Je devais fournir de gros efforts pour avoir de bonnes notes. Je suivais avec grands intérêts ses cours. J'étais souvent désignée pour préparer et commenter devant la classe les parcours des grands personnages de l'histoire, les règnes des Rois de France à l'époque médiévale et même avant. Je faisais des études approfondies des grandes conquêtes de l'histoire. Quand je fus interrogée par le professeur je n'éprouvais pas la moindre hésitation pour parler de tout ce que je savais de ces hommes célèbres et de leurs faiblesses pour les femmes qui avaient partagé leur vie.
Mes études m'aidaient à augmenter ma connaissance et éclairer mon esprit dans plusieurs domaines dont je ne me serais jamais intéressée si ce n'était pas pour compléter mon programme scolaire. J'avais beaucoup d'espoir de pouvoir terminer mes études avec succès et me sentais capable de pouvoir travailler avec acharnement et assiduité. Je me faisais déjà de ce monde des idées bien définies et commençais à regarder l'avenir avec beaucoup d'espoir et de confiance. Je ne manquais pas d'encouragement de la part de mes parents et avais toutes les facilités et les conforts dont j'avais besoin.
A cette époque des transformations radicales s'effectuaient dans les environnements. Les paysages changeaient d'aspect et de caractéristiques. Plusieurs bâtiments étaient en cours de construction pour abriter les familles pauvres et défavorisées qui n'avaient pas de logement salubre. Je me souviens d'avoir été choisie en classe pour parler sur les avantages et les inconvénients de situer les établissements scolaires dans des lieux agglomérés. J'abordais les élèves dans la cour de l'école pour leur poser une foule de question sur leur condition de vie dans l'enceinte de l'établissement. De cette manière je parvenais à rassembler des renseignements précieux pour traiter et développer le sujet. J'avais laissé ce jour là sur ceux qui m'écoutaient parler une forte impression.
Mon père m'avait toujours appris à être simple, modeste et agréable. C'était la raison pour laquelle j'avais de nombreuses amies. J'étais souvent mise au courant de leurs petits secrets, de leurs mésaventures et de leurs déceptions amoureuses.
Depuis ma prime jeunesse j'avais une opinion de ce que c'était que la sexualité. Quelques amies intimes m'avaient montré des photos obscènes que leurs copains les avaient prêtées. Pour moi c'était une curiosité que d'essayer de comprendre ces photos que je trouvais odieuses. Je n'avais jamais imaginé que des choses pareilles existaient. J'étais très souvent perturbée par ces images obscènes qui me hantaient l'imagination les soirs quand je me trouvais seule dans ma chambre. En classe j'avais une préférence pour la littérature générale. J'étais très intéressée de connaître la vie des plus grands écrivains français et étrangers. Je prenais un infini plaisir à parcourir les œuvres qui ont fait parler d'elles-mêmes de par le monde. Je sélectionnais de nombreux ouvrages romantiques qui alimentaient en quelque sorte mon imagination. Je m'étais inscrite à la bibliothèque départementale de Saint-Denis. J'avais droit à apporter à la maison six livres de mon choix pour une durée d'un mois avec la possibilité bien entendu de les renouveler si je voulais les garder encore. Je lisais jusqu'à fort tard le soir après avoir terminé mes devoirs de classe. Au cours du troisième trimestre j'avais peut être travaillé trop dure. Je commençais à ressentir des fatigues intenses. Mes parents étaient inquiets de mon état de santé. Ils m'emmenaient consulter un médecin. J'aurais dû garder le lit pendant plusieurs jours pour éviter de sombrer dans un état dépressif.
Je n'étais pas insensible à l'évolution de la société dans laquelle je me trouvais. Je portais mes observations sur tout ce qui se trouvait dans mon champ de vision quand je marchais dans les rues et quand je me promenais. Avec le temps je commençais à accepter que la vie avait certaines distractions que seule la jeunesse pouvait profiter. Quelques amies que je connaissais pendant des années essayaient avec beaucoup de patience à me faire comprendre que je devais changer mon attitude envers les jeunes garçons du lycée qui cherchaient à flirter avec moi. Je ne voulais pas me jeter de mon propre gré dans la gueule du loup mais me disais aussi que ce ne serait aucun mal pour personne si je me rendais coquette et me montrais plus consciente aux attentions que me portaient les casanovas.
Je ne tardais pas à mettre en pratique ma résolution. Ma mère qui était la première à remarquer les changements qui s'effectuaient dans mes habitudes me fit part de ses inquiétudes et me fit remarquer que je rentrais tard à la maison. Je me fis trop belle pour aller au lycée. Je ne faisais en vérité rien de mal si ce n'était seulement de m'attarder dans l'enceinte de la bibliothèque à bavarder avec des amies sur tous nos menus problèmes qui nous encombraient la vie. Je ne peux expliquer moi-même aujourd'hui ce qui me fit préférer ces vulgaires compagnies à l'abri discret de ma demeure. Mon père fut sitôt informé de mes retards et il venait me retrouver dans ma chambre pour me demander les raisons. Je lui expliquais que les amies que je fréquentais et avec lesquelles je demeurais jusqu'à tard n'étaient pas de la mauvaise compagnie. J'étais suffisamment responsable pour savoir ce que je devais faire et ce que je ne devais pas. Ce n'était pas une réponse que mon père aurait voulu entendre de moi. J'étais désolée. Je n'avais pas trouvé d'autres explications à lui donner. J'étais allée le voir un peu plus tard pour lui présenter mes excuses et pour lui assurer que je ne faisais rien de mal et de compromettante. Il était soulagé et m'avait dit qu'il me faisait confiance et qu'il savait que j'étais une fille qui avait la tête sur les épaules. A l'approche des fêtes de fin d'année, tous les élèves étaient contents. Nous n'avions plus beaucoup de devoirs à faire et passions nos temps à nous distraire. Je voulais profiter des occasions qui se présentaient pour m'amuser. Ma présence parmi les groupes des jeunes qui avaient la réputation d'être les feux follets de l'établissement étonnait bons nombres de soupirants que j'avais refoulé auparavant. Je semblais être la bienvenue au milieu de ce cercle que j'avais toujours évité. Certains garçons que j'avais peut-être blessés dans les sentiments sans faire attention me trouvaient une proie facile. Je n'avais jamais imaginé que la manière que je m'étais comportée au lycée avait déplu aux jeunes loups. Ils étaient prêts à me dévorer en entier. Pourtant en dépit de toutes les peines que j'avais données pour éviter de tomber dans les pièges de l'existence je me voyais bien en train de m'amuser comme une folle garce parmi une foule de gens que je ne connaissais pas. Ce milieu m'était tellement nouveau et étrange que je me sentais perdue complètement. J'avais l'impression de me trouver dans un labyrinthe en train de chercher mon chemin comme une éperdue. Pendant que la fête s'animait et prenait de l'ampleur, les quelques amies qui se trouvaient en ma compagnie me délaissaient pour rejoindre leurs copains qui les avaient entraînées auprès des étals de jeux. Je demeurais toute seule avant de rencontrer quelques amies qui me suppliaient de se joindre à elles. J'avais trouvé leur compagnie tellement agréable que j'avais passé toute la soirée avec elles. A l'approche de la nuit quelques ampoules électriques suspendues au plafond étaient allumées et répandaient des lueurs faibles dans la grande pièce. Je commençais vraiment à prendre goût aux plaisirs en me mélangeant à la foule. Je me trouvais, sans me rendre compte, en train de m'amuser, dans les bras de ces garçons que j'avais repoussés en maintes occasions. C'était pour moi le début d'une nouvelle vie qui ne cesserait de prendre des dimensions considérables. Au cours de cette même soirée, j'avais fait la connaissance d'un jeune métropolitain qui se montrait gentil avec moi. Il ne voulait pas me quitter depuis qu'il m'avait rencontrée. C'était le neveu d'un professeur de l'école. Il était venu passer quelques semaines de vacances dans l'île. Il me parlait de ce monde comme si dirait qu'il avait vécu pendant longtemps. Il avait une vaste connaissance. J'étais fascinée par son intelligence. Il voulait me rendre visite chez moi. J’avais parlé de lui à ma mère. Elle m’avait fait comprendre qu’elle n’était pas d’accord que je nouais amitié avec des garçons et de faire pénétrer dans la maison des étrangers.
- Ce n’est pas un étranger. C’est un ami, avais-je répliqué.
-Si c’est un ami tu le reçois donc dehors. Chez moi je n’admets pas qu’on introduise qui que ce soit. Et puis, depuis quand tu te fais des amis ? Ce n'est pas de ton habitude de te familiariser avec les garçons. Est-ce que tu crois que ton père sera content d'apprendre sur ces fréquentations? Notre religion nous interdit toutes ces fantaisies. Je t'aurais conseillée de bien te comporter si tu veux garder la tête haute. Ton honneur et celui de ta famille ne dépend que de toi.
J'éprouvais une immense tristesse devant la situation. Je trouvais des occasions pour lui rencontrer dans des lieux discrets où nous pouvions parler librement. J'étais amoureuse de ce garçon qui n'était pas de ma religion et cela me compliquait l'existence. Quand je fis une mise au point sur ma situation je découvris que j'étais engagée dans le mauvais chemin. Je n'avais pas le courage de me détacher de cet homme qui me plaisait tant. Ma mère ne tardait pas à découvrir que j'étais amoureuse. Elle était déçue. Elle ne pouvait pas accepter l'idée que j'aimais un garçon zoreil. Quel compte allait-elle rendre à son mari quand il apprendrait que je fréquentais un étranger et un garçon qui n'était pas de ma religion. Elle m'avait proféré des menaces et m'avait injuriée pour cette vie de débauche qu'elle me reprochait de mener. Des démarches furent effectuées par la suite, sans que je fusse tenue au courant, pour me trouver un mari dans le meilleur délai avant, disait-elle, que je ne déshonore la famille. En plusieurs occasions des visites inattendues m'obligeaient à me présenter devant des hommes bien différents à mes goûts et à mes aspirations. Certains étaient en tenu arabe, à l'aspect grossier et louche, avec de longues barbes. Ils me donnaient une telle frayeur que j'avais une envie terrible de fuir. Personne ne me convenait ni ne me plaisait. Je fus interdite de quitter la maison sans aucun motif valable. Je fus très affectée de ne pouvoir rencontrer l'homme que j'aimais et à qui je pensais énormément. Après une semaine de m'être privée de le voir, j'éprouvais un désir terrible d'aller lui trouver même s'il fallait courir des risques. J'avais l'espoir de pouvoir trouver une bonne excuse pour tromper la vigilance de ma mère qui ne me lâchait pas des yeux. Florence me remit une lettre de mon amoureux m'annonçant qu'il devait rentrer en France dans quelques jours. Je voulais le rencontrer avant son départ. Je commençais à perdre espoir à ne jamais plus le revoir. J'étais si triste et désolée que j’avais envie me donner la mort. Quand mon amie était partie c'était à ce moment là que l'idée m'était venue de demander à mon amoureux de venir me voir tard le soir. J'étais certaine qu'il le ferait pour me voir. Je regrettais de ne pouvoir arranger les choses de cette manière. Il ne me restait qu'une seule solution. C'était de me rendre moi-même chez lui. Mais comment tromper la vigilance de ma mère. Elle surveillait tous mes mouvements. Je priais Florence de transmettre à Christophe, il s'appelait ainsi, un message lui demandant de venir me voir le soir. Je laisserais la fenêtre de ma chambre ouverte. Il réussit vers le minuit passé à s'introduire dans ma chambre. Je lui fis comprendre à voix basse combien j'étais malheureuse loin de lui. Il avait compris le sentiment profond que je portais pour lui et profitait de ma faiblesse et de l'empire qu'il exerçait sur moi pour commencer à me faire l'amour. J'avais connu un instant de bonheur intense avant de nous séparer à l'aube en nous promettant de nous revoir le plus tôt possible.
J'étais allée à sa rencontre plusieurs fois et nous avions fait l'amour pendant des heures sans nous lasser. J'étais heureuse. Le jour où Christophe devait partir je m'étais enfermée dans ma chambre et avais pleuré pendant longtemps. Florence était venue me consoler. Elle connaissait mes moindres secrets.

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