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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 28

26 Mars 2019 , Rédigé par Kader Rawat

 

Après deux années entières passées dans l’enseignement, je reçus une proposition du Prime Minister’s Office pour un poste de Clerical Officer au Ministère de la Santé. Quitter le collège me peinait car j’y avais passé les deux plus belles années de ma carrière.

C’est avec beaucoup d’émotion que je me séparai des élèves auxquels je m’étais attachés et de mes collègues auxquels je m’étais habitué et que je n’aurais plus l’occasion de revoir après.

Je laissais derrière moi un rêve qui me revenait sans cesse à la mémoire et m’emplissait d’une joie indicible en revivant les beaux moments que j’avais vécus aussi bien avec mes collègues qu’avec mes élèves, dont j’ai revu certains au hasard.

L’enseignement a toujours été une de mes professions favorites et ce temps est tellement imprégné dans ma mémoire que les images continuent à défiler devant mes yeux. En outre, j’avoue, qu’en même temps que j’enseignais aux autres, j’apprenais énormément de choses qui m’aidèrent dans ma vie courante. En délaissant l’éducation et mon passionnant métier de professeur, je me demandais si je n’avais pas tort et que j’allais bientôt regretter ma décision mais j’étais tenté par l’emploi qu’on m’offrait, emploi plus rassurant et mieux payé.

Je réalisai de suite le monde de différence entre travailler dans un bureau ou une salle de classe. Entre s’asseoir derrière un bureau et se tenir devant des élèves pour les instruire, constater leurs progrès et contrôler leurs devoirs; entre enfermer son esprit entre quatre murs et l’exercer au profit d’élèves, stimuler les jeunes dans une classe. J’étais comme un poisson privé de l’eau du lac, qui jouissait de la liberté d’exercer toutes ses capacités pour être mis dans un aquarium exigu où tout est limité ! 

J’intégrai la section ‘Registry’ qui se composait de plusieurs autres Clericals Assistants et un ou deux Clerical Officer qui devinrent plus tard mes collègues. Le Registrar était Monsieur Alphonse, un homme âgé et bien aimable. J’étais l’assistant d’une collègue musulmane, elle aussi très agréable avec moi. Elle me guidait dans mon travail qui consistait à réceptionner le courrier et le classer dans des dossiers en respectant les règles déjà établies.  

Le « Registry » ne représente à mes yeux aujourd’hui qu’une section banale de l’empire que représente en quelque sorte le Ministère de la Santé.

Je trouvais énormément d’occasions de parcourir, en tant que personnel de l’établissement, d’autres sections plutôt administratives du Ministère.

Je pus établir des rapports, dans de rares occasions, avec des fonctionnaires haut placés, sauf avec M. le Ministre que je pus apercevoir une ou deux fois à la rigueur.

Au collège, j’avais appris à diriger, commander, faire obéir, prendre des initiatives, écouter, corriger; au bureau j’apprenais à obéir, à me soumettre, à écouter. J’avais moins de responsabilités et ne me souciais pas pour le travail.

Cette façon de fonctionner changeait mes habitudes, ma conception d’un travail valorisant et faisait de moi un homme satisfait du peu de son travail. Les ambitions que j’avais nourries se volatilisaient et je ne faisais plus d’espoir, du côté de mon travail, d’y retrouver la passion, comme dans l’enseignement. Je tuais en moi tous mes désirs de vocations et laissais s’égrener les jours, sans enthousiasme, en me livrant aux activités que mon cercle de vie m’offrait.

Je ne faisais que débuter dans une carrière dont les promotions sont liées, non à la qualité de la personne, mais à son temps de service !

Les employés du Gouvernement reçoivent généralement le tribut de leurs parents, le respect de leurs voisins, de leurs amis, la confiance des gens.

L’objectif de tous les Mauriciens est d’avoir un emploi stable et rassurant.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 27...

25 Mars 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 27

25 Mars 2019 , Rédigé par Kader Rawat

 

Je remettais les trois quarts de mon salaire à mes parents et gardais le reste pour mes trajets et mes sorties avec mes amis dont la plupart travaillaient. Cet argent nous permettait les fréquentations des restaurants, des excursions et des pique-niques. Nos fréquents déplacements nous poussèrent à rechercher, pour limiter nos dépenses, des personnes propriétaires de voitures qui pourraient se joindre à nous et avec lesquels nous pouvions organiser des sorties.

Nous avions formé un moment le projet d’acheter une vieille voiture qu’une connaissance voulait bien nous vendre. Nous nous associâmes pour cet achat de sept cents roupies facilité par un crédit avec un acompte de quatre cents roupies et trois mensualités de cent roupies.

Cependant, comme aucun d’entre-nous ne possédait de permis de conduire, nous arrivions toujours à trouver quelqu’un pour prendre le volant quand nous allions nous promener le dimanche et nous avons réussi tous à apprendre à conduire sur cette voiture. Je fus le premier à obtenir mon permis; mes amis l’eurent assez vite, de sorte qu’il ne manquait plus de chauffeur. Quant à l’entretien du vieux véhicule, un ami était chargé d’en prendre soin.

Il y eut en ce temps de telles périodes où ma cousine et moi n’échangions plus de lettres ou entrecoupées de temps très longs que nous pouvions redouter la rupture totale ! Nous ne nous donnions aucun signe de vie et chacun s’isolait de son côté pour panser une plaie que nous avions, par notre comportement, créée et qui en fait nous dévorait de l’intérieur. 

Avant de cesser de nous écrire, nous nous déchirâmes le cœur par des paroles insidieuses que nos jalousies, nos doutes, nos colères, nos exaspérations, nos désespoirs nous poussaient à commettre. Nos déchirements soulageaient beaucoup de cœurs qui n’approuvaient pas notre liaison.

Cet intermède dans ma vie amoureuse m’incita à m’intéresser de près à une jeune collégienne que j’avais aperçue à tout hasard à Port–Louis mais que déjà je passais beaucoup de temps à rechercher, simplement pour la regarder car rien de sérieux ne se passait entre nous par la suite. Je ne l’avais rencontrée que deux ou trois fois dans le bus sans que nous nous soyons dit  grand-chose. Mes hésitations à aller à sa rencontre ainsi que les efforts qu’elle faisait pour m'éviter mirent fin à cette éventuelle aventure.

Je découvris par là que mon cœur était profondément attaché à ma cousine et que malgré le mutisme que je lui réservais, mes sentiments n’avaient pas changé à son égard.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 26...

22 Mars 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 26

22 Mars 2019 , Rédigé par Kader Rawat

 

Bien obligé de faire un effort pour considérer ce problème dans son contexte, je me vois efforcé d’accepter que d’une part j’exhibais un exemple qui n’avait rien à embellir mon image et de plus, je me trempais déjà dans un vice, une habitude qui pourrait me causer grand tort plus tard.

Le village de Plaine des Papayes démontrait l’aspect encore sauvage des lieux où s’élevaient, de part et d’autre, des maisons en tôles ou en paille cachées derrière des bosquets, des arbres, des touffes de bambous, à l’intérieur des cours dégarnies et arides. Les conditions misérables des gens étaient d’une évidence qui ne pouvait tromper l’œil. Seulement quelques demeures, construites probablement très récemment, indiquaient l’opulence dans laquelle quelques rares familles vivaient. Ces maisons s’élevant généralement dans la profondeur des cours gazonnées, et entourées par des haies ou des murs hauts, étaient les seuls édifices qui faisaient la fierté des habitants. La plantation de la canne à sucre atteignait rarement les bordures des routes. J’avais des parents qui habitaient dans une modeste maison à environ un mile du collège Northern. J’allais parfois, après mes heures de cours, marcher le long de la route royale pendant une quinzaine de minutes pour rendre visite à ces parents. Ils me réservaient toujours un accueil chaleureux et je prenais souvent plaisir à m’entretenir avec mon oncle et ma tante pendant un long moment avant de me décider de rentrer à la maison. Lors de ces visites, mes cousins et cousines profitaient de ma présence pour me demander une aide dans leurs devoirs. Ensuite, mon cousin m'accompagnait à mon arrêt de bus et j’allumais une cigarette en attendant.

Mes préoccupations professionnelles et tous les autres éléments de ma vie avaient réduit fortement la fréquence de mes correspondances avec ma cousine de La Réunion.

Elle me reprochait la froideur de mes lettres ainsi que la fréquence et leur insignifiance. Je consacrais en effet peu de temps à cet amour que je n’avais en fait aucune raison de négliger. Accaparé en réalité je trouvais à peine le temps de lire et n’écrivais qu’au dernier moment, avec des mots d’excuses et d’affection pour consoler ma cousine de la réponse tardive à son courrier qui était arrivé de longue date !

J’avais encore l’esprit trop jeune pour deviner les conséquences de mes gestes et de mes attitudes.

J’avais l’impression de ne penser qu’à moi tout seul et de ne vouloir vivre que pour mon plaisir personnel. C’étaient certes les premières manifestations des maladresses de la jeunesse, des émois qui s’abattaient sur moi par rafales et j’éprouvais parfois beaucoup de difficultés pour retrouver l’équilibre.

Je me laissais entraîner par des vagues émotionnelles qui me causèrent par la suite énormément de peine en voyant s’effondrer mon premier amour, sa chute, sa déchéance.

Responsable de mes actes, je mettais du temps à réaliser la situation, à me ressaisir après que bien des dégâts se soient passés.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 25

4 Mars 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

Le seul incident que j’avais eu était une histoire banale qui me fait aujourd’hui réaliser à quel point l’esprit de la jeunesse est faible et susceptible. Je venais d’allumer une cigarette un matin quand la cloche sonnait, et ne voulant l’éteindre si vite, je me rendais aux côtés de mes collègues durant le rassemblement du matin. Le nouveau Superviseur, Monsieur Kassenally, ayant constaté cela, me fit une remarque insidieuse et désobligeante devant les élèves. J’avais très mal digéré cette humiliation et ne pouvais l’accepter sans un sentiment de révolte parce que je me voyais atteint dans mon orgueil. Mes collègues me reprochaient mon attitude indifférente et me poussaient à aller le voir dans son bureau pour lui demander des explications.

Je me rendis dans son bureau et nous avions parlé à peu près en ces termes :

— May I talk to you Mr. Kassenally, dis-je en frappant à la porte de son bureau.

— Oh, Mr Rawat, please come in. What can I do for you? répondit-il.

— I have come more exactly to see you because I did not appreciate what you said on me during the gathering.

— But I can’t stand it, Mr Rawat.

— I understand that you cannot stand it Mr Kassenally, but this is not the reason to make such remark to me in front of the pupils. You could have called me in your office to tell me calmly what you have got to say to me but the way you humiliate me in front of the pupils is not the good one. I take great care to present what I have got best of myself to the pupils and now by your words you want to destroy my personality just because you can’t stand seeing me bearing a cigarette between my fingers. I am not giving bad examples to the pupils as you pretend.

— Well, I am sorry Mr Rawat, my intention is not to frustrate you when I said it. I did not know that this would disappoint you likewise. My intention has never been to humiliate you, make sure. Why should I destroy your personality? Maybe that I make a mistake to have made such remark to you in front of the pupils but I did not want to harm you. I am really sorry.

— No matter. It's okay. I would prefer that you call me next time in your office and tell me all you want.

— I am sure you would not give me such occasion.

— I would try my best, but as every human being, I have my weaknesses. Good-bye Mr Kassenally.

— Good-bye Mr Rawat.

Malgré ce petit incident que je tentais d’oublier, Monsieur Kassenally et moi-même entretenions de très bons rapports par la suite. Il venait souvent me rendre visite dans ma classe quand nous devions débattre ensembles des problèmes à résoudre et qui touchaient en particulier l’enseignement. Il s’était montré à mon égard bien sympathique et je le trouvais soudainement très attentif à ma personne à chaque fois que je le rencontrais sur mon chemin lorsque je quittais un département pour me rendre dans l'autre. Cette considération me touchait beaucoup et je savais, dès lors, que je m’étais trompé sur lui en imaginant le tort qu’il avait voulu me faire. De toute évidence, je lui donne raison d’avoir agi comme il l’avait fait. Je n’avais en réalité subi aucun préjudice. Cela m’avait appris à fumer dans des lieux plus discrets et à me montrer plus respectable quand je me trouvais dans le rassemblement de la cour du collège, tout en admettant que fumer devant les élèves constitue un manque d’égard envers soi-même et envers les autres.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 24 ...

28 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 24

28 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

Le programme de l’établissement permettait aux élèves d’étudier sept sujets par jour à raison de quarante minutes pour chacun. Les cours avaient lieu de neuf heures du matin jusqu’à trois heures de l’après-midi, entrecoupés de deux  pauses de dix minutes le matin et l’après-midi ainsi que la pause méridionale.

L’enseignement s’effectuait par un système de ventilation des professeurs qui circulaient d’une classe à l’autre selon un plan de travail bien établi.

J’enseignais le dessin dans toutes les classes de garçons et filles et étais donc un des rares professeurs à pouvoir avoir un contact avec tous les élèves.

Art est le terme que les élèves utilisaient pour parler de dessin; ce qui était le plus drôle c’est qu’aucun d’eux n’avaient jamais appris à dessiner et moi non plus, personne ne m’avait jamais initié à cet art et que de plus, je n’avais jamais suivi une classe de dessin pendant mes dernières années d’études !

J’avais seulement choisi cette discipline en option pour compléter mon programme d’examen. Et je devais enseigner l’Art !  

La première fois que j’eus à prendre une classe pour leur donner des cours, je me rendis avec eux dans la bibliothèque de l’établissement où une charmante bibliothécaire était installée à son bureau.

Nullement intimidé, j’avais commencé à parler longuement de l’art, sans comprendre moi-même d’où me venait l’inspiration et étonné que j’aie pu disserter aussi bien sur un sujet auquel je ne m’étais jamais documenté.

Je ne manquais pas d’inspiration, fort heureusement !

J’étais très consciencieux dans mes responsabilités, aussi ai-je toujours essayé d’apporter des améliorations dans mon enseignement.

J’appliquais des méthodes efficaces aux élèves des différents niveaux pour les amener à faire des progrès. Je leur appris à manier le crayon, à réaliser une nature morte à la technique de la peinture à l’eau, un visage ou une création abstraite.

J’attirais leur attention sur l’importance, dans une composition, de faire jouer les nuances, les contrastes pour mettre en valeur un paysage, des objets ou les traits d’un visage.

Je mettais bien souvent mon talent en pratique en réalisant, sur le tableau, avec de la craie blanche, le dessin que je souhaitais les voir réaliser. Pendant que les élèves travaillaient, je circulais dans la classe pour inspecter le cahier de dessin de chacun et leur donner des conseils sur les couleurs à choisir pour atteindre une image proche de la réalité.

Quelques élèves des classes supérieures m’impressionnaient beaucoup par leur talent dans les réalisations qu’ils me remettaient. Certains étaient vraiment très doués pour cela et je pensais qu’il existait une possibilité pour quelques uns, quelques unes, de présenter et de pouvoir avoir de bonnes notes à l’examen de la School Certificate, à condition qu’ils aient quelques maîtrises des autres disciplines. Réussir cet examen de dessin était déjà une partie de la réussite de l’épreuve.

Celui qui a du talent doit l’exprimer, que ce soit dans n’importe quelle discipline; le laisser dormir est un gâchis !

L’ambiance qui existait parmi les collègues du Collège demeure à jamais imprégnée dans ma mémoire. Les courts moments où nous nous retrouvions dans le mess-room avaient fait naître des relations amicales les uns envers les autres. A midi, tout particulièrement, nous apprenions à nous connaître les uns les autres. Pour le repas, j’avais l’habitude d’apporter mon pain, bien entortillé dans une serviette que je plaçais dans mon placard. Je me rappelle très bien de Monsieur Adolphe, professeur de français dont le langage me laissait de profondes impressions, et que je trouvais tous les midis dans son petit coin à savourer tranquillement son déjeuner. Il parlait peu et bien. J’avais à son égard une sorte d’admiration et le traitais avec beaucoup de respect pour sa gentillesse et son affabilité qui révélait la grandeur de son esprit et de son intelligence. Il avait l’habitude aussi, après avoir mangé, de fumer une cigarette avec un infini plaisir et se joignit de temps à autres aux multiples plaisanteries que nous faisions pour nous amuser. Monsieur Jaddoo également était un très bon farceur. Sa stature et sa corpulence lui donnait une très forte personnalité. Une fois, m’étant allongé sur un banc, il était venu s’asseoir sur mon ventre que je sentis pratiquement éclater sous son propre poids. J’avais du le repousser de toutes mes forces pour m’extraire de cette surcharge. Une autre fois, lui-même encore et les autres collègues m’avaient soulevé et voulaient m’enlever mon pantalon. Je me débattais comme un enfant et avais même crié fort pour qu’ils me déposent par terre. Cela prouvait à quel degré nous étions proches comme des frères et quel genre de farces nous pouvions inventer pour nous amuser. Nous avions toujours demeuré en bon terme. Nujjou, Ramphul, Naga, Chong, et bien d’autres m’ont laissé dans l’esprit les empreintes de ces temps-là.

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 23...

27 Février 2019 , Rédigé par kader rawat

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DE SI LOINTAINS SOUVENIRS 23

27 Février 2019 , Rédigé par Kader Rawat

 

Un extrait de mon autobiographie 'Le bon vieux temps'.

A l’époque, je n’avais que deux costumes que je portais en alternance. Le costume bleu pâle était celui du mariage de ma sœur qui datait de quelques années déjà et l'autre costume gris avec des rayures noires également fait à l'occasion d'un mariage d'un parent proche. J'utilisais par occasion le paletot de mon père ou de mon oncle qui n'en servait jamais.

Je me réveillais d’habitude à sept heures du matin et sortais de la maison à huit heures; ensuite, je marchais jusqu’à La croisée pour prendre un taxi qui me déposait devant l’hôpital Sir Seewoosagar Ramgoolam où j’attendais l’arrivée du bus qui me ramenait devant le collège Northern à Plaine des Papayes. J’atteignais l’établissement scolaire dix ou quinze minutes avant que la cloche ne sonne et j’étais de retour à la maison vers quatre heures de l’après-midi en faisant le même trajet en sens inverse.

A Maurice toutes les personnes qui enseignent sont appelées des Professeurs. A partir de maintenant j’utiliserai le mot Professeur pour désigner les enseignants, malgré que, dans son contexte, il existe une très grande différence entre les mots professeur et enseignant.

Lors de la mise en rang, dans la cour de récréation, et d’après le principe de l’Etablissement, tous les élèves devaient s’aligner en ordre respectif, commençant par les plus petits et les plus grands à l'arrière.

Chaque professeur était responsable d’une classe particulière dont il avait la charge de la mise en rangs, en contrôlant l’alignement, les tenues vestimentaires des élèves et en exigeant avec sévérité et rigueur l’ordre et le silence.

Après quelques mots du Directeur les élèves et les professeurs entamaient l’hymne national :

« Glory to thee

 Motherland,

Motherland of mine…. »

avant de regagner les classes en files indiennes en passant au côté droit ou gauche du bâtiment.

Le collège était abrité dans une vieille demeure de plusieurs pièces aménagées et couvertes,  dont l’aspect peu attrayant n’attirait en aucune façon l’attention des passants, si ce n’est une enseigne quelque peu abîmée qui indiquait l’établissement scolaire.

L’intérieur des classes, très sombre par temps couvert, était tout de même équipé de quelques ampoules électriques qui étaient censées éclairer les jeunes cerveaux des élèves.

Cet établissement assez isolé des autres habitations était très calme.

A l’arrière du bâtiment, la construction récente  de quelques salles supplémentaires indiquait déjà l’évolution des activités du collège. A côté de ces nouvelles constructions s’étendait une vaste plaine qui servait de terrain de football pendant la pause de midi. A d’autres moments, ce terrain servait de terrain de jeu aux plus jeunes élèves qui pouvaient s’ébattre, se détendre sur des herbes vertes.

Ce département était fréquenté uniquement par des garçons, la mixité n'était pas de rigueur et le bâtiment scolaire destiné aux filles se trouvait trois cents mètres plus bas. 

Le bâtiment, à environ cent cinquante mètres de la route royale, se situait derrière une vaste plaine herbeuse où les filles se rassemblaient le matin en attendant le début des cours.

Les élèves de la campagne étaient encore fermés à tout ce qui n’était pas de leur domaine rural. Il était rare que je puisse rencontrer une élève qui parvint à s’exprimer en langue française. Il s'agissait là bien évidemment de l'environement où je me trouvais. Ce n'était pas du tout une généralité. Ce langage français était bien entendu pratiqué dans d'autres endroits précis et particuliers.

Il est encore évident que, même jusqu’à ces jours, la pratique de la langue française et anglaise à domicile est quasiment inexistante à quelques exceptions faites.

Pouvoir maîtriser un langage et le pratiquer couramment est certes un avantage et pour encourager cette pratique à mes nouveaux élèves, j’avais pour habitude de tester leurs connaissances des langues en animant des conversations au cours desquelles je les incitais à s’exprimer le plus amplement possible sur différents sujets.

Les filles très réservées, timides jusqu’à en avoir l’apparence glaciale, étaient moins communicatives. Je comprenais très bien cette manifestation toute naturelle mais le temps les obligeaient à changer. Elles devenaient à l’aise avec des personnes qui auparavant les auraient intimidées. Pourtant, entre-elles, elles riaient, blaguaient, étaient très détendues. Je profitais de ces moments où elles étaient libérées de leurs complexes, pour mieux les comprendre et les connaître. C’étaient de jeunes créatures innocentes et pures qui étaient encore au seuil de leur existence.

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