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La colonie lointaine Chapitre 7

13 Juin 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

La colonie lointaine

 

Chapitre 7

 

Le mois sacré de Ramadan arrivait enfin avec l'apparition de la nouvelle lune. Un mois appréhendé déjà par la famille Karim. Pendant ces jours de jeûne, de résignation, d'abstinence, et de prières, chaque effort fourni pour pratiquer le bien et éviter le mal, aide à comprendre la valeur de ce mois sacré.

Chaque membre de la famille Karim était conscient de l'importance de ce mois. A trois heures du matin ou même avant, au moment où le sommeil accapare l'être, il était temps pour lui de se réveiller pour aller prendre en famille le repas du matin. Les lumières des maisons étaient toutes allumées, et les membres de chaque famille se regroupaient pour commencer la journée de Ramadan.

Julie était debout en même temps que madame Karim à deux heures du matin. Elle l'aidait dans la cuisine à chauffer le repas, à faire le thé, mettre le couvert et disposer les assiettes, les verres, les cuillers. Elle allait ensuite réveiller les filles qui rejoignaient les garçons déjà installés à table, les yeux bouffis par le sommeil. Ils mangeaient et buvaient jusqu'à ce que la lueur du jour se pointe à l'horizon. Ils se levaient et se dispersaient chacun de leur côté.

Les hommes accomplissaient la prière obligatoire du matin à la mosquée et les femmes à la maison. Ils prononçaient le vœu de vouloir garder le jeûne pour le Seigneur. Une journée toute entière qu'ils devraient passer à ne pas manger, à ne pas boire pour se débarrasser des mauvaises habitudes, pour se priver de toutes satisfactions matérielles, pour éprouver la faim et sentir la soif comme le font les pauvres, pour s'identifier à eux, se mettre à leur place pour comprendre les effets de la misère, la pauvreté et la souffrance. Une journée entière pour mettre en cause sa conscience, pour s'interroger sur l'importance et la valeur matérielle. Les fidèles puisent leur ressource dans la prière, fortifient l'âme par la lecture du Coran. Un mois de sacrifice, de dévotion, d'abstinence, de jeûne et de prières, qui passe trop vite pour comprendre que les péchés s'estompent par obstination et volonté.

Les épouses, les mères et les sœurs se retirent dans un coin tranquille pour accomplir plus de prières que d'habitude. Les pièces sont imprégnées d'une forte odeur d'encens. Un calme étrange règne dans la maison toute entière et chacun se replie sur soi-même pour prier, pour se reposer, pour jeûner. Peu de mots sont échangés comme si le monde tournait au ralenti.

Julie constata qu'au cours de ce mois de jeûn, le visage auparavant frais et lisse de ses petits patrons se métamorphosait par une barbe bien fournie. Leur visage était tiré par le manque de sommeil, la fatigue et les efforts fournis pendant les longues nuits de prières. Pour elle aussi c’était une période de répit. Aucune parole déplacée ne lui fut adressée ; aucun regard indiscret ne lui fut lancé ; aucun geste qui pouvait nuire n’était venu la contraindre dans sa vie quotidienne. Des bons enfants exemplaires comme il n’y en avait pas deux tout le long de ce mois de Ramadan.

Une journée passée dans le travail ou à la maison s'achève au coucher du soleil dans la réjouissance d'étancher sa soif avec une boisson sucrée et parfumée, de prendre sur la langue des gâteaux salés, épicés et doux que l'épouse, la mère, les sœurs ou la cuisinière ont confectionnés pendant toute l'après-midi.

Julie préparait les épices, épluchait l'ail, le gingembre, les mélangeait avec des piments et du sel et les écrasait. Elle rangeait les bocaux de cardamome, de cannelle, de girofle, grillait le café au fond d'une marmite en fonte, enfermait les gousses de vanille dans le garde-manger. A cette heure-ci, M. Karim se permettait une petite somme avant de se rendre à la prière. Et pendant la grande prière du vendredi qui rassemblait les fidèles, il écoutait les bonnes paroles adressées à tous les croyants.

« Il y existe un moment dans l'existence, sermonnait l'Imam dans son discours, où nous devons nous arrêter et interroger notre conscience sur la réalité de ce monde ici bas; nous devons réaliser combien notre vie importe si peu à comparée de celle qui nous attend dans l'autre monde; il est temps pour nous de comprendre que nous devons fournir des efforts pour accomplir de bonnes actions et pour éviter de commettre des péchés.»

Après la rupture du jeûne, les membres de la famille se réunissaient pour le dîner, pour se permettre une petite pause; ensuite les hommes se rendaient à la mosquée pour accomplir la prière commune du soir.

Julie et les autres domestiques nettoyaient les chambres, changeaient les rideaux, lavaient, astiquaient, lustraient, enfin rendaient propre chaque recoin. Pour célébrer la fête de fin de Ramadan les fidèles étaient vêtus de beaux vêtements pour se rendre à la mosquée. La prière spéciale est accomplie après le lever du soleil. L'Imam fait son sermon devant les fidèles imprégnés de foi et allégés des péchés. Chacun s'impatientait de se retrouver devant la table garnie d'une variété de gâteaux préparés à la maison ou commandés chez le pâtissier. La fête était célébrée de gaieté de cœur et de grande réjouissance. Rassemblement au sein des familles et accolades; distribution de cadeaux; de la nourriture en abondance. Chacun fait exploser sa joie. La journée se passait dans la bonne humeur; certains rendaient visites aux parents, d'autres partageaient le bonheur avec des amis.

 

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La colonie lointaine Chapitre 6

22 Mai 2014 , Rédigé par Kader Rawat

La colonie lointaine

 

Chapitre 6

 

Quand l'étranger disparut dans la forêt, Charles Deschamps allait chercher du bois entassé derrière la maison.

Une demi-heure plus tard Charles Deschamps était en train de couper du bois quand Julie se présenta dans la cour.

— Ah! Enfin, te voilà de retour, dit le père, tu ne pouvais pas savoir quel souci nous avons fait pour toi.

— Bonjour père. Je suis vraiment désolée. Je ne veux pas vous faire de la peine.

— Ta mère est en train de mourir d'inquiétude à ton sujet.

— Fabien sait que je suis partie chercher du travail. Il ne vous a rien dit?

— Tu aurais dû nous le dire toi-même. D'habitude tu ne t'absentes pas pendant si longtemps sans donner de nouvelle.

— Vous ne m'aurez jamais laissé m'en aller toute seule. Où est maman? J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer.

— Elle est partie à l'église avec Fabien et Yvette. Ils vont sûrement passer au cimetière pour déposer des fleurs et faire une prière pour les morts. Rentres à la maison et sers-toi à boire et à manger. Tu devais être fatiguée pour avoir fait un long trajet.

— Tiens. J'ai apporté une dinde et une bouteille de vin. Devine ce qu'on va fêter?

— Tu as beaucoup de choses à nous dire, je suppose. Et bien vas te reposer un peu pendant que je termine à couper ces morceaux de bois. Quand nous serons tous réunis tu vas nous raconter tout dans les détails.

Julie entrait dans la maison en regardant avec tristesse ces vieux meubles de pacotilles qui ne valaient pas grand chose à comparer de ceux qu'elle avait vus dans les maisons où elle avait travaillé. Elle menait une vie sans histoire jusqu'au jour où quelques événements déplorables la firent comprendre qu'elle pourrait terminer son existence dans la misère si elle ne réagissait pas. L'aventure sans précédent qu'elle avait eue chez sa dernière maîtresse l'avait fait porter sur le dos l'étiquette de l'allumeuse. Sa vie était tourmentée de telle sorte que si elle n'avait pas le moral fort et le soutien de sa famille elle aurait longtemps sombré dans la dépression.

C'est arrivé pendant qu'elle travaillait comme femme de ménage chez Madame Blondet, épouse austère d'un colon prospère de la région. Quand sa présence avait commencé à tourner la tête de ses petits patrons, Madame Blondet, qui avait l'œil à tout, n'avait pas tardé à réagir et avait jugé bon de la renvoyer avant que les choses ne se dégradent et que les jeunes fils de la noblesse commencent à perdre la tête pour une domestique. Julie n'avait rien fait de mal pour mériter un traitement aussi odieux et pour supporter autant des calomnies sur son dos fragile. La prévoyance de Mme Blondet, ses rigueurs ne l'avaient pas donné le temps de réfléchir ni de savoir plus de ce qu'elle avait cru comprendre. Elle n'avait même pas soulevé des discussions ni cherché des explications pour se rassurer si ses jugements étaient bons ou pas. Elle se rapportait au vieil adage qui disait qu'il valait mieux prévenir que guérir. Elle voulait vivre dans la transparence et préférait écarter les doutes, les dissiper par tous les moyens possibles sans penser aux conséquences. Julie avait digéré mal une telle humiliation et bien qu'elle ne se sente pas coupable de la situation elle n'avait aucun moyen de se défendre. Les reproches injustifiées dont elle fut objet et qu'elle était la seule à comprendre la firent tellement mal qu'elle était couverte d'une honte indicible. Quand elle devait quitter la maison la tête grosse, elle n'imaginait pas devoir laisser derrière elle une image spoliée et cette impression qui la rangeait parmi les personnages indésirables. Elle aurait dû avoir recours au temps pour se relever de la situation et pour comprendre que la seule solution demeurait à ne jamais perdre courage.

Charles Deschamps qui approchait la cinquantaine s'acharnait sur les bois secs et robustes obtenus sur les tamariniers des hauts. Il suait à grosses gouttes par la chaleur et sa peau luisait par le soleil ardent. Son visage dur indiquait qu'il avait débattu pendant longtemps dans la misère. Il était le rejeton d'une mère alcoolique et d'un père violent qui passait la majeure partie de sa vie en prison. Il grandit dans de condition de vie semblable à ce que Dickens nous raconte dans ses romans. II fit la rencontre de Pauline quand il était jeune et habitait chez une tante qui ne lui donnait pas de l'affection mais qui lui inculquait de l'éducation. Pauline réussit à le faire mener l'existence d'un homme conscient de sa responsabilité et de son devoir. Elle lui procurait les joies d'un ménage et lui donna chaque année un enfant qui l'attacha au foyer. II n'avait pas un travail fixe et acceptait de faire un peu de tout pour gagner sa vie et nourrir sa famille. Il était souvent contraint de se déplacer pour travailler dans de lointains quartiers où sa famille devait le suivre. Le temps devenait dur et parfois il ne travaillait pas. Il décida de trouver un endroit où il avait la possibilité d'organiser sa vie, d'élever ses enfants et de s'occuper de sa femme. Une vieille bâtisse décrépite, construite à l'époque coloniale, attira son attention quand il fût engagé par un riche propriétaire comme garde-chasse. Sa tâche consistait de veiller sur plusieurs hectares de terres recouvertes des cultures et regroupant des animaux. Il avait l'habitude de parcourir la région en compagnie d'un chien et d'empêcher les intrus à commettre des délits. Nombreux individus sans scrupules pillaient les cultures et volaient les animaux. Charles Deschamps avait une fois rencontré son patron dans les bois lors d'un mauvais temps à l'approche de la nuit et il l'avait accompagné jusqu'à sa demeure en éclairant son chemin par un fanal. La conversation engagée entre les deux hommes était suffisante pour permettre à l'employé d'avoir l'accord du maître pour aménager dans la vieille maison abandonnée dans le bois. Charles Deschamps s'était installé avec sa famille dans la maison. Les murs en pierre avaient résisté aux vents violents qui causaient des dégâts pendant la saison chaude.

Julie se tenait tout près de la fenêtre pour contempler la photo dans laquelle figuraient ses deux sœurs mariées à des militaires et qui avaient quitté le pays. Elle se rappelait comment elle avait passé son enfance en leur compagnie. Cette photo refoulait à l'esprit une foule de souvenirs qui la rendait triste mais rassurée en imaginant qu'elles devaient être heureuses avec leur mari dans un lointain pays où la vie était intéressante.

Le soleil était bien haut dans le ciel quand la voix de Fabien retentissait au loin. Julie voulait rester dans la maison pour leur réserver la surprise mais le désir de les revoir l'avait fait sortir le plus vite possible pour les rejoindre en courant dans leur direction.

— Ah! Ma fille. Seigneur? Que je suis contente de te revoir. Si tu savais combien j'ai prié pour que Dieu te protège. Enfin, te voilà, ma fille, saine et sauve. Mais où t'étais-tu passée tout ce temps. Je n'ai pas fermé l'œil ces dernières nuits tant je m'inquiétais pour toi.

— Je suis vraiment désolée maman, dit Julie en embrassant sa maman et la serrant fort dans ses bras. Moi aussi je pensais à vous. Comment vous portez-vous? Votre rhumatisme ne vous fait pas trop souffrir, j'espère? Et Yvette, ma petite sœur, ne fais pas cette tête là. Viens auprès de moi. Fabien, tu sais que je ne t'ai pas oublié. J'ai amené un beau cadeau pour toi.

Julie continuait à parler en mettant ses bras autour des épaules de son frère et de sa sœur. Quand ils avaient rejoint le père auprès du puits, Julie dit:

— J'ai eu du travail chez une famille aisée et généreuse. J'ai terminé ma première semaine et je suis contente. Les patrons sont tous gentils avec moi et je commence déjà à m'habituer aux membres de la famille. J'ai eu ma paie et j'ai bien l'intention de fêter ça en famille. Papa voudra bien allumer un feu de bois et maman fera cuire la dinde que nous dégusterons avec du riz et des légumes. Qu'en pensez-vous si nous nous amusons un peu. Tonton Jacques serait content de battre sa ravane et de nous chanter un bon séga-maloya.

Elle retira de son sac à main flambant tout neuf le reste de son salaire et le présentait à sa mère:

— Tiens, maman. Prends cet argent. Tu auras besoin pour t'acheter des médicaments et pour tes dépenses imprévues.

— Je garderai cet argent plutôt pour tes trousseaux. Ainsi quand tu vas te marier il ne te manquera pas grand chose. Trouve toi un bon mari et fonde toi un foyer. Ton père gagne assez d'argent pour subvenir à nos besoins.

— Combien va-t-il se tuer dans le travail à l'âge qu'il est, mère? Cette maison n'est pas convenable. Vous devez penser à améliorer votre condition de vie. Vous n'allez pas terminer votre existence dans ce taudis. Ce village n'a aucun attrait. Il est temps de vous décider d'aller vivre dans une ville.

— Je te comprends très bien ma fille mais nous n'avons pas l'intention de quitter ce lieu. Nous sommes très bien ici. Quelques personnes sont venues voir ton père l'autre jour pour lui proposer de monter une distillerie. Je dois te dire aussi que les terres sont à vendre et qu'un clerc du notaire est passé pour demander à ton père s'il est l'intéressé de faire acquisition d'une parcelle.

— Vous comptez acheter un terrain? Mais où est-ce-que vous allez trouver de l'argent?

— Nous n'avons pas l'intention de baisser les bras. Nous voulons nous battre pour sortir de la misère. Nous sommes habitués à cultiver la terre, à élever des animaux. Nous ne savons faire que ça. Ailleurs nous serons perdus et nous ne voulons pas être à la merci des autres. Nous avons appris à vivre dans la dignité malgré que nous ne possédions pas grand chose. Nous avons économisé un peu d'argent au prix d'énormes sacrifices parce que nous avons pensé à nos enfants. Nous ne voulons pas quitter ce monde sans vous laisser de quoi vous permettre de vivre. Nous allons utiliser cet argent pour acheter quelques hectares de terre et l'exploiter. Quand nous ne serons plus là vous aurez de quoi vivre.

— Si telle est votre intention mère comment ne me sentirai-je pas touchée. J'ai toujours su que vous vous occupez de nous comme une mère soucieuse de l'avenir de ses enfants. Dieu vous aide à exaucer vos désirs. Laissez moi aussi vous aider à acheter ces terres. Je travaille aussi pour apporter mon soutien à la famille. Je serai contente de participer dans l'engagement que vous allez prendre et de vous aider.

— Tes intentions sont bonnes, ma fille. Dieu te bénisse. Ton père a pris rendez-vous avec le notaire. Il ira prendre connaissance des propositions qui lui seront faites et nous allons voir de quelle manière procéder pour l'achat de cette parcelle de terre. Nous te tiendrons au courant quand nous serons fixés sur les modalités.

Julie avait envie de sortir de la cuisine enfumée pour contempler les alentours. Elle avait l'impression de respirer un air qui appartenait à elle. Jamais auparavant elle n'avait ressenti pareille émotion, et une telle fierté de se trouver en possession d'une parcelle de terre dont elle pouvait disposer comme elle le voulait. Ses regards admiraient les moindres recoins, repérant chaque objet qui représentait une valeur importante. Elle regardait les cryptomerias, les tamariniers des hauts, les eucalyptus, les ficus avec des branches démesurément longues et les variétés de palmiers. Ces espèces ne représentaient qu'une partie de la flore tropicale et s'ajoutaient à la richesse de ce décor naturel.

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The far away colony Chapter 6

22 Mai 2014 , Rédigé par Kader Rawat

The far away colony

 

Chapter 6

 

Once the foreigner disappeared in the forest, Charles Deschamps went to the back of his house and looked for some stacked wood.

Half an hour later he was cutting wood when Julie appeared in the courtyard.

“Oh, finally, here you are back”, said the father, “you couldn't have imagined how worried we were about you.”

“Good morning, father, I am really sorry. I don't want to hurt you”.

“Your mother is dying from anxiety about you.”

“Fabien knows I left to find a job. Didn't he tell you anything?”

“You should have told us yourself. Usually you never go away for so long without giving some news.”

“You would have never let me go alone. Where's mom? I have some good news to announce you.”

“She left for the church with Fabien and Yvette. They will surely pass by the cemetery to bring some flowers and make a prayer for the dead. Go inside and serve yourself something to drink and eat. You must be tired for having traveled so long.”

“Look. I brought a turkey and a bottle of wine. Guess what we are going to celebrate?”

“You have lots of things to tell us, I suppose. So have some rest while I finish cutting these wood pieces. When we'll be all reunited you will tell us everything in detail.”

Julie entered into the house and looked with sadness the old cheap furniture which didn't worth much compared to those she had seen in the houses she worked. She led a life without stories until the day in which some deplorable events made her understand she could finish her existence in misery if she didn't react. The adventure without precedent she had at her last mistress' made her carry on her back a tease's reputation. Her life was tormented in such a way that if she hadn't had a strong spirit and her family's support she would have sunk into depression a long time ago.

It happened while she was working as a cleaner at Mrs Blondet, austere wife of a prosperous settler from the region. When her presence started to turn her little bosses heads, Mrs Blondet, who kept an eye on everything, didn't take long time to react and found it appropriate to fire her before things degraded and the young sons of the nobility started to loose their head for a servant. Julie didn't do anything wrong to deserve such a horrible treatment and to support so many slanders on her fragile back. Mrs Blondet's foresight, her strictness, didn't give her the time to reflect nor to know more than she thought she understood. She didn't even raise discussions or look for explanations to be sure whether those judgments were good or not. She referred to the old adage that said it's better to prevent than to cure. She wanted to live transparently and preferred to rule out the doubts, to dissipate them by every possible mean, without thinking on the consequences. She hadn't put up with such a humiliation and even if she didn't feel guilty with the situation, she didn't have a way to defend herself. She was so hurt by the unjustified reproaches that she was covered by an inexpressible shame. When she had to leave the house with her head swollen, she didn't imagine she would have left behind her a despoiled image or that impression that puts her among the undesirable figures. She would have had recourse to time to get up from the situation and to understand that the only solution was to never loose her courage.

Charles Deschamps, who was approaching fifty, was taking it out on the dry and strong woods obtained from the High's tamarind trees. He was sweating streams because of the heat and his skin shined with the burning sun. His hard face shown he had struggled in the misery for a long time. He was the offspring of an alcoholic mother and a violent father who used to pass the most part of his life in prison. He grew up in life conditions similar to what Dickens tells us in his novels. He met Pauline when he was young and was living with an aunt who didn't give him affection but who instilled education in him. Pauline succeeded at making him lead the existence of a man conscious of his responsibility and his duty. She provided him with home pleasures and gave him a child every year, which attached him to the household. He didn't have a stable job and accepted to do a little bit of everything to earn his living and feed his family. He was often constrained to move to work in the far away neighborhoods where his family had to follow him. Times got harder and sometimes he didn't work. He decided to find a place where he could organize his life, raise his kids and take care of his wife. An old and decrepit construction, built during the colonial period, attracted his attention when a rich owner hired him as a gamekeeper. His task consisted in watching over several hectares of land used for farming and animal herding. He was in the habit of crossing the region accompanied by a dog and preventing intruders to commit crimes. Many persons without scruples plundered the farmings and stole the animals. Charles Deschamps  had once encountered his boss in the woods during a rough weather period when the night was approaching and he accompanied him up to his house by lighting the road with a lantern. The conversation the two men held had been enough to allow the employee to obtain his master's agreement to move into the old house abandoned in the wood. Charles Deschamps settled in the house with his family. The stone walls have resisted to the violent winds that used to cause damages during the hot season.

Julie was standing quiet close to the window to contemplate a picture in which appeared her two sisters, who were married to military men and had left the country. she remembered the way she spent her childhood with them. This picture held back in her mind a crowd of memories that made her feel sad but reassured when she imagined they should be happy with their husbands in a far away country where life was interesting.

The sun was high in the sky when Julien's voice resounded in the distance. Julie wanted  to stay in the house to reserve them the surprise but the wish to see them again made her exit as fast as possible and run to join them.

“Oh Lord, my daughter? I am so happy to see you again. If only you knew how much I prayed to God to protect you. Finally, here you are, my daughter, safe and sound. But where have you been all this time? I haven't slept a wink these last nights, so much I was worried about you.”

“I am really sorry, Mom,” said Julie while hugging her mother and holding her strongly in her arms. I also had you in my thoughts.  How are you? Your rheumatism is not making you suffer too much, I hope? And Yvette, my little sister, don't pull that face. Come close to me. Fabien, you know I didn't forget you. I brought a nice present for you.”

Julie kept talking while putting her arms around her brother and sister's shoulders. When they reached the father near the well, Julie said:

“I found a job with a wealthy and generous family. I've finished my first week and I am happy. The bosses are really nice with me  and I am already getting accustomed to the members of the family. I've got my pay and I intend to celebrate it with my family. Dad would light the fire and Mom would cook the turkey we are going to taste with rice and vegetables. What about having some fun? Uncle Jacques would be glad to squeeze his ravanne chords and sing a good sega-maloya for us.

She took out from her radiant and new bag the rest of her wages and gave it to her mother:

“Here you have, Mom. Take this money. You will need it to bye some medicine and for your unexpected expenses.”

“I would rather keep this money for your trousseaux. This way, when you will marry you will lack very little. Find a good husband and set up home. Your father earns enough our living.”

“How much does he have to kill himself working at his age, mother? This house is not suitable. You have to think about improving your life conditions. You are not going to finish your existence in this hovel. This village hasn't any attraction. It's time for you to go live in a town.”

“I understand you very well, my daughter, but we have no intention to leave this place. We feel very well here. Some persons came the other day to see your father and propose him to put up a distillery. Also, I have to tell you that the lands are on sale and that a notary clerk passed by to ask your father if he was interested in buying a plot.”

“Are you counting on buying a ground? But where are you going to find the money?”

“We have no intention of throwing in the towel. We want to fight to escape from misery. We are used to cultivate the land and to raise animals. It's the only thing we know how to do. We would feel lost everywhere else and we don't want to be at the other's mercy. We have learnt to live with dignity even if we have very little. We have saved some money at the price of enormous sacrifices because we have thought of our kids. We don't want to leave this world without leaving you something that allows you to live. We are going to employ that money to buy some hectares of land to farm. When we won't be here anymore, you would have a living.”

“If that's your intention, how couldn't I feel touched? I always knew you took care of us like a mother concerned on the future of her kids. May God help you to fulfill your desires. Let me help you buying those lands. I also work to give support to my family. I would be glad to participate in the commitment you are going to make and to help you.” 

“Your intentions are good. God Bless you my daughter. Your father has an appointment with the notary. He's going to get acquaintance with the proposals they are going to offer him and then we're going to see in which way we can proceed with the purchase of this plot of land. We will keep you informed when the modes would be decided.

Julie wanted to go out from the kitchen full of smoke to contemplate the surroundings. She had the impression to breath an air that belonged to her. She had never before felt such an emotion and such a pride for being in possession of a land plot she could dispose of as she wanted. She admired with her gaze the lower nooks, noticing every single object of important value. She looked at the cryptomerias, the tamarind trees from the highs, the eucalyptus with the extremely long leaves, the ficus and the varieties of palm trees. Those species were only a part of the tropical flora added to the richness of the natural scenery.

 

 

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La colonie lointaine Chapitre 5

20 Mai 2014 , Rédigé par Kader Rawat

La colonie lointaine

 

 

Chapitre 5

 

Un dimanche matin, en regagnant son village par des raccourcis, Julie éprouvait la crainte de se faire réprimander par son père pour avoir quitté la maison sans donner de ses nouvelles. Pendant toute la semaine la famille s'inquiétait à son sujet. Elle avait confié à son frère Fabien avec lequel elle s'entendait bien qu'elle partait en ville pour chercher du travail. Elle imaginait qu'elle pouvait présenter cela comme une excuse. Tout le long du chemin tortueux et endommagé, Julie éprouvait de la peine. Elle ne connaissait pas bien cette route qu'elle n'avait pas l'habitude d'emprunter quand elle se rendait en ville en compagnie de son père. Quand elle aperçut une charrette à bœuf chargée de diverses marchandises elle décida de trouver une place à l'arrière pour s'asseoir afin de poursuivre sa route sans fournir des efforts. Elle connaissait le charretier pour avoir plusieurs fois croisé son chemin quand il se trouvait dans la région.

Les parents de Julie étaient des gens pauvres qui vivaient dans une vieille case en tôle dans la région qui se nommait le Bois de Nèfles. Les familles qui s'étaient regroupées dans cette contrée menaient une existence paisible et sédentaire. Les gens ne quittaient jamais leur village et s'éloignaient rarement de leur maison. Ils entretenaient de bons rapports et ne se disputaient jamais.

Ils étaient attachés à leur terre et se devaient du respect. Ils apprenaient les nouvelles du monde par des gens qui traversaient la région. Leur soirée était souvent animée par des visites inopinées qui apportaient fraîcheur à leur existence.

Charles Deschamps, le père de Julie, était appuyé contre le rebord d'un puits avec une hache et une meule à aiguiser dans les mains. Il parlait à un étranger qui paraissait fatigué pour avoir parcouru une longue distance. Il ne se donnait pas l'air de quelqu'un du pays. Cela se voyait tout de suite par son allure, ses habits et son langage.

— Ouf! Quelle chaleur! dit l'étranger, j'ai bu tellement d'eau que ma gourde est vide. Pourtant le soleil n'est qu'à mi-hauteur. La journée devait être rude. Ah! Quel beau pays!

— Vous trouvez? C'est très flatteur de votre part. Vous ne devriez pas être depuis longtemps dans l’ile, je suppose?

— En vérité nous sommes arrivés hier, mes amis et moi-même. Ils sont quelque part dans la forêt en train de se reposer. J'ai vu de la fumée et me suis dis que je ferai mieux remplir ma gourde avant de reprendre la route.

— Vous n'avez pas des inquiétudes à vous faire. La région ne manque pas d'eau ni de gibiers. Des habitations sont disséminées un peu partout dans les hauteurs et vous pouvez trouver hospitalités chez des gens. Nous avons la chance de ne pas nous sentir isolés comme ceux qui habitent les cirques. Là-bas, l'accès est difficile, les chemins impraticables et dangereux. Mais dis donc! Qu’est-ce qui vous a amené, aussitôt débarqué, dans cette partie de l’île? Les étrangers passent rarement de ce côté. J'espère que vous avez un guide. Autrement je ne vois pas comment vous allez poursuivre votre chemin.

— Nous sommes déjà prévenus de ce qui nous attend de cette aventure. Nous sommes en compagnie d'une personne qui connaît bien la région. Et nous avons pris nos précautions contre les intempéries et pour nous protéger du froid. Nous voulons visiter le vaste domaine qui appartenait à Madame Desbassyns.

— Ah! Vous devez avoir un sacré courage.

— Mais pourquoi dites-vous cela?

— II parait que cela porte malheur à ceux qui fouillent dans le passé de Mme Desbassyns. Vous devez avoir entendu ce qu'on raconte sur elle.

— Certains disent qu'elle était une femme méchante et qu'elle avait fait des misères à ses esclaves. Ceux qui ont connu Mme Desbassyns racontent qu'elle était une figure remarquable de son époque. Ce n'était qu'après sa mort que le nom de Mme Desbassyns avait pris une dimension mythique et légendaire. Elle représentait le symbole de la richesse et comptait plus de 400 esclaves et domestiques à son service.

— Pourtant ce que nous connaissons de Mme Desbassyns est loin de ce que vous dites. Elle est l'incarnation même du mal et de la méchanceté. Nous ne pouvons pas entendre ce nom sans que nous la donnions l'image d'une diablesse tant elle faisait souffrir ses esclaves de toutes sortes d'atrocités.

— Que les esclaves subissent un sort inimaginable est un fait indéniable mais l'attribuer à une dame qui a fait verser de larmes tant de gens et en particulier ses esclaves eux-mêmes par sa disparition me parait inacceptable dans la mesure où l'on ne pleure pas sur la tombe d'une personne qu'on n'a pas aimée. Je vous dis qu'il y avait des enjeux politiques d'une importance capitale qui avait amené les adversaires de Mme Desbassyns à déformer la vérité, à rassembler bon nombre des sympathisants de l'époque, à détourner l'opinion publique contre elle et la faire endosser les crimes que les autres maîtres avaient commis et qui étaient un secret pour personne. Les gens croyaient tout ce qu'on les racontait. Ils ne se donnaient jamais la peine de vérifier. Mme Desbassyns était devenue en quelque sorte le bouc émissaire de nombreux mécréants. Elle ne mérite pas une place aussi ignoble dans le cœur des gens qu'elle avait tant aimés. Ce serait injuste de ne pas la donner sa vraie valeur. Aujourd'hui ce n'est qu'une question d'opinion."

— Il est difficile de changer l'opinion des gens qui tremblent et qui éprouvent des craintes en entendant le nom de Mme Desbassyns. Je pense qu'on nous a parlé trop de mal de cette femme, pour qu'aujourd'hui nous puissions faire d'elle une image contraire de celle qu'elle mérite. Ensuite le temps a contribué à repousser Mme Desbassyns dans le rang des charlatans et des scélérates. Je trouve cela dommage qu'elle fut réduite de si peu de chose aux yeux d'un peuple pour lequel elle avait beaucoup contribué de par le fait qu'elle tenait elle-même pendant des années leur destinée en main. Vous avez éclairé en moi une bonne partie de l'obscure opinion que j'avais de Mme Desbassyns. Mais de quelle source vous tenez tous ces renseignements pour me parler avec autant d'assurance? Vous défendez les causes de Mme Desbassyns comme si vous la connaissiez mieux que quiconque. Avez vous un quelconque lien de parenté avec elle ou êtes-vous un érudit qui étudie les personnages marqués par l'histoire et remonte souvent le temps en quête de vérité? En tout cas c'est un plaisir pour moi d'apprendre ce que vous venez de me raconter. Je me ferai un devoir de le partager à ceux qui veulent m'écouter.

— Je suis historien. Cette visite consiste à découvrir les lieux où Mme Desbassyns a vécu. L'essentiel est de croire en ce qui est vrai. Je suis convaincu que Mme Desbassyns ne vous fait pas autant peur comme quand vous ignorez ce qu'elle était vraiment. J'ai eu beaucoup de plaisir de vous parler et je suis content que vous m'ayez écouté avec intérêt. Je dois maintenant aller joindre mes amis qui doivent s'inquiéter de mon retard.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas.

— Merci pour tout et au revoir.

— Au revoir et soyez prudent.

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Of love and feelings : from husband to wife : Two

28 Mars 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

Of love and feelings

 

 From husband to wife

 

Two

 

 

So many days have elapsed; so many years have passed so quickly since we have known each other. We are both approaching this fatal old age where we have nothing to hope if not waiting our lives to come to an end. A life that we must fill with wealth in our feelings, wealth in the commitment, in the passion, in the dedication, in fidelity, wealth in the search of each other, in the amplification of a love that, in most cases, tends to decrease in intensity, to deteriorate to make us, at last, feel a certain indifference to each other when we can no more accept the other by her or his side. What is important for me in the future is to save this feverish feeling which is decreasing while time passes by. 

I do not want to have a future of grandiose, of luxury, of exuberance, nor of wealth with a heart empty of any feeling, corrupted by the facilities that life offers to us and spoil by the links that we should accept while enduring a life of debauchery that many people take pleasure to conduct. I hope for a comfortable life where many opportunities will be given to us to find ourselves together in order to fulfill this existence next to the other, faithful companion of an existence which has no renewal.

Once the life is complete, there is nothing left at the back than a low smoke that will dissipate very soon. The real wealth on earth is life itself. All other things are only optional. In seeking sometimes to do too much you can only spoil an entire life. Fortunately, we are not of this type of people who are thirsty of wealth, fortune, earnings, and who are ready to do anything to accomplish their dream. 

I think that we are living a life, if not exceptional, at least exemplary, by the manner in which we behave ourselves toward the society and particularly toward the family. You know very well the breach that I have always tried to keep in the links that we should have with the family. This breach, if I wish it, is to bring a good family harmony, where there exists neither jealousy nor hatred, or envy, or disagreement. I have always had respect for the family, regardless to any social condition. I have always tried to understand their situation despite that it is not easy to understand mine, but I have never ceased to ask myself the question if the family at least tried to understand ours. I think that the best way to live is to live on our own interests. Up to now we have not done it. There is in the world so much injustice that it is neither pleasant nor tolerable to be dupe. I think that we have the virtues which give us the courage to deploy our forces to the benefits of others. God is just. I know that we will be rewarded one day. I also know that God would protect us, because we are not that kind of person who fled their responsibilities. We keep no grudge, nor are we trying to cause harm to others by the way we try to lead our life. 

As we wish it, maybe it is too much to say. Instead, I will almost say that we conduct our lives as we had to. I also wish that you stay at home, you prepare the meals, wait for me, that you make yourself beautiful, that you rested, that you have more time to think of me. But I am afraid that you shall not adapt yourself to this kind of life. The time you spend to wait would be so long that you can quickly feel tired. You are accustomed now to a life full of events and this will cause a handicap to you. And then the fact that you have nothing to do would make you nervous, jealous and all a mixture of unpleasant and difficult character. It would be appropriate that we have an activity belonging to us, which we can manage as we wish and which will be our principal concern in our life and for our future. If God wants, a day our wishes will be realized. I also wish a child who could perhaps follow the task we have begun. I would like that you consult a doctor to be sure of your health. I am definitely touched by the feelings you shown to me with frankness in the way you talk to me last time. I am thankful to you and would like to see this love that you have for me intensified and grow over the years. 

 

I believe so much in what you say to me that I will have no courage to cause any wrong to you and not to act the way you wish. I would love you as much as you love me, even more to reward you of the warm love you have for me. I have had no other choice but to love you, only you till my death.

 

 

 

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Of Love and feelings : From wife to husband : One

3 Mars 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

Of Love and feelings

 

From wife to husband

 

One

 

 

After having taken an abrupt decision, I take once more my pen, wishing that it will last as long as we live together, describing the various ups and downs of our common life. During this lengthy correspondence which will last, if God wants, up to our old age, I hope that there is in these letters our thoughts kept at the bottom of our hearts, because I have always known that, since we lived together, you don't tell me all you think of me and of our lives. I am sure that you believe that I do not know you enough, but, on the contrary, I can read clearly within your deep thought. What I seek through these lines is to try to find a man who is frank next to me and who said the truths in face without torturing himself by keeping silence. I know you well enough, and even very well, to guess what you have in the bottom of your heart. During the last week, I was filled with joys. 

This time, a cold draws itself up as an absolute wall between us. I hope it will soon dissipate. I want to have a proof of your love for me and also of your sincerity. On my side, you know very well the greatness of my love for you. I can shout, if necessary, how much I love you. This is the intense love that I have for you, and which create my fierce jealousy. I have said over and over, the day I will no longer be jealous, I think it will also be the end of my love. I want you to belong only to me. I may even put a plate "private property, defense to touch! That makes you laugh. I have in myself this powerful love. I will always fight that you have eyes only for me. I will do everything in my power that it would always be likewise. 

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Love and feeling : From husband to wife : One

28 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

I start here a topic which deals with the relationship that exists in a couple's life. In this narrative I will discuss on the links between two persons who have decided to live together. The feelings, the profound and secret thoughts would be revealed during this long period of living together. I invite you to discover them.

                                               K.R

 

 

 

 

 

 

Love and feeling

 

From husband to wife

 

One

 

 

I think that you are wrong to make such judgment toward me. I am sure that I do not deserve it. You reproach me not to tell you everything I think of you and of our life. How can you say such thing, my love? There is no other thing that interests me in life than you. I have always been anxious for you, for your health and for everything that has link to you. I know myself well enough to say it with frankness, without any hypocrisy. The real feelings, you know, may be discovered after hard trials. It is never easy to understand someone even if you have lived with him or her for years. The feelings which are deployed throughout the existence sometimes offer freshness, hope, joy and sometimes doubts, uncertainties, grief and even despair. The judgments that we can only formulate wrong and through on the behavior of his or her partner without any valid evidence can only  bring, to a  lifetime, clouds which may not dissipate so soon and which may cause quite a storm  inside of this fragile heart that a little nothing accelerate the throbbing and disrupt the mood for an indefinite time. You can’t understand the role  you play in my life. I have no other passion than you and our daughter. I don’t care for others. It is important for me to have you by my side. The fact that we are able to be together is a proof that we love each other. I am glad that you reassure me of the greatness of your love for me. Think also that mine is of a dimension which you can’t imagine. I have already said that I have love for you in my heart enough to love you till my last days. There is no doubt at all for it. And I am not in the process of inventing. You can’t perhaps imagine all worries I make for you, for your health, to see you cheerful, lively. What obstacles I do not avoid you to face to have a life which you like, a life you want to conduct properly, and an object you would like to have? I have never wanted to create problem so that you shall not be deprived of anything that you would like to have in life. Moreover, what other pleasure do you think I have if not to feel comfortable with you? There exists in myself nothing that tortures me, nor am I keeping silence on the way we are leading our life, as you claim it in your letter. I think that you imagine too many ideas on my person. I try to ask myself if there is something which torment me in my life. I find absolutely nothing. I have nothing to hide you. Nevertheless for what reason do I hide you things that I believe you have the right to know. You must not worry about this, my love. I have given you the warranty that I have nothing to reproach myself on the feeling that I have for you. The only thing that bothers me is your state of health. I would like that you consult a specialist surgeon to take care of your health. This is the only thing that torments and worries me. I wish also to see you staying at home as you desire. Sometimes I am obsessed to discover how tired you are. You spend too much energy and I am anxious of the wrongs that this could cause to you. You are my only reason to live, my love. Without you what am I on this earth? No faces will be able to looks like yours. No sentiments can argue yours. A whole life lives without you will not give me the same joy as one second spent by your side. Imagined by yourself what you represent for me in my life.

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La Colonie Lointaine Chapitre 4

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

 

 

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La Colonie Lointaine


 

Chapitre 4

 

 

Julie avait fait ses preuves pendant quelques jours et les patrons étaient satisfaits. Elle parvenait sans peine à plaire aux filles et à fasciner les garçons. Elle se trouvait dans une situation qui ne la permettait pas de refuser de rendre service à ses jeunes patrons à longueur des journées. Ils la réclamaient pour faire ceci ou cela dans le but de se familiariser avec elle. Elle se sentait quelque fois gênée et même embarrassée d'apercevoir combien elle incitait la curiosité et l'intérêt de ses petits patrons. Ces garçons étaient encore jeunes; leur esprit était ouvert malgré la rigueur et la sévérité de leur père qui voulait leur préserver de toutes corruptions; ils ne pouvaient ignorer le plaisir qu'ils pouvaient tirer en se rapprochant de cette fille qui accourait à leur moindre appel. Dès leur jeune âge ils étaient poussés par des camarades de l'école, influencés par les relations nouées à des jeunes voyous des bas quartiers et des amis avertis; ils se laissaient entraînés dans des aventures qui leur permettaient de satisfaire leur curiosité et de découvrir la perversité et le vice. Ils s'intéressaient aux filles et cherchaient des moyens pour gagner leur estime. Ils tournaient autour de la nouvelle venue et attendaient le moment pour livrer conversation afin d'en savoir plus sur elle. Elle retrouva la tranquillité en regagnant sa chambre tard le soir. Cela ne l'ennuyait pas vraiment quoiqu'elle préfère la compagnie des jeunes filles. Elle évitait de se familiariser avec les garçons. Elle trouvait toujours un prétexte pour se retirer. Ce n'était pas de son intérêt d'encourager ses jeunes maîtres à jeter leurs dévolus sur elle et à représenter cet objet de désir qui se trouvait là pour corrompre les bonnes mœurs. Pourtant à toute heure de la journée un de ses petits patrons trouvait l'occasion d'arracher quelques mots de sa bouche. Elle devait s'en débarrasser de manière à éviter des désagréments. Elle avait compris que c'était pour s'amuser qu'ils s'intéressaient à elle; pour ne pas leur déplaire elle fit semblant d'entrer dans leur jeu.

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La Colonie Lointaine Chapitre 3

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

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La Colonie Lointaine


Chapitre 3

 

Avant que la lumière du jour ne se pointe à l'horizon, Mr Karim était déjà levé. Il se rendit dans la salle de bain pour faire sa toilette et ses ablutions. II but son café noir que Leila avait coulé la veille et que la bonne avait chauffé dans une casserole, enfila sa chemise blanche, mit son bonnet turc sur la tête, prit la clé du vieux portail suspendue près de la porte en bois et quittait la maison à pied pour se diriger vers la mosquée située à peu de distance. Les rues étaient sombres et désertes.

Les garçons avaient des difficultés à se lever tôt le matin. La veille ils s'étaient couchés tard et le sommeil les accaparait encore. Mme Karim aurait dû les secouer pour qu'ils se dépêchent afin de ne pas perdre l'office du matin. Les filles couchaient dans la chambre contiguë. Les parents préféraient qu'elles soient à côté afin qu'ils puissent jeter un coup d'œil sur elles.

Monsieur Abdul Aziz Karim s'était endurci avec le temps et était un homme sévère. Il élevait lui-même ses enfants, les surveillait, leur donnait de l'éducation, leur apprenait les rudiments de la religion et les corrigeait quand c'était nécessaire. Il était un homme de tempérament, avait des yeux qui brillaient d'intelligence, un front large et luisant, une barbe épaisse qui cachait ses joues larges, des lèvres qui n'étaient pas habituées aux sourires et une corpulence qui représentait bien le patriarche familial. Il avait l'air d'être bien dans sa peau et se cantonnait admirablement dans son rôle de dirigeant. Il avait mené, pour réussir dans le commerce, un long combat pendant des années durant lesquelles il avait connu des hauts et des bas mais s'en était sorti après de durs labeurs et d'incessantes luttes. A cinquante cinq ans il avait acquis toutes les expériences nécessaires pour bien mener ses affaires. Il était rigoureux avec ses employés qui le craignaient et le respectaient. II était aussi un homme bon, avec un cœur généreux. II écoutait les requêtes de ses employés s'ils en avaient, entrait dans leur faiblesse, leur offrit de l'argent quand ils avaient des événements importants à célébrer.

La maison était vaste et les chambres immenses. C'était une bâtisse de la grande époque coloniale. Les toits étaient couverts de tôles ondulées qui avaient remplacé les bardeaux pourris par les intempéries. Les murs étaient repeints en blanc. Le ciment avait remplacé la chaux détachée par le temps. Les portes en bois au rez-de-chaussée étaient refaites et conditionnées de manière à décourager les voleurs. C'était la partie de l'immeuble où Mr Karim exerçait son commerce depuis une trentaine d'années. Les ateliers de menuiserie, de capitonnage et de matelas se trouvaient à l'arrière du bâtiment. Le dépôt de marchandises où les meubles étaient rangés occupait une surface importante au fond de la grande cour qui complétait la propriété.

A l'étage, plusieurs grandes pièces et quelques petites composaient la partie résidentielle de l'immeuble. Nombreux employés étaient au service de Mr Karim pour l'aider dans ses activités commerciales et pour s'occuper de la maison. Une couturière venait confectionner des vêtements pour Mme Karim et les filles. Un chauffeur était à disposition pour déposer les filles à l'école et les ramener, pour faire les courses, pour amener Mme Karim rendre visites à des parents et des amies, pour conduire Mr Karim chez ses fournisseurs, à la banque, chez le notaire et là où il voulait se rendre. Plusieurs employés fabriquaient des meubles, des matelas, des traversins et des oreillers. Ils recouvraient les fauteuils et les sofas, rembourraient les chaises, couvraient les panneaux des lits de la toile de jute, du velours et du tissu. Un chauffeur et trois garçons de magasin s'occupaient des livraisons, de l'installation des meubles, de l'entretien et de la vente. Une cuisinière s'occupait des repas. Trois bonnes étaient en charge de la maison dont l'une était Julie.

De bon matin, la maison était vide; les enfants étaient partis à l'école et les membres de la famille dans leur travail. Mme Karim était assistée par les domestiques pour diriger son ménage. Elle se trouvait à cette heure ci dans la grande salle de prière où personne n'avait le droit de venir la déranger. Elle avait déjà rencontré Julie le matin et lui avait donnée des instructions avant d'aller faire ses prières.

 

Le calme régnait dans toutes les pièces. Julie se mettait très tôt à la tâche. Les lits étaient déjà faits, les couvertures rangées dans le placard. Les meubles furent époussetés, les miroirs, les bordures en nickelé, les rebords des fenêtres, les encoignures, les bois vernis, les armoires en bois acajou ou teck, les coiffeuses, les bureaux, les bibliothèques, les tables en bois massif, les chaises à pieds retournés, les bahuts, les fauteuils, les sofas, les divans, les vitrines, les vaisselles furent tous nettoyés, astiqués, lustrés; ils luisaient, brillaient, scintillaient dans la lumière du jour. Les parquées étaient cirés et brossés et les patins posés devant les entrées des portes vitrées habillées des rideaux à fleurs de couleurs gaies.

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La Colonie Lointaine chapitre 2

25 Février 2014 , Rédigé par Kader Rawat

 

 

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La Colonie Lointaine


Chapitre 2

 

A l'ouest, la ville de Saint-Paul plongeait lentement dans la pénombre. Cette ville était située entre la mer, que le couché du soleil avait transformé de couleur jaune orangé, et les hautes montagnes dont les cimes étaient encore éclairées par les derniers rayons. Les ombres qui rampaient déjà sur les murs des bâtiments aux toits bas, sur des façades en pierres de taille qui longeaient les rues désertes, surgissaient de partout, chassant les lueurs qui illuminaient les chaumes en bardeaux et les crêtes. Les bruits des vagues qui s'écrasaient contre les côtes devinrent distincts par le silence qui régnait dans la ville. Les volets des fenêtres n'étaient pas encore fermés et l'on pouvait distinguer les lumières des flammes vacillantes qui indiquaient la présence des occupants. A cette heure ci, dans certaines maisons, les chambres étaient éclairées par des lampes, des bougies et des quinquets.

A l'angle de deux rues importantes de la ville, un bâtiment se distinguait par l'aspect particulier qui se révélait et qui démontrait une certaine originalité que les passants prenaient plaisir à admirer. Cette bâtisse était construite au milieu du dix-huitième siècle et avait bravé les intempéries si fréquentes dans la région pendant la saison chaude. Plusieurs réfections étaient nécessaires pour l'empêcher de sombrer dans le délabrement; le bâtiment gardait encore sa fraîcheur et les ouvriers qui s'étaient chargés de la rénover avaient respecté les normes et préservé le style. Cette maison à étage, avec balcons donnant sur les deux rues qui font angle, était occupée pour exercer un commerce au rez-de-chaussée et pour habitation à étage. L'enseigne suspendu au dessous des balcons portait en grosses écritures " Ets. Karim et Fils. Import - Export. "

Monsieur Karim venait de rentrer de la prière qu'il pratiquait régulièrement. Quand il fut informé par Sheinaz qu'une fille des Hauts était venue chercher du travail il avait réuni les membres de la famille le soir pour prendre une décision. Il avait l'habitude de discuter avec sa femme et ses enfants: il en avait six en tout dont quatre garçons et deux filles, tous des adolescents, Ils l'attendaient dans la grande salle à l'extrémité de la maison. Quand il s'installait au bout de l'immense table pour parler, les enfants étaient très motivés. Un candélabre était posé au milieu de la table et les lumières projetées étaient suffisantes pour distinguer les expressions qui se dessinaient sur les visages de chacun.

— Nous approchons le mois de Ramadan, dit Monsieur Karim, et nous avons besoin du personnel. Sheinaz m'a parlé d'une jeune fille des Hauts qui peut nous intéresser. Depuis le départ de Solange cela fait déjà un mois sans nous donner signe de vie, Fatema se plaint d'avoir beaucoup du travail à faire dans la cuisine et la maison. II est bien temps pour nous de trouver une solution pour alléger ses tâches.

— En ce qui concerne Solange, dit Mme Karim, j'ai appris qu'elle s'est mise en ménage avec un métropolitain et que personne ne sait où elle se trouve. Elle n'est pas encore passée prendre son argent et ses affaires.

— Elle a peut-être quitté le pays, qui sait? dit Aissa.

— En tout cas cela n'arrange pas la situation, dit Mr Karim.

— Est-ce qu'elle est honnête cette fille dont tu parles? demanda Mme Karim.

— Comment pouvons-nous le savoir? Le temps nous le dira, rétorqua Mr Karim.

— Nous avons perdu pas mal d'objets précieux ces dernières années en embauchant des filles qui se présentent en permanence devant notre porte. Elles sont toutes issues des familles pauvres et parviennent difficilement à s'intégrer dans la vie courante de bonnes familles. Je ne vois pas vraiment la nécessité d'employer une fois de plus une inconnue, fit Leila qui pensait aux mauvais souvenirs pour l'inciter à exprimer ainsi.

— Tu ne dois pas exagérer,  dit madame Karim en regardant ses autres enfants comme pour leur faire comprendre qu'elle s'adressait à eux aussi, « et voir que le côté négatif. Cette manière de penser démontre votre ingratitude envers des personnes qui, pendant votre enfance ont pris des peines avec vous. Elles se sont occupées de vous comme une mère, vous ont nettoyés, lavés, donné à manger et à boire. Elles vous ont bercés dans leurs bras pendant des heures pour vous empêcher de crier, de pleurer, pour vous faire dormir. Et comment ne peuvent-elles pas mériter une place plus honorable dans votre petit cœur ingrat. C'est quand même écœurant de dire autant de bêtise et je suis étonnée et déçue de l'entendre de la bouche de mes enfants.

— En tout cas maman, dit Haroon, les qualités et les défauts d'une personne ne se révèlent qu'avec le temps; il est de notre devoir de prendre nos précautions et ne pas laisser traîner les objets de valeurs. Leurs pertes et leur disparition ne s'expliquent que par le fait que nous manquons de principes.

— Çà alors. Si nous ne pouvons pas disposer de nos affaires comme cela nous convient, je me demande où va ce monde, rétorqua Leila.

— Toutes les personnes qui cherchent du travail ne sont pas d'un même milieu social, n'ont pas forcément la même mentalité, le même caractère, les mêmes manières. C'est tout à fait naturel que certaines se montrent travailleuses, consciencieuses et laborieuses tandis que d'autres paresseuses, négligentes et ont pleins d'autres défauts. Ce n’est pas une raison de les condamner toutes et les mettre dans le même panier, dit madame Karim.

— Ces petits gens de maison ne sont pas si bêtes qu'on peut l'imaginer, dit Yacoob. Ils sont conscients de l'importance qu'ils jouent dans la société. Et sont aussi persuadés qu'ils ont de grandes chances de s'insérer dans la vie active en évoluant au sein des familles aisées. Pour eux c'est une voie vers la liberté. Cela les permet aussi d'échapper à l'emprise familiale où leur existence n'a aucune signification et où leur vie est sans aucune importance. Ils ont raison de fuir une société où l'on constate une stagnation de l'évolution et où il y a absence de progrès. L'idée aussi de gagner de l'argent et de mener une vie qui leur plaît ne cesse de leur effleurer l'esprit. Je parle de cette jeunesse remplie d'ambition qui essaie de frayer un chemin dans la société pour trouver une place raisonnable qui peut leur permettre de se distinguer et d'occuper des places privilégiées. C'est la raison pour laquelle l'idée de rivalité manifeste en eux. La soif de gagner de l'argent éveille en eux la jalousie. Nous pouvons déceler des changements d'attitude et des comportements bizarres qui peuvent leur faire se montrer dangereux.

— Tout cela ne veut absolument pas dire que nous pouvons nous passer de leurs services, dit Mr Karim. Il y a dans l'autre pièce une fille qui attend et je suis bien convaincu qu'en ce moment même nous avons besoin d'une personne pour assumer certaines responsabilités. J'ai remarqué que les chambres ne sont pas faites tôt le matin, que les poubelles ne sont pas vidées, que les meubles sont couverts de poussières, que les parquets ne sont pas brossés et que beaucoup de travaux ménagers sont négligés et inachevés. Donc, je tiens à vous informer que je suis bien décidé d'engager cette personne, pour que ces travaux soient faits dans les meilleures conditions.

— Je suis de ton avis, dit Mme Karim.

— Nous aussi, répondirent les garçons tandis que les filles demeuraient réticentes.

Monsieur Karim se levait et se dirigeait vers la pièce où Julie attendait. Elle était assise sur une chaise et s'était levée aussitôt qu'elle entendit des pas. Avant que Mr Karim n’ouvre la porte elle avait eu le temps de mettre de l'ordre dans son état. Quand il pénétrait dans la pièce Julie dit:

— Bonsoir monsieur.

— Bonsoir. Vous êtes la demoiselle qui s'est présentée dans la journée, n'est-ce-pas?

— Oui monsieur.

— Vous vous appelez comment?

— Je m'appelle Julie Deschamps, monsieur.

— Eh bien. Quel âge avez-vous?

— Dix-sept ans monsieur.

— Avez-vous déjà travaillé?

— Oui monsieur.

— Vous savez ce que c'est que de travailler dans une maison? Avez-vous déjà une idée des travaux que vous avez à faire?

— Oui monsieur. Je sais tout faire dans une maison. Vous pouvez le constater par vous même si vous m'engagez.

— C'est ce que j'ai l'intention de faire en me fiant sur vos paroles et votre bonne foi. J'espère que vous n'allez pas me décevoir.

— Oh monsieur je vous remercie de la confiance que vous me faite.

— Ne vous réjouissez pas si tôt. Je vous engage à l'essai pour quatre semaines. Vous serez logée dans une chambre à étage et aurez droit aux repas quotidiens comme les autres bonnes. Vous percevrez votre salaire tous les samedis. Vous avez certaines règles à respecter. Vous avez droit au repos le dimanche. Vous recevrez les ordres de moi-même, de madame et des autres membres de la famille que vous allez connaître bientôt. Si cela vous convient donc considérez-vous déjà comme engagée.

— Cela me convient très bien, monsieur. Je voudrais vous demander si je peux commencer dés ce soir. Ma maison se trouve dans les Hauts et je n'ai aucun moyen de m'y rendre.

— Évidemment il est bien tard de rentrer chez vous. Je vous envoie Suzy pour vous montrer votre chambre et vous dînerez avec les autres domestiques avant de monter vous coucher. Rappelez-vous que vous devez vous réveiller très tôt le matin pour commencer le travail.

— Bien monsieur. Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

— Je l'espère bien, mais sachez le tout de même que vous pouvez être congédiée au moindre faux pas, dit Mr Karim en s'apprêtant à partir.

 — Entendu monsieur. Bonne nuit monsieur.

— Bonne nuit.

Quand la porte se refermait, Julie poussait un grand soupir de soulagement en levant la tête pour remercier le Seigneur de l'avoir fait gagner ce travail. Elle pensait déjà à la bonne nouvelle qu'elle allait annoncer à ses parents quand elle irait les voir dans les jours suivants. Ses regards admiraient les quelques meubles en bois visibles par la faible flamme de la lampe à pétrole posée sur une étagère au coin de la pièce. Elle entendit des voix provenant de loin, probablement de la salle à manger où les membres de la famille se réunissaient pour prendre le dîner. Des bruits d'assiettes, de verres, de cuillères atteignirent ses oreilles si distinctement qu'elle se disait que le dîner était déjà servi. L'eau du robinet, une voie élevée qui appelait, des empressements de pas lourds sur les planchers indiquaient que les bonnes étaient à l'œuvre. Elle ressentait dans la maison une chaleur intense émanée par cette vie bien organisée et menée par des gens ayant le souci de donner un sens à leur existence, de chercher le moyen de l'embellir, la conforter, la rendre agréable et intéressante. Des éclats de rire sonores qui se firent entendre indiquaient qu'une famille vivant dans l'harmonie et la bonne entente profitait de ce moment solennel pour se réunir. Dans son petit coin, Julie essayait d'imaginer ce qui se passait dans les autres pièces dont elle ne pouvait deviner les décors et l'atmosphère. Elle savait qu'elle aurait beaucoup de choses à découvrir, à apprendre et que les surprises étaient à prévoir. Elle n'était pas inquiète du tout et son enthousiasme à vouloir travailler écartait de son esprit toutes pensées malencontreuses qui avaient tendance à entraver ses démarches et contraindre son état d'âme. Elle avait confiance de pouvoir faire ses preuves et de comprendre vite de quelle manière donner satisfactions à ses patrons. Elle était à peine plongée dans ses pensées qui l'avaient entraînée loin dans un monde où elle entrevoyait de belles perspectives quand Suzie vint la chercher pour l'emmener dans une grande pièce où elle fit connaissance des autres domestiques qui travaillaient dans la maison et qui habitaient sur place. Elle rencontrait Suzanne, une vieille nénenne qui avait vu naître tous les enfants de la maison et les avait vus grandir. Suzanne était au service de la famille Karim depuis l’âge de vingt ans. Âgée de 55 ans, elle n'avait plus la vigueur de sa jeunesse et faisait son travail convenablement; elle n'assumait pas de grandes responsabilités. Usée pour avoir dépensé de l'énergie dans une période de son existence où elle avait des enfants à élever et plusieurs bouches à nourrir, elle perdait une grande partie de son potentiel physique en entrant dans l'âge. Elle tombait plusieurs fois malade, couvait des bronchites chroniques, traînait des toux à longueur des semaines et même des mois. Elle traitait elle-même ses douleurs rhumatismes, artérielles et d'estomac avec des tisanes qu'elle préparait avec des feuilles qu'elle allait chercher dans les bois. Elle n'aimait pas consulter des médecins et préférait supporter ses maux tranquillement en se tordant de douleur dans sa minuscule chambre sans laisser les autres apercevoir qu'elle souffrait. Elle était bien considérée par les membres de la famille et jamais personne n'osait lui faire de reproche ni de remarque sur la manière dont elle accomplissait ses travaux. Son visage était ravagé par des rides et ses yeux cernés par la fatigue quand Julie la rencontrait pour la première fois dans cette pièce. Suzie travaillait pendant trois ans dans la maison. Son père qui était un buveur invétéré, mourut d'une rupture d’anévrisme alors qu'elle avait à peine douze ans. Pour aider sa mère à élever ses trois frères et ses deux sœurs elle avait commencé à faire de petits travaux ménagers jusqu'au jour où elle fut remarquée par une personne qui connaissait bien monsieur Karim qui cherchait à l'époque une bonne pour aider Suzanne. Suzie était âgée de dix-huit ans quand elle commençait à travailler. Elle avait toujours été bien considérée par ses patrons.

 

 

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